Depuis 10 ans, une série de projets d’équipements publics mobilisant la maîtrise d’usage ont offert une place aux usagers à différentes phases de leur conception, apportant ainsi une réponse tangible au déficit de conception dont font l’objet places, halls d’accueil, bibliothèques et autres équipements sportifs. Mais il arrive que le résultat ne soit pas à la hauteur des ambitions initiales.
A titre d’exemple, en 2015, le Département du Val d’Oise a lancé une mission de préfiguration d’un nouvel équipement public dédié à l’enfance. A cette occasion les équipes et les usagers ont été mobilisés très en amont pour travailler l’organisation interne et les espaces en lien avec le projet pédagogique. A l’époque, les conclusions de l’étude ont été partagées. Puis deux ans ont passé. Entre temps, les acteurs se sont renouvelés, les enjeux ont bougé. L’étude aurait mérité d’être réactualisée, mais cela n’a pas été possible. Autre contexte, même constat à Paris : pendant plusieurs mois la rénovation de la place Gambetta dans le 20e arrondissement de Paris a fait l’objet d’un travail d’écoute et de dialogue avec les habitants. Et pourtant, un an et demi plus tard, l’aménagement final apparaît comme décevant, comme doit l’admettre le candidat de la majorité en pleine campagne électorale.
Réalisations moins ambitieuses que lors de la phase de maîtrise d’usage, bonnes idées qui se sont perdues en chemin, accessibilité plus réduite que prévue… Voilà de quoi nous mettre sur la piste d’un problème de fond dépassant les conjonctures de chaque projet. Que s’est-il passé, et à quel(s) étape(s) du projet ? Quels enseignements en tirer pour faire mieux ? Où se situe le hiatus entre expression des usages et rendu final ?
Avec le Département du Val d’Oise, l’agence Vraiment Vraiment et un groupe de complices architectes, programmistes, agents publics de collectivités territoriales, nous avons exploré cette question lors d’un webinaire en décembre 2019. Voici la synthèse de nos échanges.
Que cache ce terme familier, mais un peu nébuleux, de “maîtrise d’usage” ? La maîtrise d’usage (MUS) peut apparaître comme le troisième terme d’un ensemble formé également par la maîtrise d’ouvrage (MOU) et la maîtrise d’œuvre (MOE). Trois locutions qui désignent trois fonctions clés dans l’élaboration d’un projet urbain : d’un côté la maîtrise d’ouvrage est le donneur d’ordres, celui qui passe commande (souvent la collectivité territoriale dans un projet d’équipement public), de l’autre le maître d’oeuvre est celui qui met en oeuvre le projet, dirige la construction, coordonne les travaux, s’assure de la bonne livraison de l’ouvrage (souvent structuré autour d’un architecte).
Enfin, la maîtrise d’usage est, en reprenant les mots d’Alain Vulbeau,« est une façon de nommer la compétence des usagers, ce que l’on peut exprimer de façon très élémentaire ainsi : les usagers ont les savoirs et en conséquence doivent détenir les pouvoirs issus de leur maîtrise du sujet à l’ordre du jour. La maîtrise d’usage pose l’existence d’usagers qui ne sont pas seulement des consommateurs passifs mais des acteurs réfléchis et créatifs face aux problèmes qu’ils vivent. ». Il ajoute « Dans ce trio, les deux premières figures sont bien connues alors que la troisième ne semble pas aller de soi, puisque l’usager arrive, en général, en fin de processus. C’est à ce point qu’intervient la spécificité de la maîtrise d’usage qui ouvre la possibilité de nommer la démarche formelle qui va permettre d’écouter puis de prendre en compte la parole de l’usager dans le processus d’élaboration d’un projet. »