Comment l’AFD pourrait-elle aujourd’hui inclure les communs dans sa stratégie, en se mettant en capacité de les accompagner, voire de créer les conditions d’émergence de nouveaux communs ? Comment acculturer et proposer une vision partagée des communs, afin que ces démarches soient portées au-delà du cercle des agents convaincus et militants ? Quels points d’accroche pour les communs dans l’organisation ? Pour passer de l’idée au croquis, allons voir du côté d’autres acteurs publics qui se sont inspirés des communs pour repenser leur relation avec les acteurs locaux et les habitant.es dans une logique plus ascendante ou chercher de nouveaux leviers de justice sociale et de transition.
L’ADEME a lancé en 2021 et 2023 des appels à communs ; alternative aux appels à projets, ce dispositif vise à produire des ressources ouvertes et utiles pour un écosystème ; il s’agit de favoriser la coopération entre acteurs au service de défis de transition écologique définis collectivement, puisque l’ADEME anime la démarche de qualification des défis comme le cadre favorable pour faire naître des synergies entre les acteurs. L’ensemble est documenté sur un wiki, ce qui permet de capitaliser sur les enseignements (réussites comme échecs) des projets, et de cartographier les communautés mobilisées. En interne, la démarche a permis de faire évoluer la grille de lecture des projets expertisés en pointant le regard sur la gouvernance partagée ; il a été source d’innovation juridique pour avoir des conventions souples et sécurisantes adaptées à ces projets expérimentaux, ou encore soutenir des acteurs économiques sur des projets d’intérêt général ; il a enfin été un facteur d’acculturation aux communs, en embarquant une diversité de directions.
Des cousins : FundAction, un fond participatif au service de l’innovation sociale, La Fabrique des mobilités, une plateforme qui réunit les acteurs volontaires de la mobilité (territoires, industriels, laboratoires de recherche, start-up, universités et écoles, etc.) pour réduire l’impact environnemental des déplacements tout en favorisant l’inclusion sociale et territoriale.
Le principe de subsidiarité inscrit dans la constitution italienne fonde la création en 2014 à Bologne de Pactes de collaboration ; cadre contractuel léger et flexible, cet outil juridique réglemente la coopération entre la municipalité et des porteurs d’initiative (habitants, ONG, etc.) pour prendre soin des biens communs urbains dans une optique de transparence et de coopération. Le document se caractérise par une grande simplicité. Les agents de la municipalité sont dans une posture d’écoute bienveillante, d’échanges constructifs avec les citoyen.nes, sans prescription d’actions à mener ou de lieux à considérer ; ils apportent moins souvent une aide monétaire qu’un appui en ingénierie par exemple. Les pactes ont l’avantage de pouvoir soutenir des actions sur des champs généralement complexes de l’action collective et citoyenne : les pactes de nettoyage des murs classés et des rues de la ville seraient nettement plus complexes à mettre en place dans un système « classique » d’un engagement associatif par exemple.
Des cousins : En 2022, la Ville de Grenoble a adopté des principes pour une administration coopérative, dans la perspective d’une démocratie locale plus contributive, en s’appuyant sur la notion des communs et sur les exemples des pactes italiens.
Si les acteurs publics peuvent se positionner comme contributeurs aux communs en mettant à disposition des ressources (lieux, données, etc.), ils peuvent aussi jouer un rôle d’incitation des acteurs à s’inscrire dans des démarches de communs. Dans le cadre de son soutien aux tiers lieux, la Métropole européenne de Lille a mené un travail d’acculturation aux communs auprès des communes comme des acteurs de ces tiers lieux : coopération, documentation ouverte, transparence, etc. Elle a aussi identifié et pris en charge certaines des dimensions les plus difficiles à prendre en charge pour les acteurs, notamment la facilitation pour permettre l’émergence de coalitions, et la documentation pour laquelle il reste souvent peu de ressources dans les projets alors qu’elle est clé à la fois pour ouvrir les démarches et leurs apprentissages, et pour faire communauté. En interne, cela requiert par exemple d’alléger la dimension administrative pour mettre l’énergie des agents dans l’appui et l’accompagnement, la mise en réseau, le défrichage, etc.
Valoriser et faire connaître les initiatives de communs, représente à la fois une forme de reconnaissance de la valeur créée (qu’elle soit financière ou en termes de bien vivre, de qualité démocratique, etc.) et un moteur d’implication nouveau pour d’autre acteurs ; il est nécessaire cependant, en tant qu’acteur public, de trouver le bon curseur pour respecter l’autonomie, l’agilité, la dimension collective et plurielle de tels projets et être vigilant aux logiques d’institutionnalisation, de normalisation ou de labellisation qui seraient contre-productives.
Des cousins : Benjamin Roux dessine dans cet article pour l’École du terrain des pistes pour des modes de mise en récit ajustés aux communs, pour rendre compte de la spécificité des expériences sociales, politiques et des solidarités qui se tissent dans de tels projets. Le CERDD, dans les suites de l’expérience de la commune de Loos en Gohelle, s’est également penchée sur la mise en récit comme levier de transition.