Dans le dernier temps du webinaire, nous avons voulu nous intéresser aux plans de sobriété qui ont fait leur apparition dans toutes les administrations ces derniers mois. Faut-il (et si oui comment) évaluer et (re)penser ces plans de sobriété pour dépasser la seule gestion de crise (énergétique) et faire de la sobriété un pilier de l’action ? Comment ces plans peuvent-il dessiner des pistes (processus d’élaboration, instances, outils, modalités d’animation etc.) pour la suite, acter une nouvelle donne ? Comment en faire des objets « vivants », s’adaptant au fil de l’eau ?
Benjamin Boël et Romain Dhainaut, de la Délégation à la transition écologique du Département de la Seine-Saint-Denis, ont ouvert le bal. En Seine-Saint-Denis, le plan de sobriété présenté à l’exécutif en septembre 2022 avait trois visées : atténuer l’impact budgétaire de l’inflation, s’adapter aux difficultés d’approvisionnement pour différentes fournitures et aux risques de ruptures d’approvisionnement énergétique, et préserver des marges de manœuvre pour mener des actions résolues face aux conséquences sociales de l’inflation. Les mesures prises, de court et moyen termes, ont couvert les champs de la sobriété énergétique (chauffage, électricité, carburant) mais aussi de la sobriété alimentaire et des consommations de fournitures (papier, mobilier, déchets …). La mise en œuvre de ce plan a permis d’identifier les conditions nécessaires à la mise en place d’une stratégie globale et pérenne de sobriété de l’administration, notamment par la mise en place d’une gouvernance, d’un suivi des consommations énergétiques des bâtiments (installations de capteurs…) et de modalités d’implication des agents, et ainsi d’ouvrir le chantier de la décarbonation de l’administration (mise en place des instances de pilotage, études pour systématiser les raccordements aux réseaux de chaleur, etc.). Les actions du plan de sobriété contribuent aussi en partie à la stratégie de résilience territoriale en cours d’élaboration : rénovation thermique et adaptation du patrimoine bâti, incitation à la marche et au vélo, diversification des sources d’énergie, alimentation durable …
Comme en Seine-Saint-Denis, dans d’autres collectivités, le plan de sobriété a donné un « coup d’accélérateur sous contrainte » à une politique de transition sociale et écologique déjà réelle et assumée. Ce constat révèle la force des crises « pour faire avancer » des sujets difficiles, casser des chemins de dépendances …
Pour les participant.e.s à notre temps collectif, quelques conditions semblent nécessaires pour élaborer des plans de sobriété réellement utiles et opérants : un cadrage stratégique et du temps libéré ; une implication des agents et des partenaires sociaux, notamment dans la prise en compte de la qualité de vie au travail ; une disponibilité des données et du pilotage (la complexité des contrats d’exploitation nécessitant souvent un inventaire préalable). L’implication de chercheuses et chercheurs et l’articulation avec une démarche de prospective participative (qui renvoie au sujet de l’imaginaire, car la sobriété ne fait pas rêver aujourd’hui) sont également des pistes avancées. La question du périmètre des plans de sobriété et des interdépendances entre acteurs est également abordée ; elle implique de dépasser les seuls écogestes pour prendre des mesures plus collectives et systémiques, porteuses de sens et de cohérence.
Plusieurs participant.e.s au temps de partage insistent surtout sur la nécessité de réintégrer la sobriété dans le cadre de la stratégie de planification, avec ses outils existants (de concertation, de suivi, de pilotage stratégique associant les élu.e.s) plutôt que de « rajouter une couche de plus » … et d’accentuer la difficulté de coordinations entre les différentes stratégies et documents de planification. Le rapport de Développement durable annuel (obligatoire depuis 2011 pour les collectivités de plus de 50 000 habitants) peut aussi être un bon levier pour porter une stratégie de sobriété, à condition de le penser comme un véritable outil de coordination et de pilotage …
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Merci à toutes les personnes qui ont contribué à cette enquête et participé au temps de partage collectif, mention spéciale à Ambre, Séverine et Gildas, nos agent.e.s co-enquêteur.rice.s !
Et merci encore à Manon Loisel et Nicolas Rio (Partie Prenante), Norent Saray-Delabar (Pratico-Pratiques), Elisabeth Dau (Fréquence Commune), Mathias Guérineau (IAE de Nantes) et Julie Mayer (Ecole Polytechnique) qui nous ont aidé à défricher le sujet et à dessiner les contours de cette enquête …