Bien sûr, la démarche n’est pas un long fleuve tranquille. Un effort doit être porté sur l’établissement d’un langage commun entre le service innovation, la maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d’oeuvre. Un plan d’usages , par exemple, n’est pas un plan architectural, il ne prend pas en compte les volumes et les spécifications techniques, il nécessite donc une médiation pour être compris par tous et partagé. Il faut également faire comprendre que s’il est nécessaire, dans la phase de créativité, de s’extraire des normes, le projet final les prendra bien en compte.
Traduire le projet singulier en principes génériques
Mais ensuite, quand deux ou trois autres projets d’aménagement de CDI se présentent, c’est une autre affaire ! Que garder de l’expérimentation initiale ? Comment réadapter le projet à d’autres collèges, donc d’autres bâtiments, avec d’autres équipes éducatives, d’autres collégiens … ? Comment prendre en compte les usages sans repartir sur une démarche design de a à z, avec une phase d’immersion et de tests dans chaque nouveau collège, quand on n’en a ni le temps ni les moyens ?
Les équipes qui se sont renouvelées depuis l’expérience de Paimboeuf, peinent à comprendre et s’approprier les plans des usages intégrés au référentiel CDI, et à les traduire à leur tour auprès de l’architecte. La demande est simple : “faites-nous un cahier des charges pour adapter les autres CDI”. Pour le service innovation, dont la démarche consiste d’abord à penser des usages nécessairement contextuels, se pose alors la question du passage du singulier au générique : comment garder les principes en repensant les formes et l’espace en fonction du contexte ? quelles sont les lignes de force du projet de Paimboeuf, les logiques qui peuvent s’appliquer à des contextes différents (par exemple recréer des îlots, avec des blocs pensés pour travailler en équipe mais aussi des “espaces bulles”pour s’isoler au calme, ou encore repenser l’implantation du poste de travail du documentaliste – fixe au centre de l’espace, ou nomade, avec les implications qu’on imagine sur la posture de l’agent !) ? Quels sont les points de vigilance lors du déploiement d’une innovation ?
Au delà du classique référentiel d’aménagement, pensé en termes d’espaces et de besoins en surfaces et d’équipements (“il faut tant de m2 et tels mobiliers et matériels pour un CDI, tant de m2 et tels mobiliers et matériels pour une salle d’arts plastiques etc.”), comment créer des outils dont tous les acteurs puissent se saisir, et qui favorisent un dialogue continu entre les services ?
Un travail qui ne relève plus tant du design que de la traduction, et qui doit s’articuler avec celui du programmiste, dont la mission est bien de prendre en compte le contexte …
Documenter, documenter, documenter, pour pouvoir transmettre …