Soyons Re•acteurs !

Posté le 24 juin 2014 par Anna Lochard

Mardi 13 mai 2014, La 27e Région investissait l’Ecole Nationale Supérieure de Création Industrielle (ENSCI-Les Ateliers) pour présenter officiellement Re•acteur Public, nouveau programme partenarial consacré à l’innovation publique, associant l’Etat et les collectivités et propulsé par La 27e Région et le SGMAP (Secrétariat Général à la Modernisation de l’Action Publique). Retour sur le début d’une aventure collective.

En charge du discours d’introduction, Christian Paul, député de la Nièvre et président de La 27e Région, la raconte ainsi : « Re•acteur Public, c’est une volonté commune de mettre au devant de la scène l’innovation publique, face à la double nécessité de transformer l’action publique en profondeur d’une part, et de repenser la relation entre le citoyen et le service public d’autre part ». Mais, ainsi qu’il le souligne, il ne s’agit ni d’une injonction à innover pour innover, ni de développer de nouveaux outils managériaux pour les cadres de la fonction publique, ni encore de participer à une logique de cost-killing. Au contraire, le programme doit porter un message à la fois positif et politiquement engagé. Et cela ne pourra se faire que collectivement. Re•acteur Public n’est pas l’apanage d’une institution en particulier : c’est un cadre neutre, ouvert à tous, où seule compte l’urgence d’expérimenter ensemble.

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Pour s’inspirer, commencer par un projet concret

Afin d’illustrer cet esprit de coopération et de placer l’action au centre des débats, la matinée s’est ouverte sur le récit d’une collaboration fructueuse entre La 27e Région, le Secrétariat Générale à la Modernisation de l’Action Publique (SGMAP) et la Communauté de Communes du Clunisois, en Bourgogne. L’objet de cette collaboration ? Une résidence créative centrée sur l’amélioration de l’accès aux services publics dans les territoires ruraux.

Nicolas Conso, chef du service « Innovation » au sein du SGMAP, et Boris Chevrot, coordinateur-médiateur du Relais de Service Public de Cluny et doctorant en sociologie, ont partagé avec nous le bilan de cette expérience. 7 visions inspirantes, 16 tests en situation réelle et 1 enseignement majeur : aller sur le terrain et s’intéresser aux usages permet d’apporter un éclairage neuf sur les grandes politiques nationales et de réinterroger ce que l’on pensait être des certitudes. Rafraîchissant !

Pour en savoir : direction le blog de la résidence

Une table-ronde pour partager nos visions de l’innovation publique

Ouvrant la table-ronde, Marylise Lebranchu, Ministre de la Décentralisation, de la Réforme de la l’État et de la Fonction publique, a ensuite exprimé son espoir d’une coopération féconde autour des projets de Re•acteur Public, un an après le Labo Public Ephémère qui avait déjà réuni le SGMAP et La 27e Région à l’Ensci. Pour elle, la création du SGMAP en 2012 était une première étape importante pour faire sortir la modernisation de l’action publique du seul prisme des économies budgétaires. Mais cela n’a pas empêché de trop souvent réduire ce défi aux enjeux de simplification administrative et de dématérialisation. A l’inverse, Re•acteur Public doit permettre de travailler sur le tout de l’action publique, sur son rôle et sur sa qualité. Au moment où les citoyens s’absentent de plus en plus des grands moments de la vie publique, Re•acteur Public insiste sur l’importance de faire avec : avec les citoyens, avec les agents, avec la société civile, avec les collectivités, avec l’État. En mobilisant l’ensemble des acteurs publics, il veut redonner ses lettres de noblesse aux agents de la fonction publique.

Claudy Lebreton, président de l’Assemblée des Départements de France et du Conseil Général des Côtes-d’Armor, a également partagé sa vision de l’innovation publique. Selon lui, si la tradition française cartésienne pousse à institutionnaliser et uniformiser les réponses administratives, Re•acteur Public permet justement de réfléchir au niveau humain, par l’action. Il place au premier plan les territoires d’aventure, ceux où des hommes et des femmes prennent des risques. Prenant la défense de la pensée expérimentale proposée par Re•acteur Public, Claudy Lebreton appelle les Départements à y prendre part… « du moins pour les quelques mois qu’ils leur reste encore à exister » ajoute-t-il non sans ironie.

Enfin, Alain Rousset, président de l’Assemblée des Régions de France et du Conseil Régional d’Aquitaine, a rappelé que les Régions étaient les premières collectivités embarquées au sein de cette aventure avec la 27e Région. Selon lui, l’innovation ne peut rester incrémentale, il est aujourd’hui temps de créer des ruptures : « en France, on a souvent l’impression que l’organisation des services publics est fixée une fois pour toute, et que seules les quantités financières peuvent varier. » Soulignant que le rapport entre l’État et les collectivités est parfois ressenti comme un rapport de « sous-traitance », il prône pour sa part une décentralisation renforcée et une coopération renforcée entre les différentes échelles administratives, dans la lignée de ce que propose Re•acteur Public.

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De gauche à droite : Christian Paul, Marylise Lebranchu, Alain Rousset, Claudy Lebreton, et Jacques-François Marchandise, animateur de la table-ronde

4 chantiers « grands ouverts »

A la suite de cette table-ronde, les discussions se sont poursuivies autour d’une exposition retraçant les 4 chantiers qui constituent le cœur d’action de Re•acteur Public. Ces chantiers ne seront bien sûr pas interdits au public mais au contraire ouverts à tous, à chaque instant.

Premier chantier : construire une communauté d’apprentissage autour des méthodes (design, innovation social, ethnologie…) et des valeurs de Re•acteur Public, qui partagera la paternité de cette aventure.

Deuxième chantier : trouver des moments, des formats et des lieux de formation et d’apprentissage communs, pour les fonctionnaires d’État et territoriaux.

Troisième chantier : imaginer ensemble l’administration de demain, ses modes d’intervention ou encore de gouvernance.

Et enfin, quatrième chantier : documenter et enrichir notre savoir collectif pour continuer à construire et essaimer.

Les panneaux de l’exposition ont permis de présenter ces différents chantiers et de leur donner corps. Ils proposent des incitations à réagir et à discuter, que chaque participant a su saisir, qu’il soit élu, agent de la fonction publique, représentant du secteur privé ou encore étudiant de l’Ensci. Investir le hall d’entrée de cette école et matérialiser le projet sous la forme d’une exposition est une manière de rendre tangible la rencontre entre la communauté des designers, spécialistes de la conception innovante, et la communauté des professionnels des politiques publiques. Qu’il s’agisse de prospective, de formation ou encore d’édition, personne n’est resté indifférent.

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L’exposition présentait les quatre chantiers, ici un morceau du panneau sur la prospective

Un projet collectif

100 participants, 1 exposition, 10 panneaux, 1 table-ronde, 1 gréve étudiante(!)… et d’innombrables échanges, toujours riches et stimulants. Le temps d’une matinée, une petite centaine de participants issus d’horizons divers étaient réunis autour d’une ambition commune : inventer une nouvelle culture de l’action publique. Il y avait là des praticiens de l’innovation et du design, des représentants de 8 ministères, de 6 Régions, de 7 Départements, de 5 villes & agglos, de 3 grandes structures para-publiques et de 4 structures nationales de formation. Un public hétérogène qui vient rappeler que le collectif est au cœur de Re•acteur Public.

C’est Christian Paul qui résume le mieux cette ambition dans sa conclusion : « En période de mer calme, le bateau est tranquille mais il manque souvent le vent, l’énergie pour avancer. Aujourd’hui, nous sommes dans un moment de turbulence, dans une météo démocratique très compliquée. Cela est bien sûr insécurisant et créée des tensions. Mais cela renforce avant tout la nécessité de se rencontrer, de se serrer les coudes, de disposer de lieux où l’on peut laisser à l’entrée nos logos, nos hiérarchies, nos cloisonnements pour construire ensemble dans la bienveillance. »

C’est parti pour 4 ans !

Et pour aller plus loin, direction cet article détaillant quelques grands apprentissages de cette matinée…

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