La Synchro : plongeon général dans les bassins de travail du programme

La Synchro est une expérience de trois ans menée avec la CNFPT. Le pari : les agents publics ne sont pas assez bien formés à l'innovation et à la transformation publique, les enseignements ne sont pas à jour. En créant un espace de dialogue protégé entre praticien.nes, formateur.rices et chercheur.euses, nous pourrions améliorer le niveau des formations à l'innovation publique et donc les compétences des agents publics dans ce domaine.  

La première session, organisée en décembre dernier, avait permis nous re-synchroniser autour d'un premier socle de connaissances. Très concrètement, nous avions co-produit des premières ressources utiles à tout le secteur : en particulier un livret sur les fondamentaux à connaître sur l'innovation publique, et une frise chronologique sur l'histoire de l'innovation publique. 

Cette seconde édition avait pour objectif de nous mettre collectivement en mouvement, notamment en préparant ou en conduisant des tests et des micro-expérimentations autour de ressources, d'outils, voire de nouveaux contenus et formats de formations, dont chacun pourra s'emparer par la suite.

Nos besoins d’innovateurs publics : retour d’enquête(s)

Ces derniers mois, plusieurs études ont été réalisées pour mieux cerner les besoins des innovateur.rices publics, notamment en termes de nouvelles compétences. L'une concernait plutôt les besoins des services de l'État (DITP), l'autre plutôt ceux des collectivités (CNFPT), tandis que la Synchro interrogeait un petit panel de professionnels publics et privés, en France et à l'étranger. En guise de mise en jambe, ces trois enquêtes menées avec des méthodologies différentes, ont été présentées aux participant.es afin d'ouvrir la discussion sur les éléments communs ou complémentaires. 

L'enquête menée par le CNFPT est à retrouver ici (lien externe). Elle a permis de nourrir le programme des Assises de l'innovation publique 2025, restituées par là (lien externe)

L'exercice de cartographie conceptuelle des compétences en innovation, réalisé dans le cadre de La Synchro, est documentée ici. (lien externe) 

Le référentiel (version provisoire), présentée par l'équipe du Campus de la Transformation, de la DITP.

    Quatre bassins pour préparer la mise en test de ressources, outils, formations ...

    [Bassin 1] Jeux d’eau : Et si on gamifiait l’histoire de l’innovation publique ?

    Point de départ : la frise de l'histoire de l'innovation publique, réalisée lors de la première session. Avec l'aide de Gilles Franchetto du M'Lab (Euro-métropole de Metz) nous avons pu recueillir les premiers retours d'usages (la frise ayant été mise en pratique par son équipe), afin d'identifier ce qui fonctionne bien, ses limites, ainsi que les usages qui pourraient être imaginés/amplifiés. Cela nous a donné de la matière pour passer en revue les manquements et les imprécisions, et l'améliorer en temps réel. Cette V2 pourrait à terme être imprimée sous forme de poster - voire insérée dans un prochain numéro de la revue Horizons Publics - utilisée par le CNFPT, ou d'autres lieux de formations, etc. 

    Cela nous a permis d'avoir une base solide l'après-midi pour imaginer un jeu pédagogique afin de se saisir de la frise. Avec un nouveau groupe, nous avons donc réfléchi à des mécaniques de jeux inspirantes, puis nous les avons classées sur une matrice pour organiser nos idées. Nous voulions concilier une réalisation du jeu facile et qui permette de transmettre le plus d'informations possibles. Résultat, nous avons imaginé un mémory temporel. Le principe du jeu ? Retourner les cartes qui correspondent à un même courant de l'innovation, jusqu'à restituer la frise en entier. Il reste un peu de travail avant de pouvoir partager la nouvelle mouture de la frise, on vous donnera des nouvelles !

    [Bassin 2] Une carte subjective pour naviguer dans les méandres de l’innovation publique

    Dans le second bassin, les participant.es ont essayé de répondre à une frustration souvent ressentie : à ce jour, il n'existe aucune carte pour se repérer dans le monde de l'innovation et de la transformation publique. Rien qui donne une idée des acteurs en place, mais aussi, des différents courants, voire des enjeux qui traversent le secteur. Les participant.es se sont mis en logique de « sprint » pour essayer de produire une première maquette en deux heures.

    Dans un premier temps, les participant.es ont composé une sorte de cahier des charges, en se demandant à quels usages prioritaires pouvait répondre une telle carte : mieux accueillir les nouvelles générations d'innovateurs publics qui se demandent souvent dans quel univers ils mettent les pieds ? Disposer d'un outil pour prouver aux financeurs que ce secteur existe bel et bien, au moment où l'Etat réduit ses investissements dans l'innovation publique ? Re-politiser le secteur, en rendant visible les controverses, les tensions ? Faut-il produire un outil très « premier degré » ou tenter une carte sensible un peu décalé ? Pas facile de concilier plusieurs objectifs... on verra bien ! En quelques minutes le mur s'est rempli d'acteurs de toutes sortes, ensuite répartis par familles et courants, et la seconde partie de la session a permis de commencer à composer un univers, poser des balises et des tensions. Un travail de post-production sera nécessaire avant de publier une première version, on s'y attéle. A suivre !

    [Bassin 3] Leçons de natation : Et si on formait les cadres dirigeants de collectivités ? 

    Le troisième bassin visait à imaginer quelles seraient les composantes d'une formation à l'innovation des cadres dirigeants. En effet, les participant.es avaient fait remonter le besoin de soutien managérial de la fonction innovation. Du coté du CNFPT, l'envie d'adresser particulièrement ce public faisait de la synchro un bon banc d'essai pour commencer à poser quelques briques de cette formation à tester. Les trois versant de la fonction publique étaient représentés dans cet atelier (agents de la fonction publique d'État, hospitalière, et territoriale), faisant le constat que nous aurions tout à gagner de mutualiser l'expérimentation.

    La première itération a permis de faire émerger quelques questions, et quelques pistes pour adresser la formation des cadres dirigeants, comme par exemple mieux identifier les besoins de formation des ces derniers (ils ne faisaient pas partie du tour de table) tout en prenant acte qu'il s'agit souvent de celles et ceux qui usent le moins des dispositifs de formation classiques (par manque de temps principalement) ; proposer une grille de lecture « innovation publique » aux terrains de stage des étudiant.es de l'INET (une première expérience pour créer du concernement) ; ou encore présenter de manière plus intentionnelle l'innovation publique, en repartant des impacts, de cas d'usages ou de retours d'expérience qui permettent de saisir les effets concrets.

    L'après midi, deux groupes se sont jetés à l'eau, en proposant deux maquettes potentielles (et à challenger) de formation. L'idée est de les retravailler puis de les confronter à quelques DG complices qui pourraient permettre de les adapter au mieux à leurs besoins. Comme objectifs pédagogiques, on retrouve notamment : comprendre la plus-value de l'innovation publique (et le coût de sa non-prise en compte), déconstruire les idées reçues, prendre conscience de la diversité des disciplines mobilisées, comprendre la place stratégique de l'innovation, ou encore,  être en capacité de faire une commande adaptée. Pour ce faire, la formation pourrait cheminer entre cas concrets (nécessitant de documenter des cas pour ce public particulier), apports théoriques, un travail sur les pratiques managériales (droit à l'erreur, droit à l'expérimentation ...), et bien d'autres joyeusetés !

    [Bassin 4] Les stars du bassin : Et si l’on étudiait de près des cas d’innovation publique ambitieuse ? 

    Le bassin 4 s'attachait à concevoir une, ou plusieurs, méthodes pour documenter des démarches d'innovation publique dans une logique d'apprentissage et de formation, avant de les tester sur des cas réels. Cela s'appuyait notamment sur la méthode développée par la 27e Région et l'ADEME autour d'Extrême Défi (lien externe), ainsi que sur une note du réseau States of Change (lien externe), qui plaide pour des études de cas écrites par les praticien.nes eux-mêmes, et construites à partir de récits dont les enseignements émergent progressivement.

    Mais très vite, le groupe s'est heurté à une difficulté : concevoir une méthode suppose de répondre à plusieurs questions préalables. S'agit-il d'un exercice mené par un regard extérieur, un.e formateur.ice, ou d'un outil de réflexivité permettant aux acteurs de documenter eux-mêmes leur démarche ? Cette seconde option a été rapprochée de pratiques pédagogiques, notamment en art et en design, où analyser des cas fait partie du processus d'apprentissage.

    Une deuxième vague de questions portait sur le choix des cas. Comment éviter de ne documenter que des "bonnes pratiques" ? Qui est légitime pour identifier une innovation alors qu'elle est encore en train de se construire ? Faut-il privilégier des démarches locales et discrètes, ou des expériences déjà reconnues et documentées, y compris lorsqu'elles racontent des échecs ?

    Le groupe a commencé à identifier des « niveaux » d'observation plutôt qu'une grille de critères : comment les acteurs évoluent au fil de la démarche, quelles sont les différentes briques du projet (gouvernance, pilotage, méthodes, partenariats) ou encore quelle place est donnée aux publics les plus fragiles. Une approche davantage centrée sur les dynamiques que sur la conformité à un modèle.

    En fin d'atelier, une idée a émergé : celle d'une sorte de Wikipédia de l'innovation publique, où les études de cas pourraient être enrichies collectivement au fil du temps. L'atelier ne débouche donc pas encore sur une méthode stabilisée, mais il clarifie les principaux choix qu'il faudra assumer avant de la mettre à l'épreuve sur des cas réels !

    Cette deuxième session nous a donc permis d'amorcer différents chantiers, qui vont continuer à être travaillés dans les mois à venir, tantôt sous l'impulsion du CNFPT, tantôt de la 27e région (et souvent les deux à la fois). Innovatrices et innovateurs souhaitant se synchroniser, les bonnes volontés sont toujours les bienvenues. Et rendez-vous en 2027 pour la prochaine session collective !