Si le sujet reste encore émergent au sein des collectivités territoriales, les recherches sur le sujet ne cessent de s'étoffer.
Quel nouveau contrat social pour sous-tendre ces politiques de transition écologique ?
La note de l'Ademe sur « La transition juste » appuie la nécessaire mutation des activités brunes (et le poids économique de l'inaction climatique : jusqu'à 11 point de PIB à l'horizon 2050), le besoin de prendre en compte les vulnérabilités économiques, sociales et territoriales, et l'indispensable dimension démocratique, rappelant au passage qu'« exiger de la transition qu'elle n'ait que des cobénéfices pour tous tout le temps, c'est la condamner ».
Les rapports de l'IGAS sur « les enjeux sociaux du changement climatique », ou du CNLE « faire de la transition écologique un levier de l'inclusion sociale » se rejoignent sur le besoin d'une plus forte participation des instances sociales et des personnes les plus exposées et vulnérables, d'un renforcement de la lisibilité des risques sociaux pour orienter les priorités et les impacts des politiques publiques… Ils soulignent combien l'ampleur des chocs (économiques, climatiques, énergétiques) diffère suivant les catégories sociales, comme les capacités à s'en protéger ou à les surmonter (cf. par exemple taux d'effort énergétique, jusqu'à trois fois plus élevé pour les ménages les plus modestes que pour les plus aisés). L'Iddri, à travers la formule « Quand on peut, on veut », appelle quant à lui à une renégociation collective du contrat social, à l'aune du bouleversement des règles du jeu (modes de vie, secteurs économiques, emplois et promesses sociales) induit par la transition.
Quelles évolutions des métiers et du travail social ?
La Fédération des acteurs sociaux (FAS) et la Chaire Transition écologique et évolution du travail social s'attachent à étudier les impacts du « nouveau régime climatique » sur les acteurs des solidarités, et l'évolution d'un travail « géosocial » en référence aux travaux de Bruno Latour, pour prendre soin des personnes et de leurs attachements à leurs milieux de vie, composés d'humains et de non-humains.
La Ville de Grenoble a été la première à tester des protocoles de redirection écologique. Son copieux rapport Bifurcation RH (lien externe) s'attache, à partir d'une enquête auprès des agent·es, à décrire les évolutions du travail dans différents métiers territoriaux (auxiliaires de puériculture, thermiciens, managers, etc.).
Documenter les pratiques d'écologie populaire pour mieux les considérer.
Nombreux sont les travaux autour d'une « écologie populaire » : ceux d'Emmaüs et de la Fondation Jean Jaurès, qui suite à une série de conventions citoyennes avec un public incluant des personnes en grande précarité, ont publié « Pour une écologie du quotidien : on comment les personnes vulnérables sont écolos sans le dire », ou encore le rapport du WWF « Récit pour une écologie populaire : renouer avec les préoccupation des français » , issue d'une consultation citoyenne de 10 000 personnes et appelant à « partir de l'individu pour envisager l'écologie à partir de la vie dans son quotidien ». Le rapport « Injustice climatique » porté par l'association Ghett'Up en 2024 rend compte quant à lui d'une enquête de deux ans auprès de 1000 jeunes des quartiers populaires sur la question climatique, au croisement des sujets des pollutions et des lieux de vie, de l'alimentation, du racisme et de la sécurité, ou de la (sous)représentation. Ces rapports vont à rebours de l'opposition trop souvent faite entre "fin du monde et fin du mois", pour décrire comment ces concernements s'entrecroisent.
Ces ressources contribuent à construire une lecture nouvelle de la transition, à partir d'entrées différentes. Elles la présentent à la fois comme une condition d'acceptabilité et de désirabilité des politiques de transition, comme un levier d'adhésion au-delà des seuls cercles des cultures légitimes ou militantes (voir notamment les travaux de Jean-Baptiste Comby), comme une nécessité de transformation des pratiques professionnelles et institutionnelles, et enfin comme une manière de valoriser l'existant : qu'il s'agisse de pratiques de sobriété, choisies ou contraintes, ou de dynamiques communautaires.
Alors, une transition juste, d'accord, mais de quoi parle-t-on exactement ?