En matière de transformation des comportements, la lutte contre les jets de mégots pose deux grands défis : l’apparente normalité du geste ; et les pratiques contre-productives.
Sur le premier point, un des enjeux de la campagne était de faire évoluer les mentalités vis à vis de ce geste vécu comme anodin, et parfois même revendiqué comme une forme de liberté. Difficile en effet de faire accepter la régulation par l’acteur public d’une action si longtemps hors de sa portée. D’autre part, les réflexes de jets de mégots sont parfois construits sur des perceptions erronées : laisser le mégots sur le grattoir des poubelles par peur d’enflammer la poubelle, le jeter dans une bouche d’égout ou dans le caniveau pensant faciliter le travail des agents… Pensant bien faire, le fumeur n’améliore rien.
Comment les mégotiers ont-ils servi ces deux objectifs ? Selon Stéphanie Libois, cheffe du service propreté de la Ville de Mulhouse, ils ont d’abord permis « d’aller plus vite ». Ils viennent outiller, compléter, rendre plus opérants des actions et des projets déjà existants. Si, dans le cadre d’un plan d’action pré-éxistant, des actions de sensibilisation puis de verbalisation étaient prévues, les mégotiers correspondent à un troisième volet d’intervention. Celui-ci joue à la fois sur la perception du jet de mégot en tant que problème public et sur la construction de nouveaux comportements vertueux.
Sur le temps long, ils permettent de créer une symétrie des responsabilités : à l’habitant celle de changer ses comportements, à la collectivité celle de proposer des solutions techniques pour l’aider : « Si on avait verbalisé sans mettre à disposition les équipements, on aurait eu des critiques » souligne Kévin Czopowski, chef du service prévention sécurité de la ville de Mulhouse. A la suite de ce test, la collectivité a décidé de maintenir les mégotiers et de passer à la seconde phase de la campagne de lutte contre les jets de mégots, la verbalisation.
Par ailleurs, les mégotiers ré-articulent action de communication et mobilier urbain de propreté, la problématique étant à la lisière entre ces deux mondes, donnant ainsi à l’action de sensibilisation de nouveaux espaces d’expression. Cela s’incarne, par exemple, dans l’habillage graphique des poubelles et des gloutons, ces outils de nettoyage suscitant la curiosité des passants et le dialogue avec les agents de terrain.
Loin de remplacer l’intervention humaine, les métiers ont plutôt permis d’outiller les agents, notamment dans leur mission de verbalisation. En effet, pour mener à bien la campagne de verbalisation, la collectivité a réorienté une partie des agents de tranquillité publique vers une mission dédiée à la lutte contre les incivilités, assermentée pour verbaliser les pratiques illicites. Les mégotiers ont permis de rendre leur travail de verbalisation plus serein car de vraies alternatives existaient pour l’usager. Ainsi, ont-ils eu pour consigne de “s’appuyer sur ces dispositifs pour verbaliser, en cas de flagrant délit, de manière à être légitime à verbaliser, ou faire preuve de mansuétude si la personne était de bonne foi” confie Kévin Czopowski.
En 2019, la collectivité est suffisamment convaincue par la pertinence du dispositif qu’elle a décidé de reprendre la discussion avec le fabricant Sineu Graff pour la production d’une version améliorée et permanente des mégotiers. Objectif à moyen terme : faire l’acquisition de mégotiers supplémentaires et les déployer sur l’ensemble de l’agglomération.