C’est un sorte de diorama pour mettre en perspective sa propre action en la soumettant à différents éclairages et ainsi regarder la diversité de ses effets, la place de sa propre initiative dans l’écosystème, les relations entre les parties prenantes, etc. La rosace systémique permet de mieux prendre en compte la complexité d’un problème et des processus de changement et aide à trouver sa plus juste place autour de 5 invitations :
#1 : Se confronter à ses effets de bord, c’est à dire porter attention aux effets positifs comme négatifs que l’on produit, plutôt qu’uniquement aux preuves de réussites de son approche, et s’assurer que celle-ci, en plus d’atteindre ses objectifs, ne freine pas le changement de manière détournée. Par exemple, une petite organisation développant une approche particulièrement novatrice avec quelques acteurs pourra faire passer pour obsolète un acteur plus ancien, au travail moins innovant mais fédérateur pour de nombreuses parties prenantes. Quel temps dédier à créer des synergies plutôt qu’à développer en parallèle des activités qui pourront finir par sembler en concurrence ?
#2 : Articuler le palliatif et le changement. Invite à discerner dans quelle mesure des actions palliatives au problème freinent ou empêchent les changements souhaités : Comment mieux ajuster palliatif et changement, mais aussi court terme et long terme, réformisme et radicalité, …etc. afin que l’un et l’autre se renforcent ? Il s’agit d’expliciter les limites de sa propre action afin de lui trouver son juste équilibre. Les projets démonstrateurs portés par une équipe d’innovation auront par exemple un effet d’entrainement, mais ne transformeront qu’à la marge s’il ne s’appuient pas sur la formation des agents et sur un changement culturel plus profond.
#3 : Élargir ma vision du changement. Quel est l’apport spécifique des différents acteurs d’un système, comment mieux articuler sa propre contribution au changement aux contributions nécessaires des autres parties prenantes ? Comment se soutenir dans une dynamique collective plutôt que d’entrer en concurrence, mieux articuler action palliative et changement systémique, choisir de n’intervenir que là ou le changement crée est le plus opportun et non lorsqu’il vient contrer les initiatives d’autres acteurs, redécouvrir les solutions passées, contraires, ou portées par d’autres ; etc.
#4 : Soutenir mes parties prenantes, soigner les relations. Comment, plutôt que se concentrer sur la réussite de sa propre solution, intégrer dans sa stratégie le soin aux acteurs essentiels à son action, mais aussi identifier finement alliés insoupçonnés, adversaires accidentels, etc. ? Cette dimension invite à mieux prendre en compte dans quelle mesure le projet est également un espace de mise en relation des acteurs qui ne se rencontrent pas habituellement (des financeurs de nature divers par ex.), de mieux combiner les solutions de chacun.e (en organisant des temps stratégiques élargis par ex.), de permettre les ajustement qui aident le “système” à fonctionner de manière plus souhaitable.
#5 : Nourrir la résilience et la vitalité de mes écosystèmes. Il s’agit ici d’identifier ses propres effets sur la vitalité de l’ écosystème : distribution du pouvoir, production, accès et valorisation des savoirs, diversité des pratiques et des opinions, etc. Cela permet de mieux expliciter quelles sont ses conditions de résilience pour intégrer sa contribution de manière plus stratégique.
La Rosace et plus globalement l’approche systémique sont une manière de se détacher du sentiment de voir la réalité en termes principalement de ce que l’on apporte, que l’on fait bien et pourrait faire mieux avec plus de ressources. Elle invite à porter plus d’attention à la valeur des contributions apportées par les autres, aux relations entre acteurs et à leurs moteurs propres, et finalement à chercher à ajuster en continu notre rôle, voire par exemple à renoncer à certaines initiatives ou à être plus intentionnel.