Espaces publics intérieurs (centres sociaux, bibliothèques, musées...) ou extérieurs (parcs, tiny forest, cours d'écoles, etc.) mais aussi certains espaces privés (le hall d'accueil d'un cinéma, ...) et petits commerces : le réseau d'abris climatiques proposé par la Métropole et la ville de Barcelone labellise principalement des espaces existants. Ils partagent un cahier des charges simple : accès gratuit, espace climatisé ou rafraîchi, possibilité de s'asseoir et de se reposer, accès libre à l'eau potable. Barcelone compte aujourd'hui plus de 360 abris, dont une majeure partie de centres sociaux. L'objectif est que chaque habitant ait un abri accessible à 10 minutes de son domicile.
Ces espaces n'offrent pas nécessairement d'aménagement ou de service additionnel tels que des horaires d'ouverture élargis, des activités spécifiques, etc. Leur carte, largement diffusée dans la ville, offre une lecture de la ville au prisme de la canicule : comme le rappelle Mar Sartorras, elle est nécessaire car « les habitants n'ont pas toujours l'impression de pouvoir venir dans ces lieux simplement pour se sentir à l'aise et se mettre au frais ».
Ceux que nous avons visités semblaient toutefois principalement investis par leurs usagers habituels, sans forcément de démarches menées pour élargir la fréquentation à des publics isolés ou vulnérables, ou de synergies fortes avec des acteurs prescripteurs comme les services sociaux de proximité, le tissus associatif ou de l'ESS.
Ce questionnement sur les liens entre politiques sociales et politiques de transition et l'inclusion des premier.e.s concerné.e.s nous a traversé pendant tout le voyage. Des projets de sciences participatives sont par exemple menés pour interroger les enfants sur leur vécu en termes de confort thermique dans leurs logements et formuler des propositions concrètes de politiques publiques. Les femmes de plus de 67 ans font également partie des publics considérés comme les plus vulnérables ; à ce titre, nous avons été particulièrement inspirés par le centre d'information et de ressources pour les femmes, véritable service public dédié aux femmes et à l'élaboration de politiques publiques égalitaires à Cornellà de Llobregat. Très à la pointe sur les sujets de lutte contre les violences faites aux femmes et de diffusion d'une culture féministe au sein de l'administration, il distille les questions de genre de manière transversale, y compris dans la politique de résilience de la ville.
La co-construction des lieux refuges, leur intégration dans le spectre d'initiatives publiques ou privées pour prendre soin des plus vulnérables pendant les vagues de chaleur, leur adaptation aux usages de personnes amenées à y passer des temps de vie parfois longs, les manières d'élargir le spectre de celles et ceux qui y sont accueillies, en sont les grands défis. C'est pour tester des formes de réponses que la coopérative Aqui expérimente avec un groupe d'habitants, dans une friche mise à disposition par la Ville, l'idée d'un Climate Land Trust, c'est à dire un lieu refuge pensé à partir d'un groupe de citoyens, comme un processus itératif: jardinage, construction collective d'ombrières, de collecteurs d'eau, etc.