Les 27 et 28 janvier, l’Université de Malmö et ses partenaires* organisaient deux journées de séminaires sur l’application du design aux politiques publiques. A la maoeuvre, Per-Anders Hillgren (lien externe), « vieille » connaissance de l’Université de Mälmo. L’occasion pour nous de croiser la nouvelle garde formée par les jeunes designers des écoles de design scandinaves, mais aussi de prendre l’ambiance d’un secteur émergent, même au pays du design…
Design in the public sector, opportunities and challenges
Entrée en matière avec une réunion en compagnie d’une trentaine d’universitaires, d’enseignants et d’étudiants en design, et des représentants de collectivités -en particulier Bjarne Stenquist (lien externe), chargé de l’innovation sociale à la ville de Malmö, des représentants d’agences publiques en charge de politiques d’innovation, mais aussi un représentant de l’association suédoise des Régions et des Villes suédoises -l’équivalent d’une structure qui combinerait l’ARF et l’AMF en France… Autre participant, Stefan Holmid (lien externe), de l’Université de Linköpings, travaille sur un rapport consacré au design de service qui sera prochainement présenté au Parlement Suédois, à l’image du travail mené par les parlementaires britanniques.
L’idéologie managériale face à la pratique
L’intervention majeure visait à repartir des pratiques de gestion des administrations, et à aider les designers à « mieux cerner l’ennemi », comme l’a indiqué son auteur. L’exposé de Bengt Jacobson (lien externe) sur les enjeux de la sortie du « new public management » confirme ce que nous entendons aussi en France. Bengt est chercheur à l’Université de Södertorn et participe aux travaux de la Public Administration Academy. Pour lui nous sommes arrivés au stade ultime de la « société de l’audit » (et du management par objectif, l’orientation vers les résultats, les méthodes de performance type LEAN, les audits). Jamais l’idéologie managériale n’a été portée aussi haut sans jamais être ré-interrogée par le politique.
Objectifs précis et opérationnels, impact facile à mesure, recherche de rationalité et logique organisationnelle…dans la réalité les objectifs restent flous, ambiguës, et l’impact des politiques difficile à apprécier. Le « new public management » cherche à bâtir un système de contrôle intégré, et n’obtient en retour que des « rituels de rationalité », une expansion encore plus grande de la bureaucratie (lien externe), et une attitude de dédain de la part politique : une fois réformé, le système est rarement utilisé par les politiques, qui préfèrent l’éviter s’ils veulent réellement gouverner.
Le système actuel est fondé sur le contrôle, sur la séparation des tâches -notamment entre politique et administratif- sur l’obsession des résultats, la compétition, l’audit et la compliance…alors qu’il nous faudrait concentrer les efforts sur la confiance, l’approche systémique, la coopération, l’apprentissage et l’innovation.
Le problème est que ce système est solidement enraciné dans l’ADN de l’administration : pour la plupart des hauts fonctionnaires, le problème ne réside jamais dans ce système, mais dans le fait qu’il n’est pas encore suffisamment mis en place !
Bengt propose de retenir quelques leçons que nous enseigne l’histoire : il faut maintenant focaliser sur les systèmes dans leur ensemble, plutôt que sur chaque organisation à titre individuel ; réévaluer la dimension politique qui se cache derrière ces enjeux de gestion ; et prendre en compte la forte capacité d’inertie des organisations publiques. Bengt rappelle que l’on parlait déjà d’ingénierie sociale dans les années 60…