Hayla Meddeb est maître-assistante à l’Ecole Supérieure des Sciences et Technologies du Design (ESSTED) à Tunis. Le premier slide qu’elle présente lors de la journée de lancement de ces 7e Ateliers de Recherche en Design (ARD) (lien externe) est un panneau « Under construction »… Voilà qui résume bien l’état d’esprit du pays, quelques mois à peine après la « révolution pour la dignité » (expression préférée à celle de « Jasmin », qui fait plutôt référence à la prise de pouvoir de Ben Ali). Car c’est bien de reconstruire un pays dont il s’agit, d’un point de vue matériel mais aussi psychique, après des années d’oppression, de corruption et d’absence de projet pour le pays.
Quelques années plus tôt, Hayla avait consacré sa thèse à une critique du packaging. « Mais celle-ci s’est littéralement transformée en dossier à charge contre la société de l’hyperconsommation, jusqu’à dérouter complètement certains membres du jury ! », explique Hayla. Elle s’interroge alors sur son orientation, et pense même à renoncer au design. Et plus récemment, elle décide de réorienter sa pratique vers des projets à vocation sociale et d’intérêt général. Sa priorité sera dorénavant l’éducation, mais aussi les zones rurales, qui ont le plus souffert du régime et dont les populations ont été totalement abandonnées*.
Aujourd’hui, Hayla nous présente un cas mené avec ses élèves pour repenser l’aménagement de l’école de design située à Manouba, petite ville de la banlieue sud de la capitale, dans le campus qui accueille au total 2900 étudiants. Elèves, enseignants mais aussi personnel administratif et technique ont été associés. Les insights qui ressortent couvrent les questions de propreté, de pratiques inter-cours, d’intelligibilité de l’information, et de l’identité et du sentiment d’appartenance. L’intervention va porter sur l’aménagement de l’école, la signalétique, les jardins, mais aussi la mémoire du travail des étudiants (cf. slides ci-dessous).