La valeur relationnelle d'une association
Cette première approche met l'accent sur les liens sociaux, la confiance, la coopération, les communs et les dynamiques territoriales. Elle était représentée par Augustin Gille, Docteur en Sciences de Gestion en Sciences Sociales et Économiques, membre fondateur du GREUS, chercheur associé à l'équipe Normativité et société de l'Institut Catholique de Paris.
Dans cette approche inspirée par la théorie de l'enquête de John Dewey, il s'agit de considérer l'expérience relationnelle comme la source de la valeur associative. Or la valeur de cette expérience ne se décrète pas, seuls les participants peuvent la qualifier. C'est pourquoi la phase la plus importante est en amont, celle où l'on va chercher à qualifier l'anthropologie relationnelle de l'association, c'est à dire ce que produisent les relations qui s'y développent. Il faut le faire en associant tous les participants comme co-chercheurs, par un processus maïeutique visant à faire émerger une vision commune.
Au terme de ce processus, une convention émerge entre les participants : il est possible de désigner quelles sont les expériences fondamentales, celles qui font sens pour une pluralité de participants, bien au-delà du seul lien social. Pour les participants c'est une expérience relationnelle qui résonne, au sens où l'entend le philosophe Hartmut Rosa. Les associations font entrer en résonance les personnes entre elles, avec leur vision du monde, et créent un lien fort avec les processus d'innovation sociale - même si la situation actuelle dégrade les capacités de résonance des associations.
Cette approche a été appliquée à de nombreuses associations. Par exemple à l'UCPA (Union nationale des Centres sportifs de Plein Air), ce qui résonne pour celles et ceux qui en font l'expérience, c'est « Vivre l'extraordinaire pour mieux investir l'ordinaire » ; Pour l'association Arche, qui accompagne des personnes en situation de handicap mental, c'est « la fragilité au centre du vivre ensemble, ça désarme », dans laquelle la fragilité devient une ressource et non un handicap.
A la 27e Région c'est une approche qui nous parle. Après quelques années, en dialoguant avec nos adhérents nous avons par exemple identifié le « compagnonnage » comme une expérience fondamentale, à la fois avec eux, et entre eux : au sein des collectivités, nos interlocuteurs sont un peu des « agents doubles » en butte avec des obstacles au changement, par conséquent en recherche de soutien, de confiance, d'entraide entre pairs, d'éclairages, d'un interlocuteur bienveillant qui les aide à se doter de nouvelles capacités d'innovation et de transformation. Nous enquêtons régulièrement avec nos adhérents pour vérifier si ce type d'expérience reste centrale, mais nous pourrions sans doute améliorer cette pratique en la systématisant, en la renouvelant plus régulièrement, et en l'explicitant plus rigoureusement.
Cette approche relationnelle a tout de même un inconvénient : chez nos bailleurs, les décisionnaires se tiennent souvent à l'extérieur de cette expérience relationnelle. Comment pourraient-ils percevoir notre valeur puisqu'ils ne participent pas à cette expérience relationnelle ?