De nombreuses administrations ont développé et structuré ces dernières années leur fonction innovation, que ce soit sous la forme d’un labo, d’une mission transversale ou d’un programme d’actions. Sur certains territoires, on dénombre désormais des dizaines d’acteurs de l’innovation publique (collectivités territoriales, services déconcentrés, opérateurs publics locaux …), qui commencent parfois à s’organiser en réseaux plus ou moins formels. Comment accentuer cette dynamique pour éviter que chacun “innove dans son couloir” ? Comment favoriser le partage d’expériences, l’entraide, la formation pair à pair et le co-développement ? Au delà, comment dépasser les clivages institutionnels et politiques pour mutualiser les efforts, les énergies et (soyons fous !) les moyens ? D’ailleurs, que produisent concrètement les systèmes de coopération et de mutualisation là où ils ont déjà été mis en place ?
Une trentaine de participants des 4 coins de la France (jusqu’à l’île de la Réunion !), ont participé à ce 3e webinaire destiné nos adhérents, le 7 mai dernier, preuve que la question des coopérations et de la mutualisation entre acteurs de l’innovation publique est plus que jamais d’actualité.
Des réseaux d’échanges à la coopération et la mutualisation d’outils et de compétences
Si les premiers jalons en la matière ont été posés dès 2014, par exemple en Pays de la Loire autour de la plateforme régionale d’innovation par le design, la dynamique a pris de l’ampleur depuis, notamment grâce à l’action de la DITP et de sa communauté Futurs Publics (bon, la 27e Région n’y est pas tout à fait pour rien non plus !). Dès 2015, la Semaine de l’innovation publique a concouru à la mise en relation et l’impulsion d’événements communs. Le mouvement s’est accéléré depuis 2017 avec les labos d’innovation territoriale nés de l’appel à projets PIA et l’université d’été du CNFPT (d’abord à Cluny, puis sur 6 sites l’année dernière, 13 en juillet prochain).
Pour analyser les différentes trajectoires de coopération partenariale, les difficultés rencontrées et les bénéfices constatés, et imaginer l’avenir de ces écosystèmes territoriaux de l’innovation publique, nous avions invité Natacha Crimier et Anaïs Triolaire, du Laboratoire d’innovation publique de la Région Sud (PACA), et Benoît Vallauri du Ti Lab (Bretagne) à venir partager leur expérience.
Leurs témoignages révèlent d’abord la diversité des positionnements et des chemins possibles.
Le réseau Lab4Lab en PACA (une quarantaine de membres actifs aujourd’hui, qui se réunissent une fois par trimestre), initié en 2016 par la Région, dans lequel s’impliquent notamment fortement le SGAR et le CNFPT, est ainsi avant tout un espace d’échange et de diffusion de l’innovation publique sur le territoire régional, qui permet de mettre en lumière et de partager les réalisations très concrètes des structures qui le composent. Il a également fait naître, de manière plus bilatérale, des projets menés en coopération et des expériences de mutualisation de formations, d’espaces … ou même de stagiaires (un stagiaire en design accueilli 3 mois à la Région puis 3 mois à l’IRTS, qui n’avait jamais accueilli de designer, avec un tutorat de la Région).
Côté Bretagne, la coopération et la mutualisation sont dans l’ADN de TiLab, puisqu’il a été créé conjointement par la Région et les services de l’Etat en région (via le SGAR) en 2017. TiLab accompagne ainsi des projets centrés et co-créés avec les utilisateurs, portés par plusieurs administrations du territoire sur des politiques telles que la formation professionnelle, l’accueil administratif, l’accès aux droits dans un contexte de dématérialisation, la mobilité etc. Il porte également des projets de partage d’outils ou d’infrastructures (au delà de son espace partagé de 200m2), tel qu’un site internet en blanc (sans logos) pour tester des briques de services numériques auprès d’usagers sélectionnés avant de les déployer à une autre échelle. Comme le labo de la Région Sud, TiLab est également à l’origine d’une communauté des innovateurs publics locaux réunie pour la première fois lors de la SIP 2018.
Gouvernance partagée, souplesse d’organisation, hospitalité et réciprocité … quelques pistes pour lever les freins à la coopération