Pour plusieurs participants, le premier problème du contrat de ville, c’est qu’on s’aperçoit rapidement qu’il n’est pas toujours respecté par certains de ses signataires, qui peuvent à tout moment s’abriter derrière leurs compétences obligatoires ou leurs contraintes financières pour dire qu’ils ne sont pas en mesure de respecter leurs engagements. Comment être certain que chacun va respecter les termes du contrat ? Comment s’assurer que les objectifs fixés au démarrage d’un contrat vont être atteints, mais aussi qu’on ne va pas “perdre des collègues et des partenaires en chemin” (pour des raisons budgétaires ou parce qu’ils construisent leur propre projet pour ces territoires) ? Comment embarquer les directions “du droit commun” (dont les actions ne sont pas financées par la politique de la ville) dans cette aventure collective ?
Derrière ce terme de “passage au réel” se niche une ambiguïté que nous n’avions pas perçue au départ : le réel du contrat de ville, est-ce ce sont les habitants des QPV … ou la réalité des multiples échelles et services de l’administration, amenées à travailler ensemble à travers ce contrat ? On a notamment pu constater ces dernières années que les financements de la politique de la ville viennent parfois se substituer à des crédits de droit commun qui devraient permettre une intervention des institutions sur l’ensemble du territoire.
L’objectif pour cette nouvelle contractualisation étant d’inciter les collectivités et l’Etat à considérer que ces quartiers sont un terreau d’innovation , d’expérimentation et qu’ils peuvent en s’appuyant sur les moyens développés sur ces territoires ( associations , équipe de professionnels de la politique de la ville ..) initier de nouveaux projets , de nouvelles dynamiques.
Pour nos participant.es, dans le contrat de ville “il manque le volet ou le chapitre coopération”, non seulement avec les habitant.es bénéficiaires mais aussi avec les agents, les porteurs de projets, les organismes intermédiaires entre l’administration et les bénéficiaires. Certain.es vont plus loin et proposent que le contrat, plutôt que de chercher à tout décrire (ha, ces dizaines de pages d’annexes …), se concentre sur une philosophie et une méthode de travail communes et une répartition plus claire des rôles. Qu’implique la mise en oeuvre du contrat en termes d’organisation de travail et de conduite collective de projet ? Le contrat doit-il assortir chaque objectif opérationnel d’une (ou plusieurs) actions concrètes ? Faut-il ponctuer la vie du contrat par des temps d’animation réguliers (entre les interlocuteurs clés des institutions signataires, les porteurs de projets, etc.), pour créer “une équipe qui tient la route et le contrat” ? Et s’il y avait des ambassadeurs du contrat de ville pour le rendre accessible après sa signature ?
La question de la mise en oeuvre renvoie aussi à celle des outils. La logique des appels à projets annuels, qui prédomine aujourd’hui, fait (presque) l’unanimité … contre elle ! Pour certains, elle prend même le pas sur le contrat de fond (“on passe sa vie à instruire des dossiers !”). Alors, quel nouveau panel d’outils, favorisant la coopération entre acteurs et mettant la collectivité au service des porteurs d’initiatives sur le terrain plutôt que l’inverse ? On évoque les appels à communs, les budgets participatifs testés à Marseille ou les cadres d’expérimentations permettant à des associations et des habitants de prototyper et tester des solutions, avec l’appui de la collectivité. La nécessité d’une plus grande créativité financière est également soulignée, le besoin d’outils plus flexibles (fonds d’initiatives, fondations, match funding …)
Pas d’outils nouveaux sans des femmes et des hommes pour les concevoir et les faire vivre. C’est pourquoi il semble essentiel de “réinvestir les métiers du développement territorial, de la coopération et de l’ingénierie de projets”, à travers de nouvelles orientations RH et managériales, et un accent mis sur la formation des agents ; un participant s’interroge : qu’en est-il de la co-formation et de la co-production de savoirs prévue dans le cadre de la mise en oeuvre des conseils citoyens ?