Et si la lutte contre les polarisations était une mission ? C’est le pari posé par la coalition formé par Aktion-Zivilcourage , une organisation rencontrée en marge du festival. Crée en Saxe dans les années 90, en réaction aux résultats élevés des partis d’extrême-droite lors des élections municipales, ainsi qu’à une propension croissante à la violence en particulier chez les jeunes, qui déstabilisent la jeune démocratie Est allemande. Aktion-Zivilcourage développe depuis 25 ans des actions auprès des collectivités locales, des habitant.e.s, des enfants, des jeunes et des associations. Elle accompagne et soutien notamment les élu.e.s locaux en situation de conflits – voire de crise – face à aux tensions au niveau local. Le panel de sujets est large : arrivée de réfugié.e.s ; mesures liées à la pandémie de Covid-19, l’inflation, la guerre en Ukraine, projets de construction controversés, modification de l’éclairage public, etc.
A coeur de leur travail, l’hypothèse selon laquelle les conflits ne sont pas un problème pour la société mais la norme dans les sociétés démocratiques, et souvent le moteur du progrès social et démocratique. Il s’agit d’analyser et d’orienter positivement ces conflits avant qu’ils ne dégénèrent et ne deviennent insolubles. L’objectif est de renforcer les capacités des villes à gérer les conflits, et les aider à se doter de stratégies pour mieux les anticiper ou bien les traiter lorsqu’ils existent déjà. Il s’agit ainsi de protéger l’espace du débat, pour contribuer à la cohésion sociale, l’inclusion et la démocratie locale.
L’organisation fait aujourd’hui partie d’une coalition d’acteurs qui s’allient pour renforcer leur capacité à lutter contre la polarisation et l’essor de l’extrême droit et du racisme en combinant leurs travaux sur la conflictualité dans les réseaux sociaux, avec les jeunes, avec les élus, etc. Ils développent ensemble des programmes de formation, et travaillent à mieux codifier leurs approches et à monter en qualité.
Ce travail trouve aussi des voies institutionnelles, en réponse à la montée des extrêmes : en réaction à l’attentat de Hanau près de Francfort en février 2020, le gouvernement fédéral a lancé le programme Live Democracy ! (« Vive la démocratie! ») avec pour volonté de s’attaquer à l’extrémisme de droite et au racisme. En 2021, la fondation Stiftung SPI s’est appuyée sur ce programme pour financer un projet de formation-action KoKoMa (Kommunles Konflikt Management) mené dans 13 villes allemandes jusqu’en 2024.
Comment les agents et institutions publiques doivent ils s’équiper pour faire face à la montée des extrêmes et aux conflictualités et tensions qui se multiplient : questions identitaire, usages de l’espace public, sentiment d’injustice liées aux politiques de transition, à la détérioration de services publics… ? De quelle manière « protéger » des espaces de débats démocratiques ? Ces échanges ont évidement fait écho à nos récents travaux sur la réconciliation, et nous ont donné envie de poursuivre la conversation et les projets ensemble !
Agents publics face aux extrêmes… On retrouve ces discussions dans le off du festival, chez les grands acteurs et les fondations, les communautés de pratiques ou les élus comme le maire de Manheim, qui questionne le rôle des agents publics dans un contexte d’affaiblissement de l’état de droit. L’idéologie du Doge a ouvert les vannes de courants qui, sous prétexte de simplification, démantèlent des pans entiers des administrations et services publics, et remettent en question les avancées en matière d’inclusion et de transition.
Quand se dessinent des visions aussi radicalement différentes de l’avenir des institutions, quel est le rôle des innovateurs publics ? Du coté des constats, nos collègues partagent pour certain.e.s des difficultés croissantes à adresser frontalement les questions de minorités, de diversité, voire de citoyenneté (avec par exemple la suppression de services dédiés à ces sujets, ou des interdictions touchant au vocabulaire employé) ; la marginalisation de leur expertise (avec par exemple la sous-traitance de certains rapport à des organismes partisans) ; l’affaiblissement d’instance de contrôle et d’évaluation lorsque celles-ci ne corroborent pas la vision de l’exécutif.
Face à ces constats, au-delà des ajustements (changer le nom des programmes, etc.), de l’adoption du sous marin comme véhicule privilégié, quelles postures, quelles stratégies collectives ? Comment porter un regard plus politique sur nos pratiques ? Doit-on chercher à tout prix l’accès aux lieux de décision, ou bien assumer davantage de rester dans les marges ? Sortir du silo de l’innovation, pour trianguler avec des disciplines à fort effet levier, comme l’économie ? Articuler le discours sur l’innovation publique et sociale avec celui sur le besoin d’infrastructures de sécurité dans les temps ou les guerres reprennent (ce qui est une réalité d’autant plus tangible vu depuis la Finlande, le Canada, ou l’Allemagne) ? Pour Marco Steinberg (Aalto université), il faut « faire mouvement » là où les Etats vont dorénavant concentrer leurs investissements : la recherche de protection et de sécurité, pas seulement dans la défense mais dans les infrastructures, la santé – par exemple dans le renforcement des systèmes et des politiques de santé entre les Etats membres de l’UE. Hefen Wong (Singapour) a bien résumé les trois grandes polarités exprimées durant les échanges : Se retirer et résister de l’extérieur, ou entrer dans le ventre de la bête ? Transformer les institutions de l’intérieur, ou bien désinstitutionnaliser ? Se préparer à reconstruire sur des ruines, ou accélérer l’effondrement des institutions obsolètes ?
- Plateformcoop.pour créer des infrastructures coopératives alternatives aux monopoles des « méga plateformes »
- Le programme « Cities Ahead » de Goethe Institute (dans le format, l’embarquement des élus par un format « academy » sur deux jours)
- « Adopte un agent », un projet italien de formation des agents publics en pair à pair,
- Derek Alton (Apolitical) qui qualifie de « civic punks » les agents publics rebelles qui veulent changer le status quo- et en a tiré une série de podcasts
- Une autre série de podcasts appelé « Govmakers »
- Le paradoxe de Stockdale, ou « comment allier une foi inébranlable en un avenir meilleur avec une acceptation lucide des épreuves et des difficultés. »
- Cities ahead academy : Culture at the core : 2 jours de formation pour les élus avec des experts internationaux, sur les rôles qu’ils peuvent jouer pour transformer la ville via la culture et la créativité : depuis 3 ans et avec plusieurs pays européens
Allez, la prochaine fois, on vous emmène !? L’envie qui nous taraude en rentrant est évidement de bâtir plus de ponts entre ces communautés allemandes, internationales et nos collègues agents publics français. On aimerait s’y employer en travaillant avec l’équipe du festival notamment ; n’hésitez pas à nous écrire si vous avez déjà des partenariats franco-allemands, ou des projets dans ce sens !