Que serait un Nouveau Bauhaus Européen?

Posté le 22 octobre 2021 par Sylvine Bois-Choussy

La présidente de l’Union européenne, pour appuyer et donner chair au Green Deal européen (celui-ci visant à adapter les politiques de l’UE en matière de climat, d’énergie, de transport et de fiscalité pour atteindre ses objectifs climatiques à l’horizon 2030), a lancé en septembre 2020 la proposition d’un Nouveau Bauhaus Européen (NBE). Il s’agit d’appuyer le Green new deal sur un mouvement mobilisant largement, des citoyen.ne.s aux grands réseaux européens en passant par les praticien.ne.s, les chercheur.euse.s, les pédagogues ou les entrepreneur.euse.s de toutes disciplines, et qui en serait le véhicule à la fois théorique et pratique. Mais que transposer aujourd’hui de l’expérience de cette école imaginée comme une pratique interdisciplinaire, inclusive et une expérimentation pédagogique, des lendemains de la première guerre mondiale à la veille de la seconde ? Comment résonne-t-elle dans une Europe où les défis environnementaux se superposent aux défis démocratiques, sociaux, économiques ou culturels ? La proposition résonne avec nos sujets du moment, et Enacting the commons nous a donné le goût et l’envie de nouveaux échanges européens ; la proposition et les appels à projets qui la suivront nous ont donc semblé intéressants à suivre.

La Commission européenne en mode co-construction

La proposition d’Ursula van der Leyen s’est traduite par une première phase de co-construction assez inédite pour la Commission européenne, invitant l’ensemble des acteurs susceptibles d’imaginer des espaces et mode de vie compatibles avec les défis posés par l’urgence climatique à contribuer aux contours de cette initiative. Un premier appel a également permis de sélectionner une vingtaine de projets de petite échelle incarnant déjà une diversité d’interprétations de ce que serait ce nouveau Bauhaus européen : projets d’habitat abordable ou de mobilité douce, cursus de formation en design social,  ré-appropriation par des associations locales d’un parc pour le transformer en serre urbaine, etc. Il sera intéressant d’observer dans quelle mesure la communauté ainsi constituée continuera à être associée à l’initiative,  à sa mise en oeuvre et son évaluation, et dans quelle mesure  celle-ci sera transformatrice pour la Commission elle-même.

Faire école, travailler sur les gouvernances… quelques propositions pour le Nouveau Bauhaus Européen

Quoiqu’il en soit, La 27e Région fait partie des quelques 200 acteurs européens qui ont également été choisis pour être partenaires de cette initiative. En juin dernier, nous avons par exemple participé à une conversation avec Xavier Troussard, qui la pilote au sein du Joint Research center de la Commission Européenne, dans le cadre d’une rencontre organisée par le Relais Culture Europe (à regarder ici). C’était l’occasion de pointer quelques idées qu’il nous semblerait intéressant d’inclure dans les orientations du New Bauhaus et dans les projets qui seront soutenus :

  • Des projets pour faire école et faire émerger les futurs professionnel.le.s ? Parmi les traits saillants de ce NEB, la Commission européenne met en avant la notion de co-design, notamment des espaces habitables, des espaces publics, etc. Comment prend-il en compte également le design dans la fabrique des politiques publiques elles-mêmes, notamment pour redonner du sens à la participation citoyenne qu’elle appelle de ses voeux et prendre au sérieux le désaveu démocratique grandissant ? Comment parvient-elle également à s’écarter d’une lecture du design méthodologue, universaliste, pour ouvrir dans ce champ des espaces de réflexivité, s’interroger sur son impact, développer sa capacité à faire levier sur le politique et adresser des enjeux brûlants d’aujourd’hui (réchauffement climatique, justice sociale, etc.) ? Comment, enfin, les projets soutenus dans le cadre du NEB offriront-ils aussi les espaces pour former les générations à venir de jeunes designers aux questions de politiques publiques, développer de nouvelles pluridisciplinarité et de nouveaux champs (droit, gouvernance, etc.) ?
  • Travailler sur la fabrique des espaces, mais aussi sur les gouvernances qui les sous tendent. En repartant des objets de travail que pointe la Commission européenne pour le New Bauhaus – quartier, espace public, logements, etc. il semble important d’imaginer des espaces habitables également en termes de gouvernance, dans un contexte où les défis démocratiques et environnementaux s’entremêlent. Comment confronter nos intérêts et prendre des décisions collectivement ?  Comment dessiner et co-porter l’intérêt général ? Comment expérimenter des formes et des cadres pour cela ? Là aussi, cela ouvre des champs de recherche et d’expérimentation pour les acteurs de la société civile et les commoners, les collectivités comme Bologne ou Amsterdam, les réseaux et projets européens comme GeCO, les organisations comme le Transnational Institue, le CLES, etc., qui mènent déjà des tests sur ces sujets mais gagneraient à avoir des cadres pour adresser ces thèmes de manière plus collective, plus systémique et plus européenne.

Un premier appel à projets

L’initiative du Nouveau Bauhaus Européen doit maintenant irriguer l’ensemble des programmes communautaires de soutien à la recherche, à l’éducation, au développement des territoires. Un premier appel vient d’être publié dans le cadre du programme de recherche Horizon Europe pour soutenir l’émergence de projets pilotes démonstrateurs du NEB (date limite de dépôt des candidatures: 25 janvier). Les projets sélectionnés chercheront à produire de l’impact en termes de durabilité, d’inclusion et d’esthétique, à la fois sur l’environnement bâti et sur la façon dont les gens vivent et interagissent dans cet environnement. Parmi les thèmes de travail :

  • Les risques environnementaux et climatiques, la prévention et la résilience,
  • Les mutations économiques et territoriales liées à la transition verte,
  • Les défis sociaux (pauvreté, ségrégation, exclusion sociale, etc.),
  • Les enjeux liés à l’utilisation, à la préservation et à la reconversion des infrastructures et du patrimoine existants,
  • Les défis démographiques (vieillissement, migration, dépeuplement, évolution du marché immobilier du fait du tourisme, etc.)

Chaque projet doit inclure un minimum de trois partenaires de trois pays différents de l’Union européenne (ou plus largement à l’international). Ils pourront être financé à hauteur de 5 millions d’euros. Si vous êtes intéressé.e par cet appel, n’hésitez pas à nous le faire savoir (sbois-choussy (@) la27eregion.fr).