Le 2 novembre dernier, à l’heure du repas, nous avions le plaisir de recevoir Lucie Laluque à Superpublic pour manger avec nous.
Après un cursus initial en art à l’université et un post-diplôme à la Massana, à Barcelone, cette jeune chercheuse vient de finir un master en sciences de l’éducation à Paris VIII. Son sujet d’étude : la genèse de la recherche-action et ses développements en France dans le champ de l’éducation et de la formation.
C’était l’occasion pour nous de mieux comprendre ces deux petits mots que nous utilisons souvent à La 27e Région. Sans pouvoir prétendre à la rigueur de la recherche socio-historique de Lucie Laluque, voici tout de même une tentative de résumé, nécessairement imparfaite, de nos échanges, de nos lectures et des questions que cela nous a posé.
La recherche-action : une notion plurielle
Premier constat : la définition de la recherche-action ne semble pas figée, loin de là. Un petit jeu des sept différences entre les notices Wikipédia anglaise (lien externe) et française (lien externe) du mot suffisent d’ailleurs à s’en convaincre.
Dans l’article du Dictionnaire de la participation consacrée à la recherche-action (lien externe), Alexia Morvan commence toutefois par mettre en avant ce qui rassemble ces différents courants :
« Les théorisations de la recherche-action considèrent l’expérience, l’action (ou l’activité) comme source de connaissance et assument une posture d’engagement du chercheur dans la transformation de la réalité (ou d’efficacité pratique de la recherche). Ce point assure l’unité intellectuelle par-delà les différences substantielles entre les familles de théories. »
En clair, la recherche-action possède deux ingrédients indispensables : une démarche de recherche scientifique de production de savoirs d’une part ; et une démarche de changements d’autre part. Au-delà de cette définition, les dénominations et les définitions se multiplient. Sans chercher à définir ce qu’est la recherche-action, Lucie Laluque a préféré repartir des parcours des acteurs et des institutions.
Kurt Lewin, un « père fondateur » symbolique de la recherche-action
Avant que le mot « recherche-action » émerge comme tel, la fin du 19ème siècle et le début du 20ème siècle voient plusieurs courants précurseurs se développer. C’est le cas par exemple des travaux en psychologie de James puis de Dewey qui placent l’action comme une source de connaissance, ou encore des enquêtes sociales sur la ville comme lieu de vie et de travail dans les années 1910-1930.
Toutefois, le « père fondateur » symbolique de la recherche-action, et l’un des premiers à avoir utiliser le mot Action Research dans ces travaux est Kurt Lewin, un psychologue social allemand ayant émigré aux États-Unis dans les années 30.
Au début des années 40, ses élèves mettent en place sous sa direction deux expérimentations cherchant à montrer l’influence du climat autoritaire sur les enfants. Dans la deuxième expérience notamment, les enfants sont placés alternativement dans un contexte de « climat autoritaire » (appelé « directif »), de « climat de laisser-aller » ou de « climat démocratique » (appelé « participatif »). Cette expérience permet à Kurt Lewin et à ses collaborateurs de montrer que le « climat démocratique » serait le meilleur pour favoriser le changement.
Dans la suite de ces premières expériences, Kurt Lewin est recommandé en 1946 pour conduire une expérience sur le changement des habitudes alimentaires. Le problème posé était le suivant : à l’après-guerre, dans un contexte de pénurie, pour éviter les problèmes de malnutrition et les carences alimentaires, les américains n’ont d’autre solution que de recommencer à cuisiner des bas-morceaux (le foie par exemple). Or, ces produits étaient très mal vus à l’époque. Comment les convaincre de changer leurs habitudes alimentaires ?
De manière très schématique, Kurt Lewin rassemble, au cours de cette expérimentation, des groupes de femmes dans le but qu’elles puissent réfléchir ensemble au problème. Collectivement, elles arrivent à se convaincre de l’importance de changer leurs habitudes alimentaires, le mettent en action et le prônent autour d’elles. Cette expérience a donc eu un très bon résultat par rapport au problème initial posé, en plus de permettre à Kurt Lewin de poser les jalons de sa théorie de la recherche-action.