Quels effets sont attendus de la Synchro, pour qui, comment, à partir de quels indicateurs de succès ? La théorie de changement de la Synchro reste à approfondir, mais plusieurs des paris au cœur de la Synchro ont fait l'objet de commentaires et de propositions au cours de la journée.
Publics débutants et publics experts. Plusieurs participants proposent de distinguer deux cas d'usages, avec leurs besoins spécifiques : les nouveaux arrivant.e.s d'une part (construire un "corpus" théoriques/courants/méthodes pour offrir des repères communs, une sorte de culture métier), les personnes plus aguerries d'autre part (approfondir, progresser, sujets plus complexes, etc). Dans tous les cas, plusieurs participants pensent qu'il faut continuer à penser débutants : « Garder cette capacité à recenser et structurer un domaine foisonnant, au risque sinon que "les nouveaux arrivants" se noient dans des contenus ou des propositions pléthoriques » ; « J'apprécie ce qui a été mentionné concernant la vulgarisation comme point de départ. Vulgariser le champ des possibles afin de permettre à chacun de mieux comprendre, puis l'élargir progressivement en montrant la diversité des pratiques et applications concrètes me semble pertinent. Le domaine de l'innovation et ses acteurs étant vastes, il nécessite une approche accessible pour en saisir la portée réelle. »
Un espace de dialogue entre praticiens, chercheurs et formateurs. Le premier pari que nous faisons est que pour améliorer le niveau des compétences en innovation publique, il nous faut « re-synchroniser » les praticien.ne.s, les chercheur.euse.s et les personnes en charge de l'éducation et de la formation. Les témoignages recueillis durant la journée ont permis de vérifier que chacun de ces pôles en avait besoin :
- Les praticien.ne.s ont besoin d'acquérir sans cesse de nouvelles compétences, et que celles-ci soient à jour avec l'état des connaissances : « J'ai ressenti mon "plafond" sur les aspects théoriques parfois, ça donne des idées de lecture pour les vacances de Noël. »
- De leur côté, les chercheur.euse.s ont besoin de se (re)connecter aux besoins des praticien.ne.s de terrain, et que leurs connaissances nourrissent les contenus de formation.
- Quand aux acteurs de l'éducation et de la formation, ils et elles ont besoin de proposer des contenus en phase à la fois avec les besoins de terrain, et à jour sur le plan scientifique : « Les apports de contenu et les questions soulevées sont une vraie source d'amélioration pour nos programmes. Quel choix de compétences faisant nous sur la formation à l'innovation publique ? Quels paradigmes sont présentés et faisons-nous le choix de présenter des courants particuliers et pourquoi ? » ou encore « Avons-nous les bonnes personnes pour accompagner nos étudiants ? »
Quelques bémols cependant : certain.e.s praticien.ne.s ont trouvé que leur parole était un peu en retrait de celle des chercheur.euse.s/expert.e.s, et appelait à un rééquilibrage. D'autres soulignent le risque qu'une fois la journée terminée, « chacun reparte sans son silos avec des précos hyper stimulantes mais impossibles à mettre en œuvre seuls ». Ils proposent donc d'imaginer « des terrains d'expérimentation pour aller dans le concret (par exemple, une CT où on teste un dispositif de formation porté par une école, qui aurait des prolongements dans la CT, et qui serait observé par la recherche...) »
Un espace de contribution. Un autre pari est que les participant.e.s ne soient pas de simples utilisateur.rice.s mais contribuent eux-mêmes à la Synchro. Au terme de la journée, des praticien.ne.s, des acteurs de la formation et des chercheur.euse.s ont proposé de contribuer en mettant à disposition des terrains pour tester la Synchro : la Région Occitanie propose comme terrain un programme de formations internes associant le CNFPT et le réseau d'innovateurs publics Oasis Montpellier et Occitanie ; le CGDD,propose comme terrain deux jours de formation à l'innovation publique dans le cadre des Cycles Supérieurs de la transition écologique à Clermont-Ferrand en septembre 2026 ; la DITP propose ses formations CLIP ; la Métropole de Clermont-Ferrand, propose de tester un dispositif de formation porté par une école, qui aurait des prolongements dans la collectivité, et qui serait observé par la recherche ; on encore imaginer un format type « srpint sprint» pour tester l'outil des facettes de l'innovation de l'OCDE que l'on a peu eu le temps d'aborder dans la journée...Côté recherche, la nouvelle chaire de recherche sur l'innovation publique (Chaire SIPACTE) portée dans le cadre d'un programme ANR global Sirius à l'échelle de l'Université de Lorraine propose de mettre à disposition « ses moyens pour la recherche, une équipe surmotivée, avec comme objectif de proposer un dispositif de formation auprès d'étudiants ET auprès des personnels de notre université ». Reste à préciser les modalités pratiques pour que ces contributions soient gagnants-gagnants, mais d'ores et déjà on sent une sorte motivation à contribuer.
Le partage de ressources existantes. Il s'agit d'abord de partager l'existant : Les participant.e.s suggèrent de « partager ce qui se fait déjà », « comment chacun parle déjà de l'innovation publique », « partager les modules/supports de formation que l'on doit tous avoir et partir de cette matière pour voir « le commun » dont nous disposons et se mettre d'accord sur cette base », « rendre visible les initiatives existantes, les partager et capitaliser sur ces enseignements », « permettre au collectif de s'inspirer mutuellement et de nourrir une dynamique d'apprentissages partagés », « l'impérieuse nécessité individuelle et collective de continuer à capitaliser/ diffuser/ questionner les pratiques pour participer à la constitution de cette mémoire collective et la garder vivante ».
La production de ressources nouvelles. Certains suggèrent de produire de nouvelles ressources ensemble : « un Que sais-je de l'innovation publique », « un outil d'auto-évaluation des programmes de formation pour voir comment les améliorer », « organiser notre propre festival de la bureaucratie créative », « des contenus qui mériteraient d'intégrer les formations initiales (IEP/ Ecoles de design mais également universités et IAE qui préparent des diplômes en SHS/ gestion de projets) », « un film pour changer de regard sur l'innovation publique ». Cette journée, menée en mode « sprint » a permis de voir qu'il était sûrementpossible d'envisager des modalités coopératives de production, par exemple des ateliers d'écriture ou des temps de « sprints », des lectures collectives en mode « arpentage », des apports en ressources, la traduction de textes (Anglais > français, voire l'inverse).
Des réflexions à mener sur les dimensions pédagogiques. Certain.e.s vont plus loin encore, et proposent que la Synchro soit l'occasion de réfléchir ensemble à un certain nombre de questions : quels sont, en fonction des contextes, les bons choix à faire en termes de scénarios pédagogiques (débutant, experts, futurs), format d'apprentissage (du plus classique au plus expérimental), les dispositifs de formation existantes, en fonction des publics cibles et des objectifs (ex DRH, manager qui doivent piloter l'innovation, etc) Faut-il concevoir des modules spécifiques ou bien aborder l'innovation partout, comme le fait la transition écologique ?
Une attention particulière pour l'international. Constatant la relative absence des français dans les réseaux d'échange et de connaissances internationaux, plusieurs participant.es confirment l'intérêt d'intégrer cette dimension, d'essayer de lui donner une valeur (par exemple « en conviant le niveau MESR/Bercy/min délégué à la fonction publique pour conscientiser cette richesse et lui donner les moyens de se déployer »).