Le 20 novembre dernier, l’agence d’innovation britannique NESTA choisissait Superpublic pour lancer States of Change, une communauté mondiale des pionniers des nouvelles formes d’innovation publique et dont la 27e Région fait partie. Parmi les présents : Geoff Mulgan, directeur du Nesta et ses équipes, la ministre de la modernisation du Portugal Maria Manuela Marques, James Anderson directeur de Bloomberg Philanthropies à New York, des représentants de Colombie, des US, de France.
La formation à l’innovation, en décalage avec les pratiques ?
Comme le rappelle Brenton Caffin du NESTA dans sa présentation, l’origine de States of Change vient d’échanges qui s’étaient tenus dans ce même lieu, à Superpublic, trois ans plus tôt…A cette époque, nous étions nombreux à penser que les nouvelles pratiques prenaient de l’avance sur l’enseignement traditionnel des décideurs publics. Comment transférer de façon opérationnelle et professionnelle des savoirs-faire qui ne peuvent pas simplement s’apprendre dans des livres ou dans des cours, mais qui doivent se pratiquer, comme les sciences comportementales, le design, la transformation digitale et le changement systémique ? Dans le même temps, chacun à leur échelle des acteurs comme le MindLab au Danemark, le Nesta en Grande-Bretagne ou la 27e Région en France et bien d’autres étaient de plus en plus sollicités individuellement pour répondre à ce type d’attente, souvent avec les moyens du bord. Mais ils le faisaient et le font encore aujourd’hui de façon segmentée, trop lentement et sans consolider ensemble les enseignements de leurs expériences. Enfin, chacun s’est progressivement aperçu que la transformation ne passerait ni simplement par la seule formation à des techniques et des méthodes (design, nudge, lean, start-up, etc), ni seulement par la création de capacités et de compétences nouvelles (labs, etc), mais bien par le développement de nouvelles cultures fondées sur un ensemble de nouveaux comportements, de nouveaux paradigmes et de nouvelles organisations.
Trois ans plus tard, il a eu de véritables avancées, notamment hors du cadre habituel -par exemple en France avec les travaux du CRI pour la communauté éducative. Mais dans leur grande majorité, partout dans le monde la plupart des grands institutions de formation courent un peu après les thèmes à la mode (qui, par exemple, n’a pas aujourd’hui son module de design thinking ?), en les empilant, mais sans les inscrire dans un nouveau paradigme. Changer les logiciels, c’est bien, mais quand est-ce qu’on change le système d’exploitation ?
Créer une infrastructure d’apprentissages commune
Dans ce contexte, comment augmenter collectivement la qualité, la cohérence et l’impact de nos connaissances en matière d’innovation publique ? Pourrait-on poser les bases d’une nouvelle infrastructure et de protocoles d’apprentissages communs, pour que nous puissions développer plus rapidement notre propre apprentissage, tout autant que celui des administrations avec lesquelles nous travaillons ?
C’est à ce type de question que voudrait répondre States of change. C’est une communauté d’apprentissage qui cherche à améliorer la pratique de l’innovation publique dans le monde entier, en mettant l’accent sur l’apprentissage par la pratique, et en s’appuyant sur des praticiens et experts (1). Le point commun de ses membres est qu’ils entendent aider les gouvernements à intégrer la capacité d’innovation dans leurs équipes afin d’améliorer leur capacité de résolution de problèmes, construire des cultures d’innovation et conduire le changement au cœur du gouvernement.
Plutôt que d’examiner isolément les outils et pratiques de l’innovation publique, States of Change propose de considérer qu’il s’agit d’un savoir-faire global, que le NESTA nomme « innovation craft » qui implique de comprendre les principes sous-tendus par les méthodes, et l’environnement organisationnel qu’elles requièrent :