Après Los Angeles l’année dernière, c’est à Londres que Bloomberg Philantropies, l’Institut Aspen et The Atlantic réunissaient du 18 au 20 octobre près de 400 acteurs des villes du monde entier pour CityLab, un rendez-vous consacré à l’innovation dans les villes. Nous y étions tout comme des représentants de la Ville de Paris. Une trentaine de maires avaient personnellement répondu présents, dont (en vrac) ceux de Londres, Athènes, Nairobi, Lisbonne, Varsovie, Florence, Jerusalem ou Washington ainsi qu’une dizaine d’autres villes américaines soutenues par l’un ou l’autres des programmes de la fondation de l’ancien maire de New York, tel What Works, Mayors Challenge ou iTeams -avec lequel nous essayons de construire un partenariat. Des stars de l’urbanisme comme Jan Gehl (Copenhague) étaient là aussi.
Boris Johnson, maire de Londres, toujours en grande forme…
Que le spectacle commence !
Ambiance de talk show, DJ pour marquer les pauses, prestige du lieu… le côté spectaculaire de CityLab, construit autour de la personnalité de Michael Bloomberg, ex-maire de New York, peut en faire sourire certains. Mais au-delà du show, le congrès propose un contenu d’excellent niveau, qui constitue un panorama unique de l’état des villes à l’échelle planétaire, et couvre l’innovation dans tous les champs imaginables. Cette année, en vrac, on parlait crise du logement, data, transformation des rues, corruption, empowerment des agents publics, culture, gentrification, migrants, travail de la police, économie collaborative…L’occasion de glaner ça et là des informations intéressantes et de prendre de bonnes vibrations au passage !
La gentrification, un processus irréversible ?
Petit déjeuner débat avec DW Gibson, journaliste et réalisateur de documentaires. Il publie « The Edge Becomes the Center : An Oral History of Gentrification in the 21st Century », un ouvrage sur la gentrification de New York City, basé sur plusieurs dizaines de rencontres et d’entretiens. L’originalité de son ouvrage est de se concentrer sur l’histoire personnelle des habitants, artistes, squatteurs, propriétaires, spéculateurs immobiliers, élus qu’il rencontre au fil de l’eau. Que tire t-il de cette expérience ? Qu’aucune ville, et même qu’aucune quartier d’une même ville n’obéit tout à fait au même processus de gentrification, et que le terme peine à saisir des réalités souvent très différentes. Mais aussi qu’il existe des facteurs communs, le plus marquant étant bien entendu le caractère mondialisé des investissements. Le nouveau propriétaire n’habite plus le quartier, il investi depuis Londres, Dubai ou Shanghai. D’ailleurs ce n’est même plus une personne mais une entité désincarnée, un hedge funds ou un groupe d’investisseurs. DW Gibson ne croit pas qu’on puisse empêcher la gentrification puisque le processus enclenché semble irréversible. Il ne croit pas non plus que développer le logement social suffira à l’endiguer ; il s’agit plutôt de la canaliser. Pour lui, seul l’augmentation des salaires des classes populaires permettra de limiter les dégâts, ainsi que le développement de solidarités inter-personnels, et de partages de nouveaux espaces entre habitants et à l’échelle du quartier.