Près de 600 personnes en séminaire pendant 3 jours dans une fac de Vaulx-en-Velin, et pour une fois, (quasiment) pas d’ordinateur ni de smartphone pour twitter l’événement… voilà qui change, et même qui repose un peu ! Le collectif Pouvoir d’Agir et la Chaire Unesco « politiques urbaines et citoyenneté » organisaient du 14 au 16 juin une grande conférence internationale sur le « community organizing » (lien externe), phénomène anglo-saxon dont l’un des représentants les plus illustres est Barack Obama lui-même, formé à ces pratiques de « mobilisation citoyenne » à Chicago. L’occasion de mieux comprendre des méthodes de mobilisation venues d’outre-Atlantique.
Le vrai pouvoir, c’est celui de faire agir
Le séminaire alternait pendant trois jours des conférences scientifiques données par les meilleurs spécialistes francophones et anglo-saxons, et des ateliers pratiques organisés autour de plusieurs méthodes : l’approche DPA (Développement du pouvoir d’agir individuel et collectif), animé par Anda DPA (lien externe), l’intelligence collective en thérapie sociale animé par ATIC (Actions pour des territoires d’intelligence collective (lien externe)), le projet Cause Commune, le programme Divers-Cité par Asmae, la marche pour la dignité et contre la pauvreté, et le projet ECHO (Espace des communautés et des habitants organisés (lien externe)), selon la méthode « Alinsky ». Difficile de tout suivre… revenons sur deux des méthodes décrites, et pour certaines testées en atelier.
La méthode Alinsky, tout d’abord, qui tient son nom d’un sociologue américain co-fondateur de l’Ecole de Chicago (lien externe), mort en 1972. A Grenoble, le collectif ECHO l’a mis en oeuvre à partir de 2011, dans le but de construire un contre-pouvoir local destiné à être progressivement étendu à l’échelle de l’agglomération. ECHO compte 8 personnes, dont plusieurs se sont d’abord formées à Londres. La structure ne s’appuie sur aucun financement public, mais mobilise des crédits octroyés par la Fondation Abbé Pierre. L’objectif est de fédérer des colères très diverses : celles des femmes de ménage épuisées par des cadences de travail infernales, celles d’habitants écrasés sous le poids de loyers devenus trop élevés, celles de parents assistant à la dégradation des études dirigées à l’école, ou encore de jeunes artistes tenus à l’écart des équipements culturels « officiels ». La méthode Alinsky a permis de former un collectif en suivant plusieurs étapes : 1/ La formation des leaders sociaux, 2/ Le développement relationnel, 3/ La mise en action, et 4 / La négociation. La phase d’identification et de formation des leaders sociaux, en particulier, est essentielle : au cours d’un test réalisé en groupe durant l’atelier, ECHO demande par exemple aux participants de prendre la parole pour exprimer quel a été, dans leur vie, l’élément déclencheur de leur engagement, l’événement qui a été décisif dans leur démarche personnelle : par exemple un sentiment de révolte lié à un événement personnel, ou une rencontre marquante (l’un des participants cite sa rencontre avec Lucie Aubrac). Ce travail collectif sur l’expérience de vie des participants permet à chacun « d’atteindre son moteur personnel », et de reconnaitre collectivement les leaders dans le groupe. Quant à la phase de développement relationnel, elle vise à systématiser la recherche de relation par le face à face, à aller au devant des autres pour créer la confiance. La mise en action, c’est agir et donc vaincre les 4 peurs qui inhibent et empêchent d’agir : l’isolement (« tout seul je n’y arriverai pas »), le manque d’expérience (« je n’ai jamais essayé »), l’inutilité (« ça ne servira à rien ») et l’impuissance.