Il y a un an, nous décrivions dans un billet pourquoi la 27e Région s’est ré-intéressée à l’évaluation, et comment nous tentons dorénavant d’intégrer une posture évaluative (cf Quadrant Conseil) dans nos programmes et notre activité en général. Depuis, nous regardons également ce qui se passe dans nos réseaux, et à ce titre nous avons été frappés de voir certaines collectivités mettre en place des pratiques très originales -quelquefois sans les promouvoir comme des démarches d’évaluation, mais plutôt comme des outils de pilotage, de stratégie, de collaboration ou de montée en compétences. C’est pour en parler qu’en janvier dernier nous avons réuni plusieurs d’entre elles (*). Nous reprenons ici ce qui s’est dit durant cet échange, tout en essayant de le mettre un peu ordre !
(*) Les métropoles de Grenoble, de Nantes, de Lille, les villes de Nancy et de Malaunay, la Région Occitanie, la DITP, avec l’expertise de Quadrant Conseil et de l’Université de Paris-Créteil.
Une question de vocabulaire
L’évaluation est souvent connotée négativement, mais plusieurs évolutions sémantiques pourraient nous aider à élargir nos représentations de l’évaluation. Tout d’abord, plutôt que d’évaluation, certains auteurs parlent maintenant de « systèmes d’évaluation » pour mieux sortir d’une vision « one shot » de l’évaluation, et caractériser son caractère continu et systémique. Certains emploient également l’appellation « Suivi, Evaluation, Redevabilité, Apprentissage » (SERA), une façon de mettre l’accent sur des fonctions certes présentes mais souvent occultées dans les démarches d’évaluation :
- Le suivi est le processus continu de collecte systématique d’informations, selon des indicateurs choisis, pour fournir aux gestionnaires et aux parties prenantes d’une action de développement en cours, des éléments sur les progrès réalisés, les objectifs atteints et l’utilisation des fonds alloués ;
- L’évaluation d’une politique publique, à proprement parler « c’est former un jugement sur sa valeur » pour citer le rapport Viveret (1989)
- La redevabilité est l’obligation de rendre compte de façon claire et impartiale sur les résultats et la performance, au regard du mandat et/ou des objectifs fixés ;
- L’apprentissage, enfin, est un processus d’acquisition de savoirs, de connaissances, de savoir-faire, mais aussi un processus perpétuel, une démarche continue de perfectionnement qui passe par la capacité à identifier les erreurs.
Ainsi dépliée, l’évaluation apparait à nouveau comme une pratique complète et aidante, pouvant aider les organisations à clarifier leurs intentions, à collecter des données pour évaluer leur efficacité, à contrôler et adapter leurs leviers de changement, à apprécier leur capacité à répondre et s’adapter en temps réel.
Penser l’évaluation en partant de ses usages
A la 27e Région, nous sommes revenus à l’évaluation non par la contrainte, mais en écoutant nos besoins du moment : en particulier sortir du flou autour de l’innovation et du risque d’innovation-washing, mais aussi questionner les difficultés que nous éprouvions à concevoir nos programmes. L’évaluation ne se pense bien qu’à partir des usages qu’on en attend ! Mais comment y voir plus clair dans les usages possibles ? En 2022, pour sortir d’un débat technique sur l’évaluation, l’Agence française de développement, Quadrant Conseil et Stratégie Design Scénario ont publié une cartographie des usages de l’évaluation. La carte est organisée autour de 4 familles d’usages : stratégiques, au service du pilotage, de l’amélioration continue, et enfin au service du dialogue. Pour chaque familles d’usages, des propositions méthodologiques sont faites.