Works 50+ : le retour à l’emploi, boosté par le design

Royaume-Uni

Dott (Design of the Times) est une initiative du Design Council qui a beaucoup inspiré la 27e Région. L’objectif consiste à mobiliser des équipes de designers dans une région pendant 2 ans, et à les faire travailler avec des communautés locales pour co-construire avec celles-ci des solutions créatives en réponse à des problèmes environnementaux, sociaux, d’emploi, etc. Après DOTT 2007 qui se déroulait dans la région du North East England, DOTT 2009 se déroulait cette fois-ci dans les Cornouailles. L’un des projets, intitulé « Cornwall Works 50+« , était mené par l’agence Think Public et concernait le chômage des plus de 50 ans. Nous profitons du fait que DOTT vienne d’en publier les résultats pour revenir sur l’essentiel de ce projet enthousiasmant.

Quelques données de base. Aujourd’hui, dans les Cornouailles, plus de 29 000 personnes en âge de travailler sont sans emploi ; 40% d’entre elles ont plus de 50 ans et la plupart ne retrouveront pas de travail. En 2017, environ 34,4% de la population active aura plus de 50 ans… La société doit donc s’adapter et trouver des solutions nouvelles dans un monde de travailleurs plus âgés. Les animateurs du projet « Cornwalls Works 50+ », conçu par Think Public, disposaient de quelques mois pour travailler main dans la main avec des entreprises et des communautés, et imaginer des façons d’améliorer et d’étendre les opportunités d’emplois pour les personnes plus âgés. L’équipe était dirigée par Deborah Szebeko et Ian Drysdale et composée d’Emma Gasson, Alice Osborne, Emma Dyer, Nicola Ward. Parmi les éléments clés : trouver comment encourager les employeurs à recruter des personnes de plus de 50 ans et dépasser les obstacles rencontrés par les personnes âgées qui souhaitent travailler à nouveau.

Une phase de diagnostic. L’équipe se charge tout d’abord de mettre en place le projet, de produire un diagnostic à partir des succès et des services déjà mis en oeuvre par Cornwalls Works, l’agence en charge de la politique de l’emploi, et de mener une veille sur des études sur le chômage des plus de 50 ans, en Grande-Bretagne et à l’étranger : c’est ainsi des visites sont organisées avec les autorités du Finistère en France et dont le situation est proche de celle des Cornouailles, ainsi qu’une rencontre avec Paivi Tahkokallio, chercheur finlandais spécialisé dans le chômage des plus de 50 ans.

Pour donner le coup d’envoi du projet, l’équipe lance « Un bus pour les plus de 50 ans ». Toute personne de plus de 50 ans cherchant un emploi est invitée à faire le tour des Cornouailles en bus pendant une journée, pour visiter des services aidant les personnes à retrouver du travail. La journée se termine par une séance d’aérobics au centre de Truro, animée par Fitness for Life. La journée est l’occasion de prendre des premiers contacts avec les plus de 50 ans, et de prendre rendez-vous avez elles pour les rencontrer autour d’un café.

L’équipe cherche ensuite à comprendre et à cartographier les services de l’agence « Welfare to Work » de Cornwall, et à mieux comprendre Cornwall Works, la politique qui coiffe toute la stratégie de l’emploi. Un atelier est organisé avec tous les prestataires de l’emploi pour comprendre la situation à partir de leur point de vue : Pentreath, JobCentre Plus, Adult Social Care, CPR Works, Cornwall Neighbourhoods for Change, Working Links, et Volunteer Cornwall.

En vue de la phase suivante, 4 sites sont alors choisis en accord avec Inclusion Cornwall, pour leur fort taux de chômage des plus de 50 ans : Redruth, St Austell, Callington et Saint Just.

Phase de co-découverte. A ce stade, un travail de recherche est mené avec une communauté plus large associant des groupes d’utilisateurs et des fournisseurs et opérateurs de services, et en partant du contexte local.

L’équipe conçoit une méthode d’animation à utiliser sur les 4 lieux pilotes, en prenant en compte ce qu’a montré la phase de diagnostic : parler à certaines personnes de « travail » et de « retour au travail » est dissuasif, car ils pensent qu’ils ont peut de chance de travailler à nouveau.

  • L’arbre du talent

Chacun possède un talent. Ne pas avoir d’emploi ne signifie pas que vous n’ayez rien à offrir… L’équipe veut valoriser le savoir-faire et l’expérience des gens en créant « l’arbre du talent » pour les habitants de Redruth. L’équipe distribue de la décoration et des affiches dans les boutiques, les pubs, les bars et les associations de quartier. Il est demandé aux gens d’écrire quel est leur principal talent, pour l’afficher ensuite à un arbre de Noël au centre de Redruth.

La semaine se conclue par une fête autour de l’arbre, et c’est ainsi que sont célébrés les talents locaux, dans une localité où chacun est convaincu qu’il y a peu de perspectives d’emplois. L’initiative permet d’encourager des conversations et de faciliter l’observation.

  • Quel est le travail de vos rêves en Cornouailles ?

Il est alors décidé de visiter chacun des sites pilotes et de poser cette question toute simple. A la grande surprise de l’équipe, qui craint un peu de susciter des espoirs trop grands, les répondants disent vouloir devenir fermiers, aides-soignants, de faire quelque chose qui a du sens, d’aider les autres. Les motifs de choix étaient : travailler à l’extérieur, parler avec les gens, être libre, sans stress, être créatif, aider les autres et l’indépendance. Une image très différente de l’image de l’emploi que l’on était en droit d’attendre…

  • Reporters de la communauté

L’équipe juge que ses interventions ont touché beaucoup de personnes, mais pas encore celles des personnes plus en retrait. Pour y remédier, elle propose à des personnes qui ont participé à l’exercice de les former à l’interview et à l’écoute, et de les équiper avec un dictaphone pour qu’ils recueillent les histoires de ceux qui hésitent à parler à des inconnus.

Un dispositif est même spécialement créé, « le fauteuil des conseils », équipé d’enceintes grâce auxquels l’auditeur peut écouter les témoignages des gens…

  • Apprendre des partenaires

L’équipe organise un atelier pour comprendre comment fonctionne le programme d’aide au retour au travail « Welfare to Work » du point de vue des conseillers et des médiateurs au contact des chercheurs d’emplois.

Chaque partenaire ayant des façons différentes d’expliquer ce qu’il fait, il est demandé à chacun de décrire son action sur un service précis. Ceci permet de cartographier toute l’offre de service de l’emploi disponible dans les Cornouailles, et d’identifier toute redondance ou manque dans le service.

En travaillant avec l’équipe en première ligne, l’équipe explore les façons d’aider les gens de plus de 50 ans et cartographie à quoi ressemble la journée d’un conseiller -y compris les aspects positifs et les aspects négatifs ou frustrants.

Phase de co-digestion. Tout au long du processus de co-découverte, l’équipe a détecté des thèmes récurrents et de modèles de problèmes, des « patterns » se reproduisant systématiquement. La phase de découverte est terminé, et il est temps d’assimiler toute cette information. Il est proposé aux partenaires et aux utilisateurs de dresser la liste des enjeux les plus importants, et de tenter de réduire cette liste à ceux dont la résolution provoquerait le plus d’impact. En quelque sorte, ceux qui allaient devenir le brief de la démarche et faire l’objet d’un travail de co-design. Voici la liste complète, dont les 6 jugés prioritaires :

Comment pourrions-nous…

1. Fournir de l’information au gens sur le marché du travail de façon plus personnalisée ?
2. Aider les gens à considérer comme une opportunité stimulante le fait d’entreprendre une nouvelle carrière ?
3. Convaincre les conseillers des avantages de travailler avec des gens de plus 50 ans ?
4. Eviter l’isolement lorsque les gens cessent de travailler ?
5. Encourager et soutenir l’entrepreunariat comme une façon de travailler ?
6. Soutenir les gens qui ont des problèmes de santé et qui veulent travailler ?

Les autres défis listés :

7. Encourager les procédures gouvernementales à soutenir les besoins des gens à partir de 50 ans ?
8. Utiliser les nombreuses compétences des personnes de plus de 50 ans ?
9. Partager la sagesse et l’expérience des personnes de plus de 50 ans ?
10. Aider les personnes de plus de 50 ans à se sentir beaucoup plus en confiance au sujet de leur avenir ?
11. Créer plus de souplesse dans le travail pour les personnes de plus de 50 ans ?
12. Faire en sorte que les personnes puisse explorer de nouvelles opportunités de travail sans perdre leurs droits ?
13. Aider les personnes de plus de 50 ans à promouvoir leur employabilité ?
14. Aider les personnes à se sentir à l’aise avec les technologies ?
15. Obtenir des transports qu’ils soient plus adaptés ?

Phase de co-design. A ce stade, des défis clés sont présentés à un groupe de partenaires, fournisseurs de services et utilisateurs, à partir de réflexions et d’histoires. Le groupe travaille alors de façon collaborative afin de concevoir des solutions créatives à ces défis.

Une réunion élargie de co-design est organisée avec des conseillers et médiateurs, fournisseurs de services, entrepreneurs, designers, utilisateurs et employés. Pour s’assurer que chacun reparte bien du contexte de chaque défi, la pièce est divisée en 4 : un espace ciné, un espace récits, un espace café et un espace inspiration. Chaque participant doit visiter ces 4 espaces avant de rejoindre une équipe pour traiter l’un des 6 défis.

Les équipes travaillent ensemble à partir d’un processus d’idéation vivant et rapide pour créer, sélectionner et finalement affiner des idées présentées ensuite à l’ensemble du groupe.

Après cette phase, les idées sont présentées aux protagonistes et décideurs de Cornwall pour les affiner, mais aussi éviter de réinventer la roue et de refaire des choses déjà existantes dans la Région.

Les idées

  • L’accueil-maison

Un service innovant qui aide les personnes de plus de 50 ans à proposer des services d’aide à la communauté depuis leur maisons aux plus de 50 ans. Accueil-maison vise à réduire l’isolement des plus de 50 ans qui n’ont pas de travail en les encourageant à ouvrir leur maison et interagir avec la communauté. Il élargie et personnalise également la gamme des services d’accompagnement disponibles à l’échelle locale.

  • Echange de compétences

Echange de compétence est un organisation reposant sur l’adhésion et sur un annuaire de contacts qui aide ses membres à s’entraider en échanger leur temps et leurs savoir-faire. Echange de compétences optimise les compétences et les expériences des personnes sans emploi en les impliquant dans une démarche de formation et d’apprentissage mutuelle.

  • Le mentorat 50+50

50+50 est un service pair à pair où les individus qui ont trouvé un emploi et du soutien en aident d’autres en recherche. Il se concentre sur des compétences intermédiaires tel que développement la motivation et la confiance en soi.

  • La plateforme des compétences

Il s’agit d’une plateforme d’échanges conçue pour soutenir les projets les plus ingénieux portés par la communauté locale, afin qu’ils servent à inspirer d’autres projets en Cornouailles. Elle met en rapport les expériences et les projets des uns pour inspirer et encourager les autres à reprendre confiance, en réorientant leur carrière ou en démarrant leur propre activité entrepreneuriale. La plateforme met en rapport les gens dans toute la région afin qu’ils s’inspirent et apprennent mutuellement et construisent des partenariats les uns les autres à travers de nouvelles activités.

  • High Street Huer

Le terme « huer » désigne le pêcheur des hauts fonds dans le patois des Cornouailles. Ici, il s’agit de rendre plus facile l’orientation vers les services de l’emploi aux plus de 50 ans, souvent perdus dans les « hauts fonds informationnels » et le mille-feuille des dispositifs existants … Les « high street huers » sont des pharmaciens, des libraires, des buralistes volontaires et tout commerçant en contact avec de nombreuses personnes toute la semaine. Leur rôle est d’identifier les personnes qui pourraient bénéficier de services d’aide à l’emploi ou de santé, et d’engager le dialogue pour identifier quelles services leur seraient appropriés et utiles. Si la personne a besoin d’en savoir plus, le « high street huer » prend ses coordonnées et la transmet au service concerné pour qu’il vienne à son soutien.

Prototypage des nouveaux services.

A la suite de l’atelier de co-design, l’équipe s’emploie à développer les idées des groupes à partir de « touchpoints« , de « storyboards » et « blueprints » (plans du service). L’idée « High street huer » fait l’objet d’un prototypage rapide, et va mobiliser un libraire, un pharmacien, un coiffeur et un bookmaker (preneur de pari, très populaire en Grande-Bretagne) qui se sont laissés enroler pendant plusieurs semaines.

Chaque « huer » reçoit des instructions, un téléphone mobile et une assistance de l’équipe. Une formation de base aux services disponibles en matière d’emploi leur est fournie.

La première semaine est un succès et permet à l’équipe d’affiner le service pour une nouvelle itération la semaine d’après. Les « huers » sont disposés à poursuivre, avec des retours particulièrement intéressants du côté du libraire. D’après lui, « Le dialogue est très direct. Les gens apprécient de s’exprimer et je sais que lorsque quelqu’un n’est pas à l’aise je peux faire marche arrière. Je comprends le langage du corps. Ma principale réserve, c’est que je ne veux pas paraître intrusif et mettre quelqu’un mal à l’aise. Je ne l’ai pas encore ressenti. Nous avons l’habitude de passer du temps avec les gens ; »

De nombreuses personnes se montrent disposées à faire le pas supplémentaire pour aider des gens dans leur communauté. Le service « High street huer » présente l’intérêt de fournir aux personnes clés des outils pour soutenir les autres plus efficacement.

Crédit photos : Think Public

Les autres projets de DOTT Cornwall :

  • Catégorie Learning project : Design Direction, avec le Royal College of Arts, est un concours pour inciter les étudiants à designer un produit ou un service favorisant l’inclusion sociale ; Eco Design Challenge vise à mobiliser les écoles pour qu’elles réduisent leur empreinte carbone ; New Designers vise à promouvoir le design dans des établissements des Cornouailles ;
  • Catégorie Living project : From Cornwall with Love vise à promouvoir les savoir-faire et les produits des Cornouailles ; Designing communities vise à trouver des façons créatives de régénérer le quartier de Pengegon à Camborne ; The Big Design Challenge vise à mobiliser le design et l’innovation sociale pour trouver de nouvelles solutions aux problèmes de communautés locales ;
  • Catégorie Working project : New Work est un projet visant à co-imaginer les nouveaux emplois avec la communauté locale ; Cornwalls Work 50+ est un projet visant à imaginer de nouvelles solutions au problème de l’emploi des plus de 50 ans ; Cornwall Design Saison est une opération de promotion de l’innovation dans les Cornouailles ;
  • Catégorie Playing project : Serious play est un démonstrateur de parc d’attraction pour enfants, générateur d’électricité ;
  • Catégorie Transports : Share the road est un projet visant à réduire l’utilisation des voitures dans les Cornouailles.