AMAP, groupements d’achats solidaires, tiers-lieux alimentaires… des formes d’actions collectives se déploient en France sur les sujets d’alimentation, et redonnent aux citoyen.nes un pouvoir d’agir dépassant la posture traditionnelle du consommateur-bénéficiaire.
Mais qu’en est-il pour les personnes plus précaires, parfois contraintes d’avoir recours à l’aide alimentaire, pour qui il n’est plus question de choix mais de nécessité ? L’aide alimentaire, principal mécanisme pour lutter contre la précarité alimentaire aujourd’hui, n’est pas sans soulever un certain nombre de critiques dans le modèle qu’elle tend à perpétuer : un modèle de production industriel, incompatible avec les impératifs écologiques et une nécessaire transition, un système de distribution questionnant l’atteinte à la dignité des personnes (compte tenu de la qualité nutritive des produits et de leur diversité, du caractère parfois stigmatisant du recours à l’aide). Et pourtant, ce sont 4 millions de personnes qui en bénéficient, jusqu’à 7 millions si on intègre d’autres formes d’aide alimentaire. Le système est cynique, des inégalités en alimentent d’autres.
Des propositions émergent pour refonder un droit à l’alimentation : c’est par exemple le cas de la Sécurité sociale de l’alimentation, un projet ambitieux (mais complexe et pour lequel le contexte n’est pas favorable) qui appelle à la création d’une nouvelle branche de la sécurité sociale telle qu’elle a été pensée en 1946 (universalité de l’accès, conventionnement des professionnels, financement par cotisations, gestion démocratique).
Comment dé-techniciser les questions alimentaires et les ouvrir aux citoyen.nes et aux collectivités locales ? Quels rôles et leviers pour les collectivités, entre restauration collective et aménagement du territoire favorable à la justice alimentaire (de l’occupation des sols à la revalorisation des centres anciens, en passant par l’installation des grandes surfaces en périphérie) ? Comment favoriser la coopération entre les acteurs du territoire pour faire de la démocratie alimentaire et de la lutte contre la précarité un enjeu commun ? Comment accueillir un archipel d’alternatives alimentaires, entre accompagnement par la puissance publique et laisser-faire ?
En compagnie de Pauline Scherer, sociologue intervenante qui mène plusieurs projets liés à l’alimentation à Montpellier, Laura Pandelle et Jérôme Bar de l’association Aequitaz, et plusieurs collectivités adhérentes, nous avons parcouru quelques expérimentations ici et là qui participent à faire de la démocratie alimentaire un enjeu essentiel de la transition écologique et sociale des territoires.