Nous profitons du déplacement pour rencontrer plusieurs organisations locale qui nous permettent d’explorer rapidement le paysage des acteurs para et non gouvernementaux, les enjeux d’innovation sociale et environnementale sur place.
Le Community Services Unlimited Inc. (CSU) est une ONG basée à South Central Los Angeles, un des quartiers les plus pauvres de la ville. Fondée dans les années 70 par la branche locale du Black Panther Party, elle appuie la revitalisation des communautés locales pour lutter contre les inégalités, permettre l’émergence de modes de vies durables et autonomes, au travers de programmes sur l’alimentation et les circuits courts. Sa directrice Neelam Sharma, nous accueille dans le chantier du futur bâtiment de l’organisation. Celle-ci a réussi à développer une pratique d’agriculture urbaine familiale dans ce quartier où l’accès à une alimentation saine, bon marché est un enjeu tant de santé publique que de justice sociale. La production locale sera centralisée, partagée, transformée, commercialisée dans ce nouveau lieu qui proposera aussi des ateliers de sensibilisation. Le centre emploie les jeunes du quartier, sa dynamique repose sur l’engagement de la communauté locale autant que sur la personnalité charismatique et entrepreneuriale de sa directrice. L’organisation ne reçoit pas d’aide publique pour son fonctionnement, mais le soutien de partenaires privés: l’achat du terrain qui accueillera le futur centre a été permis en partie grâce à une levée de fonds locaux. Le militantisme, l’énergie, la vision de Neelam son rafraîchissants : elle nous explique comment elle a fait planter des arbres fruitiers dans les écoles du quartier, ce qui était alors interdit « We ask for forgiveness rather than for permission », illustrant la force de l’action collective pour faire bouger les règles et les lois, tout autant que le talent d’une organisation qui a su faire émerger de sa communauté une vision transformatrice, la porter et l’animer, évoluer avec elle.
Fondé en 1977, Downtown women center (DWC) est l’unique organisation à Los Angeles exclusivement dédiée au soutien et à l’autonomisation des femmes sans- abri ; être à la rue est un problème sociétal qui pèse particulièrement sur les femmes, auquelles doivent être apportées des réponses spécifiques. DWC leur propose un logement pérenne, une clinique, un accueil de jour, des programmes de formation en lien avec la marque locale ‘Made in LA’… Au total, 110 000 repas servis annuellement, 4200 femmes accueillies, 800 formées, 200 hébergées de manière pérenne, 90 actions de plaidoyer menées, 5000 bénévoles. La vision du travail social est très large; le centre propose en effet un programme d’empowerment et de lobbying qui accompagne les femmes à mettre en mots leur histoire, à la partager aux visiteurs, mais aussi aux politiques et aux sponsors du centre. Monique et Gloria, deux des femmes accueillies au DWC viennent nous raconter, chacune, leur parcours personnel vers une stabilité encore fragile ; la ligne se tend entre émotion et choc culturel.
Un peu plus tard, c’est Michael Swords, du Los Angeles Clean Tech Incubator – LACI qui nous accueille. Les technologies vertes sont au coeur de la stratégie de croissance économique et d’emploi de la ville, la région est déjà la plus grande économie verte des USA ; dans un contexte de transition d’une dépendance énergétique aux combustibles fossiles vers des sources d’énergie durables, elles représentent une opportunité économique importante. Reposant sur une alliance entre le bureau du maire, les universités de la ville, la Los Angeles County Economic Development Corporation, la Chambre de commerce de Los Angeles, LACI offre aux start-ups des espaces de travail, un coaching et un mentorat sur mesure, ainsi que l’accès à un réseau croissant d’experts et de capitaux ; il propose également un programme pour les minorités et défend la place des femmes dans l’industrie… Michael nous raconte la coopétition comme seconde nature, un militantisme pragmatique et entrepreneurial, la culture maker passée à l’échelle, l’importance d’une approche inclusive. Nous sommes impressionnés par l’approche systémique du green business : du labo de chimie au « trivago du panneau solaire », de l’approche économique à l’inclusion sociale.
LA TERRE DU STORYTELLING PUBLIC
“Help build the voice of poeple, give them a sense of purpose” – Lisa Watson, Downtown women center