Qui possède les forêts ? L’État, les communes, des propriétaires privés rassemblés ou non en groupement collectifs ? En France, 3/4 de la superficie forestière est privée, répartie entre pas moins de 3 millions de propriétaires, dont beaucoup ont en gestion de petites (voire très petites) parcelles. Les approches en sont variables : patrimoine familial à forte valeur symbolique, placements financiers, filière d’exploitation, terrains d’expérimentation de nouvelles formes de sylviculture douce ou de forêt en libre évolution… ou bien charge foncière difficile à entretenir, voire ignorée : il faut également considérer le nombre important de petites parcelles, qui ne sont pas gérées du tout car leurs propriétaires ignorent qu’ils en sont propriétaires.
Sur le terrain des forêts communales, les enjeux ne sont pas moins complexes et certaines communes se sentent prises en étau entre différentes contraintes : les directives de l’ONF, organisme gestionnaire (aux moyens insuffisants au regard de ses nombreuses missions) ; une dépendance à des revenus d’exploitation et/ou à une filière pourvoyeuse d’emplois locaux, parfois en contradiction avec les nécessités d’une gestion durable et écologique ; des habitant.e.s et usager.ère.s qui cherchent à ré-investir un espace naturel, se mobilisent pour préserver leur cadre de vie, ou encore se retournent vers l’acteur public pour demander des comptes (par exemple face à un chantier mal réalisé) ; le manque de moyens et de leviers pour mettre fin à de telles dynamiques conflictuelles.
Comment, au-delà de cette diversité de statuts, organiser de manière plus collective ce qui relève de l’intérêt commun ? Il s’agirait de dessiner par exemple de nouveaux rôles, modalités, instances permettant de stimuler la coopération entre les différents acteurs, de développer le rôle d’intermédiateur de l’acteur public, de définir des objets et pratiques de gestion collective. On pourrait par exemple s’appuyer sur les outils existants comme les chartes forestières, pour faire émerger de telles instances.
- Exemple inspirant en France, la démarche participative lancée par la Ville de Besançon sur la gestion de ses forêts inclut un Conseil de la forêt chargé du suivi de l’aménagement forestier et de la gestion des forêts communales. Ailleurs, le Syndicat mixte de la forêt de Haye imagine la mise en place d’un « Sénat forestier » réunissant plus de 80 acteurs (représentants de collectivités, de services de l’État, d’usager.ère.s, d’associations de protection de la nature, de fédérations sportives ou de chasse, scientifiques, etc.) pour débattre et formuler des propositions pour la Charte forestière.
- Ailleurs, la ville de Terrassa (ES) a mis en place un Observatoire de l’eau, organisé en commissions impliquant une diversité d’acteurs locaux, des habitant.e.s comme des élus.e. et agent.e.s de l’administration, afin de transformer la culture et la gestion locale de cette ressource vers plus de sobriété. A Naples, c’est un Parlement de l’eau qui incarne ce nouveau type d’instance de débat et de proposition, pour une approche plus concertée de la gestion de ressources d’intérêt collectif.
- Située dans les Vosges, la Vigotte Lab est une zone d’expérimentation de 30 ha. Confronté à des ravageurs sur sa forêt d’une dizaine d’ha, et à un hôtel-restaurant qui périclitait, le tiers-lieu facilite la coopération entre acteurs de la forêt et le test de solutions à petite échelle (par exemple une micro-scierie pour la rénovation des chalets), et propose des formations pour l’École des Mines, Sciences-Po ou l’Université de Lorraine sur les enjeux forestiers. Le Lab a su trouver des nouvelles formes de (re)mobilisation des propriétaires forestiers, des habitant.e.s, mais aussi de l’acteur public (les communes limitrophes) qui a vu là une source d’inspiration sur des problématiques communes.