Au fil de l’exposition Edge of government
Le citoyen, partenaire de l’acteur public
Parmi eux, de nombreux projets valorisaient la capacité d’enrôler les citoyens et usagers pour résoudre des problèmes publics. D’en faire, en quelque sorte, des « capteurs humains ». Le premier cas portait sur le suicide en Grande-Bretagne, cause la plus fréquente de décès des moins de 45 ans. En 2014, 74% des victimes britanniques étaient des hommes. Pour y répondre, le collectif des Lions Barbiers s’est créé sur l’hypothèse que les hommes se confient plus facilement à leur barbier. Le programme de formation Barber Talk a donc été conçu pour aider les barbiers à reconnaitre les symptômes et à savoir comment en parler avec leurs clients.
Edge of government mentionne d’autres projets du même type :
– Dans l’Illinois, une nouvelle loi oblige les coiffeurs à suivre une heure de formation tous les deux ans pour reconnaitre les signes de violence domestique et savoir orienter leurs clientes vers des services spécialisés.
– En Indonésie, les vendeurs itinérants dans les villages où n’existe aucun service médical ont été entrainés pour identifier les signes de grossesses à problèmes.
– Plus avancé encore, en Finlande a récemment été lancée « Place à l’expérimentation », une plateforme en ligne qui finance de petits tests initiés par des citoyens. L’objectif est d’amplifier le mouvement de co-conception des services publics avec le citoyen.
– Aux US, dans le domaine de la démocratisation des enjeux scientifiques, Citizensciences.gov est un site officiel du gouvernement conçu pour pour aider les agences fédérales à accélérer l’innovation grâce à la participation du public. Le site comprend un catalogue de projets dans le domaine des sciences soutenus par le niveau fédéral et l’accès à une communauté de centaines de praticiens de la sciences citoyennes au sein du gouvernement.
Tous ces projets nous en rappellent d’autres, vus à la 27e Région et ailleurs : voir par exemple le rôle que jouaient les barmans finnois dans un projet de lutte contre les problèmes cardiaques, les commerçants anglais dans un projet de l’agence Think Public avec les chercheurs d’emplois de plus de 50 ans ou encore les personnes éloignées de l’administration dans notre projet sur le relais de service public à Cluny.
Quand ce sont les citoyens qui forment les fonctionnaires
A Sao Paulo, chacun des 12 millions d’habitants peut prétendre à la fonction « d’agent du gouvernement ouvert » et proposer des formations aux fonctionnaires dans l’un des 4 domaines suivants : technologies ouvertes et collaboratives, transparence et données ouvertes, communication en réseau, management collaboratif. Environ 15 000 personnes ont suivi les 1200 ateliers déjà organisés, pour un coût décrit comme très intéressant -les citoyens sont indemnisés. La note moyenne des formateurs est très bonne (90% les jugent bons ou très bons). L’autre intérêt est que la distribution géographique des formateurs est bien plus forte que les formations officielles, et les zones rurales sont mieux couvertes.
Dans le même esprit :
– En Australie, des jurys citoyens ont été constitués pour fournir au gouvernement des recommandations indépendantes sur des sujets comme la politique en matière de nucléaire ou les stratégies pour lutter contre l’obésité.
– En Suède, l’Agence nationale de tourisme confie chaque semaine le compte twitter national à un citoyen différent, pour promouvoir une communication touristique par les citoyens eux-mêmes.
– En Indonésie, le tableau de bord citoyen national permet aux élus de visualiser les avis des citoyens et de s’en servir pour établir leurs priorités politiques.
Au voleur ! Ou quand le ministère des finances danois encourage le vol de bonnes idées
Majken Praetbro est responsable des relations extérieures au Centre National pour l’Innovation dans le Secteur Public créé par le ministère des finances au Danemark. Nous l’avions déjà rencontré du temps où le ministère avait eu cette brillante idée de s’inspirer de l’œuvre de l’artiste française Sophie Calle pour repenser la lettre des impôts fonciers. L’année dernière, dans une étude menée par le Centre et à laquelle 1200 fonctionnaires ont répondu, 73% de ces derniers ont déclaré trouver leurs meilleures idées chez leurs collègues, au sein-même de l’administration. Le problème est qu’ils manquent de temps et de méthode pour le faire correctement. Le Centre a donc mis au point un guide et des formations qui permettent aux agents de mieux s’organiser pour échanger leurs bonnes idées, et procéder de façon méthodique -par exemple en mettant au point des tests pour vérifier si une idée peut être adaptée dans un autre contexte. Dans la communication qui l’accompagne, le Centre encourage les agents à perdre tout scrupule et à passer au vol de bonnes idées et à enfiler le masque du parfait brigand…