Levier 1. Valoriser, faire coopérer : donner une plus grande visibilité aux petites initiatives et encourager davantage la fertilisation croisée, en documentant les initiatives (y compris les moins visibles), en les relayant, en les aidant à produire des supports de communication ou à organiser des rencontres pour partager leurs expériences.
Levier 2. Faciliter, accompagner : lever davantage les obstacles, intervenir plus en amont, élargir les périmètres d’intervention, en levant les obstacles administratifs et juridiques (par exemple faciliter l’octroi des autorisations d’accès à l’espace public et aux espaces collectifs), en mettant plus systématiquement à disposition des équipements (tables, chaises) et des espaces appropriés, en valorisant davantage les espaces disponibles (par exemple : cours d’écoles, équipements publics) et acteurs ressources (comme les régies de quartiers, les agents de développement, les maisons des associations, les services de la mairie…). Il peut s’agir également de détecter et d’accompagner plus en amont les habitants motivés, ouvrir davantage les formes d’appui aux micro-initiatives, élargir l’accès au des fonds d’aide au-delà des quartiers « politiques de la ville », soutenir davantage les initiatives habitantes non-constitués en associations, libérer l’accès à de nouveaux espaces, ou encore créer un réseau de gardiens…
Levier 3. Transmettre, responsabiliser : favoriser la transmission vers les débutants (formation à l’éducation populaire, co-apprentissage entre habitants, etc) mais aussi pour les acteurs chevronnés (monter en compétences sur les sujets complexes de gouvernance, d’éthique, de lutte contre les discriminations, etc). La plupart des initiatives ont également besoin d’être responsabilisées aux enjeux démocratiques : clarifier le statut de ce qui est produit (est-ce une ressource économique, ou bien un commun ?), éviter les risques de privatisation des relations de voisinage, alterner quand le cadre démocratique et éthique est mis en difficulté, s’inspirer des bonnes pratiques existantes (Pactes de Bologne, 50/50 à Loos-en- Gohelle, Chantiers Ouverts au Public à Grenoble, etc… )
Levier 4 : Articuler « laisser-faire » et « faire médiation ». D’un côté, il faut apprendre à renoncer à jouer un rôle direct quand c’est nécessaire, par exemple ne pas intervenir voire accepter de laisser une initiative se conclure parce qu’elle est en fin de cycle…Tandis qu’à d’autres moments, il faut au contraire faire médiation, par exemple apprendre à anticiper les situations conflictuelles avant qu’elles ne se dégradent, lorsqu’il est encore temps de lever les malentendus et clarifier les rôles.
Levier 5. Composter : étudier en quoi ces initiatives invitent à définir une nouvelle philosophie d’appui aux initiatives citoyennes. Comment passer d’une logique d’offre de nouveaux dispositifs en silos, à une prise en compte plus forte des attentes et des réalités de terrains dans les dispositifs existants ? Comment passer d’une démarche de conduite de projets « classique », à une progression itérative, par « essai/erreur » ? Comment passer d’une logique de soutien (« faire pour » ou « à la place de ») à une logique de capacitation des habitants et de « care » ? Comment être plus attentif au ressenti et aux motivations profondes des habitants, au besoin de reconnaissance et d’écoute, aux perceptions d’inégalités de traitement, au besoin d’autonomisation ? Comment questionner les visions productivistes du voisinage, et envisager une vision par les « communs », y voir une ressource fragile dont il faut prendre soin collectivement ? Comment, enfin, co-construire davantage avec les agents municipaux et les acteurs de l’écosystème : bailleurs, centres sociaux, commerçants, gardiens… ?
QUESTIONNER LA PHILOSOPHIE PARTICIPATIVE DES COLLECTIVITÉS
Ce dernier levier nous semble être le plus important, car il invite les collectivités à clarifier la philosophie de la participation citoyenne qu’elles entendent porter, une vision qui soit propre à chacune d’elle, au-delà de l’ensemble des dispositifs participatifs qu’elles animent quotidiennement. Pour ce faire, les villes les plus motivées pourraient conduire une phase d’enquête collective, qui serait menée par un groupe d’agents concernés par les enjeux de participation citoyenne à partir d’interviews et de visites de terrain, afin de cartographier collectivement les ressources existantes, identifier les irritantes, les « poisons et les remèdes » au pouvoir d’agir des habitants, observer les usages et non-usages des dispositifs existants (de type budgets participatifs, fonds d’aides), etc. Cette phase pourrait ensuite aboutir à des ateliers de co-construction pour produire des pistes d’amélioration de ces dispositifs, les tester in vivo. L’ensemble de ces résultats aideraient les collectivités à ré-interroger leurs pratiques et à identifier de nouveaux leviers d’action.
C’est cette stratégie que nous avons commencé à expérimenter avec Nantes en 2019 dans le cadre de la Post-Transfo, abondamment décrite dans les Cahiers de la prospective publiées par la Métropole de Nantes. Les agents de la ville de Nantes avaient mené une enquête collective pour définir ce que devait être la capacitation citoyenne « à la nantaise », inscrite dans la culture locale et donc différente de ce qui peut se faire ailleurs.
ET MAINTENANT ?
Cette expérience est la première phase d’une série d’enquêtes, qui se poursuivra sur des terrains métropolitains et franciliens, et viendra enrichir une publication finale attendue d’ici fin 2023. L’idée n’est pas de réaliser la même étude ailleurs, mais d’approfondir des thèmes apparus au cours de cette première série -en particulier les situations conflictuelles (par exemple entre habitants porteurs de projets et les autres acteurs associatifs, les dispositifs de type Conseil de quartier), le non-recours aux dispositifs de participation citoyenne (pourquoi les habitants ne se saisissent pas des dispositifs existants), les situations et publics prioritaires dans une logique de réduction des vulnérabilités en situations de crise, et enfin la question des initiatives légères, productrices de liens discrets (par opposition aux initiatives instituées comme celles étudiées dans la première série). Si ces thèmes vous inspirent, si vous souhaitez nous faire remonter des anecdotes ou des expériences, parlez-nous en !