Social Innovation Exchange, à Lisbonne : Sortir de la crise par l’innovation sociale

Un mois après LIFT with FING à Marseille, c’est à Lisbonne que soufflait un vent de résistance : « Recovery through social innovation » (en gros, « L’innovation sociale pour sortir de la crise »), tel était le thème de l’université d’été du Social Innovation Exchange (lien externe) à laquelle nous étions conviés à Lisbonne du 15 au 17 juillet. Aux commandes, la Young Foundation (lien externe), dont le patron charismatique Geoff Mulgan a pris récemment les rênes pour en faire un « hub » international de l’innovation sociale, et à ses côtés, le British Council (lien externe), l’association portugaise TESE, ou encore la fondation Calouste Gulbenkian (lien externe) qui accueillait l’événement.

Ceux qui voient dans l’innovation sociale un concept à géométrie variable n’auraient pas été déçus… Sur les 125 invités issus de 24 nationalités, des profils très variés : beaucoup d’entrepreneurs sociaux (et d’incubateurs d’entrepreneurs sociaux), des représentants d’ONG, quelques leveurs de fonds, des structures de micro-crédit, des designers « sociaux », des think-tanks spécialisés, quelques représentants d’agences gouvernementales -mais pas de ville ou d’autre collectivité. On retrouvait la diversité d’approches que décrit bien Hubert Guillaud dans ses trois billets sur l’innovation sociale (lien externe). Un belle aperçu du dynamisme et de la profusion d’idées qui règne dans ce secteur. L’essentiel de ce qui s’est dit est visible sur le wiki (lien externe) de l’Université d’été, et sur twitter (lien externe).

Au hasard des présentations et des conversations, voici quelques portraits, quelques initiatives marquantes et quelques idées clés…

Quelques brefs portraits pour se mettre dans l’ambiance

On pouvait également croiser dans les ateliers plusieurs représentants d’Ashoka (lien externe), Cassie Robinson de l’agence de design Think Public (lien externe) que nous avions rencontré à Londres, Christian Bason l’animateur du MindLab du ministère danois de l’emploi et de l’économie (j’en ai profité pour l’interviewer (lien externe)), John Thackara (Doors of Perception (lien externe)) venu animer un atelier sur « comment réorganiser la chaîne de production alimentaire à l’échelle d’une région ? ». Côté français, Marjorie Jouen, Notre Europe (lien externe) (et membre du conseil d’orientation de la 27e Région) auteur d’une lumineuse intervention sur la crise, et Morgan Poulizac, de l’Agence nouvelle des Solidarités Actives créée (lien externe) par Martin Hirch.

Quelques initiatives marquantes ou originales

Quelques phrases entendues

Innover de l’intérieur ou de l’extérieur ?

Alors oui, c’est plus facile de l’extérieur du système, disent les entrepreneurs sociaux (comprendre par système, le gouvernement et les administrations)…mais la réalité est qu’une grosse partie de l’innovation sociale est financée directement ou indirectement par la puissance publique (et les fondations, outre-atlantique), et à un certain stade, pour vraiment transformer le système, il faut travailler avec nous ! disent les administrations…

La crise, fossoyeur ou dopant de l’innovation sociale ?

Certains voient dans la crise le risque que les acteurs publics réduisent les marges de manoeuvre et les possibilités, rationalisent (la RGPP, en France), coupent les crédits de l’innovation sociale au profit de formes d’innovations plus spectaculaires et à fort rendement économique, même si court-termistes. Beaucoup d’autres voient dans la crise, au contraire, une formidable occasion de transformer l’innovation, de repenser le système.

Innover, pour ne rien changer ?

Derrière l’innovation se cachent de formidables prétexte pour ne rien changer. Selon des participants, l’initiative anglaise « Reboot Britain (lien externe) » s’est déroulé comme un contre-exemple de l’innovation : comme dans le titre, on a changé de logiciel sans changer le système d’exploitation !

« Spread rather than scale » : disséminer plutôt que passer à l’échelle

L’innovation sociale, ça n’est pas répliquer des solutions toute faites, mais plutôt disséminer, débattre autour des bonnes idées qui améliorent quotidiennement l’existant. La nouvelle pratique, pas la bonne pratique !

Le drame, c’est le « social waste »

Ce qui crève le coeur d’un innovateur social, c’est que les compétences des gens, quels qu’ils soient, ne soient pas utilisées…

« Innovation sociale = des méthodes + des valeurs »

De nombreux ateliers très participatifs étaient organisés tout au long de l’Université, dont une large part était consacrée aux méthodes de l’innovation sociale. Les organisateurs ont profité de l’événement pour lancer un manifeste pro-innovation sociale, et pro-changement, « Fixing the future (lien externe)« , en 10 points, résumés brièvement ici : quitter les politiques court-termistes pour travailler sur le plus long terme, encourager l’emploi dans les secteurs prioritaires -santé, environnement, éducation, tourisme, industries créatives-, promouvoir le multi-culturalisme et la créativité locale, investir dans l’innovation, encourager l’entrepreunariat, soutenir les nouvelles infrastructures -haut débit, nouvelles énergies-, garantir la sécurité par la protection sociale, récompenser l’investissement à long terme, mobiliser la créativité des publics, apprendre vite du meilleur de ce qui se fait dans le monde.

 

Ici, toutes les photos de l’événement (lien externe) sur Flickr.