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Nov 25 2010

Territoires en résidences : bilan d’une expérience interrégionale

Billet publié par Stéphane Vincent dans la catégorie
Tags: Design , Territoires en résidences

Avec la fin de l’année 2010 se termine un programme de 24 mois, débuté en janvier 2009 et à partir duquel nous souhaitions tester de nouvelles façons de concevoir des politiques régionales, des dispositifs, des équipements ou des services publics locaux. Dans un livret que nous venons de publier, nous revenons sur les enseignements de ce programme et nous présentons chacune des expériences menées. Il ne s’agit pas à proprement parler d’une évaluation, qui reste à faire dans les mois qui viennent, mais d’une première prise de recul. Une façon aussi de témoigner d’une opération qui a mobilisé plusieurs dizaines de jeunes -et moins jeunes- professionnels, des centaines d’habitants et élus que nous ne remercierons jamais assez, beaucoup d’huile de coude et un enthousiasme de tous les instants !

En voici l’introduction, et le lien depuis lequel télécharger librement ce document.

Les résidences, micro-laboratoires des grandes politiques régionales

Territoires en résidences est le premier grand programme lancé par la 27e Région, en janvier 2009, à l’occasion de l’année européenne de la créativité et de l’innovation. Inspiré des résidences d’artistes – mais aussi du programme Design of the Times mené en Grande-Bretagne, ou encore de l’opération Parcs en résidences lancée par les parcs naturels du Massif central – le programme consiste à immerger sur quelques semaines une équipe interdisciplinaire de designers, sociologues, architectes, innovateurs sociaux, chercheurs, plasticiens, au sein d’un projet local ou d’un équipement public : un lycée, une gare, un quartier, un village, une administration... Conçu comme une alternative aux ingénieries habituelles (études, consulting, évaluation), il s’agit de rencontrer, d’interroger, de provoquer, de partager, de concevoir et d’esquisser des projets et des solutions avec les usagers ou habitants du lieu d’accueil ainsi qu’avec les directions régionales concernées. Les résidences ont pour objectif de repartir des pratiques des utilisateurs pour contribuer à repenser, améliorer et réorienter la mise en oeuvre des politiques régionales.

Vingt-quatre mois plus tard, quels enseignements tirer de cette expérience ? La résidence est-elle un protocole robuste, adapté à une grande diversité de situations ? Peut-elle agir comme un « sonar » des politiques publiques, susceptible d’éclairer des arbitrages méthodologiques, stratégiques et politiques ?

Onze résidences, onze visions différentes

À l’origine, nous avions prévu de conduire une douzaine de résidences sur une grande diversité de thèmes, au cœur des champs de compétences des Régions : lycées, aménagement, transports, etc. Onze auront finalement été conduites. L’objectif de diversité des contextes, des situations et des lieux a globalement été atteint, même si dans l’avenir, nous aimerions aborder d’autres thèmes liés à l’emploi, à la formation professionnelle, au développement économique ou encore à la culture.

Une cinquantaine de projets imaginés ou déclenchés par les résidents

Certaines résidences ont produit une douzaine de projets, et d’autres trois ou quatre. Au total, une cinquantaine de concepts et de projets sont nés au fil des résidences, comme autant de réponses possibles à des préoccupations très diverses, en matière de stratégies post-carbone, de multimodalité dans les transports, de circuits courts, de lutte contre l’isolement médical, de lycée, d’emploi, de citoyenneté, de réseaux sociaux, de modernisation administrative... Pour l’instant, environ un tiers de ces projets ont été concrétisés, même si tel n’était pas le but principal des résidences. Les uns relèvent de micro-réglages à fort effet levier (le « speed-dating lycéen » imaginé à Annecy), d’autres de visions à plus long terme (le concept de « nouveau départ » imaginé avec l’es- pace public numérique de Berthe). Bien entendu, quelques projets peuvent paraître plus anecdoti- ques et d’autres plus prospectifs, certains sont « low tech » et d’autres beaucoup plus sophistiqués, mais tous mettent résolument l’utilisateur au centre, et lui redonnent des capacités d’action. L’ensemble de ces projets présente un potentiel important, un acquis que les Régions peuvent à tout moment réactiver.

La confiance, plus forte que l’innovation

De nombreuses résidences ont permis de mesurer l’écart entre l’ambition régionale et la réalité de terrain, et d’examiner en détail les raisons qui empê- chaient cette vision de se réaliser. En décadrant la réflexion et en cherchant à comprendre les « vrais » problèmes, elles ont montré que bien formuler la question de départ était aussi important que de produire des solutions. Elles ont fourni des réponses méthodologiques aux questions de co-conception et d’orientation utilisateur, en particulier à travers le principe d’immersion, ou celui du prototypage ; elles ont pointé des pré-requis essentiels à l’engagement citoyen dans les lycées ; elles ont proposé des alternatives aux approches techno-centrées et ont souligné la nécessité de considérer plus sérieusement l’expertise-citoyenne, autrement que par le seul prisme de la démocratie participative. Elles ont proposé des approches pour mieux prendre en compte les dimensions sociales et culturelles dans les enjeux environnementaux. Elles ont démontré la primauté des valeurs de confiance et de durabilité, sur celles de l’innovation et de la performance. D’une façon générale, elles ont démontré le très grand potentiel qu’il y aurait à donner une place plus conséquente au design, aux sciences humaines, aux arts, au cœur même des politiques publiques, plutôt que de les maintenir sur un strapontin. Tous ces enseignements ont été documentés minutieusement. Notre objectif pour les prochains mois est de continuer à les présenter aux élus réunis en commissions, au sein des Régions ou à l’Association des Régions de France.

Apprendre ensemble

Nous n’avions pas prévu que les résidences servent aussi fortement de « banc d’essai » pour les résidents designers, sociologues, architectes, entrepreneurs sociaux, plasticiens, etc. Or, qu’ils soient juniors ou seniors, tous les participants ont vécu le protocole de la résidence comme un apprentissage, quelquefois un défi, dans tous les cas une façon de repenser ou de perfectionner leurs pratiques professionnelles, mais aussi de faire l’apprentissage quelquefois difficile de l’interdisciplinarité. Un apprentissage qui a également concerné les agents, fonctionnaires et quelques élus associés aux résidences, qui ont souvent découvert de nouvelles méthodes de travail et expriment aujourd’hui le besoin d’aller plus loin dans l’intégration du design et des sciences humaines dans leurs modes d’intervention.

Une alternative open source aux ingénieries propriétaires

Plus encore que le parti pris de l’immersion et de la co-conception, c’est le fait de documenter et de publier aussi scrupuleusement que possible le processus suivi par la résidence qui la différencie de la plupart des méthodes de consulting classique. Dans celles-ci, les interventions sont des boîtes noires : nul ne sait vraiment comment s’est passée la mission. Les aléas rencontrés et les errements ne font pas vraiment partie des enseignements, ce sont même des erreurs qu’il convient d’escamoter. Dans la résidence, c’est l’ensemble du récit qui est impor- tant, pas simplement les solutions décrites à la fin. De plus, les enseignements du consulting classique ne profitent souvent qu’au commanditaire principal et restent la propriété de leur auteur. Au contraire, les enseignements de chaque résidence sont ouverts à qui veut s’en saisir et l’ensemble des résidences forme un bien commun que chacun peut ré-utiliser, comparer, approfondir, etc. Le jour où les Régions (et les acteurs publics en général) auront produit, soutenu ou accompagné un portefeuille de plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines d’expériences documentées comme les résidences, elles disposeront d’un bien commun considérable, un laboratoire collectif capable de les orienter dans leurs décisions.

Une logistique financière à revoir

Tout projet à son revers et Territoires en résidences n’échappe pas à la règle : tout ne s’est pas bien passé. Deux résidences ont pu faire l’objet d’incom- préhension entre nos interlocuteurs et nous. Certains établissements s’attendaient à des projets plus spectaculaires, ou à plus court terme. Par ailleurs, nous avons sous-estimé les flux financiers que pouvait représenter la tenue simultanée de plusieurs résidences et mis en difficulté tant la structure qui nous accueille qu’un grand nombre de résidents, mis à mal par les retards de paiement. À l’avenir, si nos parte- naires et nous-mêmes souhaitons poursuivre cette démarche, il faudra imaginer un cadre partenarial plus adapté structurellement et financièrement.

Et maintenant que faire ?

Le modèle fait des émules, et un nombre croissant de collectivités et d’acteurs locaux envisagent de réaliser des résidences. Mais comment les faire évoluer ? Faut-il poursuivre et si oui, comment ? Quels sont les manques et comment les combler ? Plusieurs scénarios peuvent être examinés, au moins de façon virtuelle :

> Et si l’on produisait 50, 70, 100 résidences ? On en est encore loin, mais si ce format devait se développer massivement, il pourrait incarner un nouveau mode opératoire pour les Régions et pour tous les acteurs d’un territoire. François Jégou, directeur scientifique de Territoires en résidences, propose d’envisager les résidences comme une forme « d’acupuncture territoriale », un ensemble organisé d’interventions ciblées, prenant le terri- toire comme un ensemble de méridiens, et de considérer les dynamiques locales comme autant d’énergies à libérer, stimuler, orienter.

> Et si l’on menait à leur terme les projets issus des résidences ? Un grand nombre de concepts issus des résidences n’ont aucune chance d’être concrétisés dans les délais imposés. Nous envisageons donc de proposer à plusieurs Régions de se réunir autour de la production de prototypes, à partir des projets les plus prometteurs.

> Et si l’on pouvait faire des résidences sans la 27e Région ? En effet, nous voulons voir si le protocole peut s’émanciper et si l’ensemble du travail de coordination et de logistique propre à une résidence peut être pris en charge par d’autres organismes.

Nous travaillons dans ces trois directions. Pour la période 2011-2013, nous proposerons prochainement un nouveau programme basé sur une nouvelle génération de résidences, sur un cycle de formation-action d’agents régionaux, et sur la création de laboratoires d’innovation au sein même des Régions.


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