L’agence de promotion du design Design Flanders nous a fait une drôle de proposition mardi dernier à Bruxelles : les aider à organiser un workshop sur le thème de « la soutenabilité des démarches de design de services ».
Passé l’instant d’expectative, le thème s’avérait tout à fait opportun… Comment éviter les effets indésirables des projets de design que nous menons ? Car il faut le rappeler, nos démarches ne sont pas neutres, au sens où elles ne sont pas sans effets sur le corps écologique et social sur lequel nous travaillons : des effets positifs dans toute la mesure du possible, mais aussi négatifs, à notre corps défendant. Lorsque nous travaillons avec des citoyens et que nous agissons dans des milieux, alors nous intervenons dans des systèmes sociaux et des jeux d’acteurs, nous créons des effets positifs autant que des conflits. En bref, si nous n’y prenons garde nous pouvons produire des dégâts, puis repartir tranquillement en laissant derrière nous un champ de mines…
C’est un phénomène que nous observons concrètement dans certaines de nos résidences, par exemple si après une période intense durant laquelle des dizaines voire des centaines de personnes ont été mobilisées, plus rien ne se passe : le chef de projet avec lequel nous venons de travailler pendant plusieurs mois a changé de poste ou de structure, la collectivité n’a pas donné suite malgré la mobilisation, etc. La réaction ne se fait pas attendre, et l’effet est dévastateur : plus la mobilisation a été forte et de qualité, plus la frustration et la déception sont grandes. « Tout ça pour ça », « encore une promesse non tenue », etc. Bien sûr, nous sommes vigilants sur la promesse que nous sommes en mesure de tenir : nous expliquons systématiquement que les résidences sont des processus expérimentaux, conçus pour ré-interroger un problème, imaginer des solutions les plus tangibles possibles, et en aucun cas des dispositifs de mise en oeuvre… Mais ceci n’empêche en rien la production « d’effets secondaires » que nous devons mieux comprendre pour mieux les anticiper.
Nous rencontrons tous les jours des équipes d’intervention, de conseil, d’innovateurs sociaux, de sociologues, d’architectes participatifs, de designers, tous enthousiastes à l’idée d’avoir su créer une mobilisation dans un quartier, une organisation, une communauté. Mais sont-ils toujours soucieux de savoir si la démarche a permis de créer un véritable impact positif ensuite ? Disons-le ici : ce phénomène est très classique, concerne tous les types d’interventions menées quotidiennement et c’est sans doute une bonne raison pour s’en préoccuper. On pourrait d’ailleurs dire que l’enjeu est à la fois politique, démocratique et éthique.