Non, le design des politiques publiques n’est pas du design de services comme les autres !
Romain Thévenet est un designer diplômé de l’ENSCI-Les Ateliers et l’un des co-fondateurs de La 27e Région. Il a depuis rejoint le collectif Design Territoires Alternatives (lien externe). Il partage avec nous aujourd’hui cet article sur le design des politiques publiques, 6 ans après Design de service, tu perds ton sang-froid (lien externe) déjà publié sur ce site en 2011.
La considération de l’usager : le citoyen n’est pas un consommateur comme les autres
« Comment ça la déchetterie est fermée ce matin ? Non mais c’est grâce à moi, et aux impôts que je paie que vous avez un salaire, alors vous avez intérêt de m’ouvrir ! »
[Vous pouvez remplacer déchetterie au choix par : mairie, bibliothèque, piscine, administration…
« Les gens sont prêts à payer moins d’impôts, quitte à avoir moins de service public »[1]: ce constat défaitiste revient régulièrement. Et devant cet état de fait, on en vient à considérer que l’usager des services publics, parce qu’il est également contribuable devrait plus souvent en avoir pour son argent. Pour que cela soit possible, il serait nécessaire d’améliorer l’efficacité des services dans le secteur public. L’efficacité étant comprise comme meilleur service rendu à l’usager sous-entendu contribuable. Ceci devant permettre de réconcilier les usagers avec les structures publiques. En tant que personne payant des impôts, j’attends un retour sur investissement à la hauteur de ma contribution. La différence entre l’action (douloureuse) de payer des impôts et la qualité (mauvaise) des services publics paraissant de plus en plus grande, pour que l’usager retrouve la foi dans les services publics, il suffirait que le service rendu soit impeccable.
Le design, qui considère l’expérience d’usage, et essaie de sublimer cette expérience, ou plus souvent de la rendre habitable, parait être la bonne méthode pour construire des services publics plus agréables, faciles à utiliser, plus confortable, prêt à l’emploi… Le collectif de designers dont je fais partie fait régulièrement la promotion de ces bienfaits de nos méthodes. Rendre meilleure l’expérience-utilisateur est une avancée majeure dans une action publique qui parfois ne satisfait que les personnes qualifiées (élus, fonctionnaires, administratifs en tous genre) qui s’auto-entretiennent dans un entre-soi fait de sigles incompréhensibles et de constructions administratives impraticables.
Cette promesse faite par les méthodes du design de services a permis de construire depuis plus d’une dizaine d’années un nouveau champ d’activité pour les designers qui trouvent désormais leur place dans l’action publique. Cependant, il me parait nécessaire aujourd’hui de dépasser cette promesse pour dépasser la figure qui apparait trop consommatrice de l’usager-contribuable. Souvent, le design de services, tel qu’il est prôné par les penseurs de la profession, ne s’intéresse selon moi qu’à la qualité du service rendu. Je m’étais permis de critiquer dans un article[2], il y a 5 ans déjà, la recherche de l’efficience à tout prix dans le design de services.