Citylab, l’événement international organisé par la fondation Bloomberg Philanthropies, faisait son retour après deux années d’interruption en raison du Covid. Après Washington DC en 2019 (voir notre compte-rendu), c’était donc au tour de la Ville d’Amsterdam d’accueillir du 9 au 11 novembre cet événement un peu hors-norme, entre show télévisé ultra cadencé et conférence à la gloire de la capacité d’innovation des maires du monde entier.
Comme pour chaque édition, nous n’étions que quelques participants français – La 27e Région, l’Eurométropole de Strasbourg, la Métropole de Nantes et la Région Occitanie-, conviés dans le cadre de notre partenariat avec Bloomberg Philanthropies autour de notre programme La Transfo, terminé en 2020.
Sans surprise, la guerre en Ukraine était omniprésente dans le programme. Plusieurs échanges ont pu se tenir avec des maires ukrainiens -le plus souvent à distance, même si certains avaient pu faire un rapide aller-retour. Une grande partie du programme pouvait se lire comme un vaste inventaire des défis auxquels les villes doivent aujourd’hui faire face (dans le désordre : explosion des inégalités, accueil des migrants, accessibilité, mouvements sociaux, dépénalisation des drogues, souveraineté numérique, montée des eaux, réchauffement climatique, etc), au risque de marginaliser un peu la portée toute particulière des enjeux climatiques, démocratiques et géopolitiques actuels. Mais c’est aussi ce côté fourre-tout qui fait l’intérêt de Citylab, comme en témoignent les quelques pépites que nous en avons rapporté, en commençant par les nombreux projets portés par la Ville d’Amsterdam.
Un compte-rendu co-réalisé par Sylvine Bois-Choussy et Stéphane Vincent (La 27e Région), Magali Marlin (Métropole de Nantes), Laurène Streiff (Région Occitanie), Joana Levy (Eurométropole de Strasbourg).
Amsterdam, à la pointe de l’alternative aux GAFAM. Femke Halsema, la maire d’Amsterdam, a ouvert CityLab en invitant les 40 maires et les 500 participants venus du monde entier, à forger avec elle une alliance des villes, des citoyens et des entreprises des civic tech, pour créer une « république digitale», espace public numérique démocratique, souverain et inclusif, à même de recréer les conditions de la confiance dans la société. Face à l’essor des GAFAM, il s’agit de reprendre collectivement la main sur les plateformes et les données essentielles à la vie publique, d’assurer la protection des données des habitants, le partage équitable de la valeur, et de réguler l’espace numérique de manière plus démocratique. Depuis le début de la mandature en 2018, l’élue en charge de ces sujets, Touria Meliani porte haut ce projet politique: OpenCity, une équipe d’innovation interne, développe des outils numériques open source pour impliquer les habitants dans la décision publique ou la co-création de l’espace public par exemple, qui sont maintenant utilisés dans d’autres villes néerlandaises ; le manifeste « Tada, transparence sur les données » – créé avec des entreprises locales, des universités et des résidents- met en évidence de manière collective des sujets tels que l’inclusion, la transparence et l’utilisation éthique des données ; la ville a aussi porté des propositions réglementaires sur la minimisation de la collecte de données personnelles, l’ouverture par défaut des données publiques, l’interdiction du suivi Wi-Fi, etc. ; Amsterdam a également porté, avec Barcelone, le projet Decode, qui cherche à démontrer la valeur sociale d’une ré-appropriation citoyenne des données personnelles. Localement, l’engagement de la ville vient surtout accompagner l’écosystème des acteurs mobilisés sur ces sujets larges et divers, avec, parmi les chefs de file, nos amis de la Waag society (cf plus bas), qui portent notamment le projet de Future internet lab. Bref, cette invitation ne représente pas forcément un tournant dans l’engagement de la ville, mais elle incarne bien sa dynamique municipaliste, cherchant à impulser une coalition globale de pouvoirs locaux pour reprendre la main sur les ressources clés et dessiner des alternatives démocratiques, sociales et économique. Alors que certains, à l’occasion notamment des questions soulevées par le récent rachat de Twitter par Elon Musk, se demandent s’il n’est pas temps de nationaliser les grands réseaux sociaux, cette volonté locale – si elle parvient à se structurer — pourrait venir conforter la vision soutenue par Bloomberg des villes comme des alternatives crédibles à la relative perte de pouvoir des États Nations. Amsterdam a également été sélectionnée par la fondation Bloomberg pour faire partie des dernières cohortes du programme Innovation Teams pour la soutenir dans sa stratégie digitale.