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Jun 27 2011

Peut-on encore innover au sein des politiques communautaires ?

Billet publié par Stéphane Vincent dans la catégorie
Tags: Europe , Innovation

Nous étions conviés du 8 au 10 juin dernier par la Datar à un colloque consacré à la politique de l’Union européenne en matière de développement durable. D’abord au titre de bénéficiaire ; en effet les programmes de la 27e Région sont soutenus depuis 2009 par le dispositif national d’assistance technique Europ’Act.

Mais nous l’étions aussi pour notre travail sur l’innovation publique, et à ce titre, il nous était demandé de produire en clôture du séminaire une sorte de rapport d’étonnement et de suggérer des pistes d’innovation pour l’après 2013. Etant de parfaits néophytes en matière de politique de cohésion communautaire, il nous était facile de jouer aux candides...

Tiré de la galerie "Know the world you live in"

Difficile de résumer ici les enjeux communautaires en matière de développement durable. Disons simplement qu’atteindre la "croissance durable", comme l’ambitionne la stratégie Europe 2020, reste un objectif flou, difficile à concrétiser dans la réalité. A politique constante, la performance énergétique atteindra au mieux 10%, alors qu’il faudrait atteindre 20%. Dans le même temps, seul 22% des crédits consacrés au développement durable au sein du Feder (Fonds européen de développement régional) ont été consommés dans la période 2007-2013. Et à peine les projets soutenus durant cette période sont-ils mis en oeuvre, qu’il faut déjà préparer la période 2014-2020... la question de l’utilisation efficace des crédits communautaires est donc une fois de plus posée.

Que pouvions nous dire de plus ? Pas grand chose, si ce n’est repartir des pratiques que nous avions nous-même vécu, et tenter de décadrer un peu le sujet avec quelques propositions spontanées et un peu en vrac...

Sortir de l’idéologie des indicateurs de performance

L’expression était sur toutes les lèvres durant l’événement : chacun est à la quête d’une plus grande transversalité, seule façon de traiter les questions de développement durable (ou plutôt "soutenable") dans toute leur complexité économique, environnementale, sociale mais aussi culturelle. Et c’est bien normal... Sans mettre la transversalité et la coopération au centre, aucune chance que se diffusent des avancées aussi essentielles que gourmandes en coopération, que, par exemple, la culture open source, les smart grids, les réseaux sociaux ou les grandes coopérations interrégionales comme l’ont été les parcs naturels.

Mais agir de façon transversale, c’est se donner la possibilité de changer de regard et rechercher l’alterité. Or c’est la qualité du dialogue qui produit cette altérité, et non l’accumulation de critères et d’indicateurs de performance à laquelle sont en train de se livrer les institutions communautaires : performance sociale et environnementale, traçabilité des investissements humains, mesure d’impact social... Lorsqu’elle devient idéologique, la mise en tableau de bord du développement durable se transforme en fiction : plus personne n’y croit vraiment.

D’ailleurs, les institutions n’ayant pas vraiment confiance dans les critères qu’elles ont elles-mêmes créé, elles tendent à déporter cette défiance sur les projets et les structures bénéficiaires... Combien de projets remplissent officiellement les critères sans jamais les respecter ? Lorsque au bout du compte, porteurs de projets comme services instructeurs en sont réduits à produire des stratégies de contournement, c’est qu’il y a un problème...

Remettre l’éthique au coeur de la mesure

Centrer toute l’instruction des projets sur la performance, c’est aussi prendre le risque de négliger les questions d’éthique et de valeurs, jusqu’au simple bon sens. A titre d’exemple : Entre deux projets d’éco-quartiers à soutenir, comment distinguer celui qui a été réellement conçu avec la communauté locale et promeut la mixité sociale, et celui qui répond essentiellement à une logique de spéculation immobilière et de privatisation de l’espace public sous la pression de grands opérateurs ? Il est essentiel que l’évaluation des projets permette de clarifier les valeurs réelles portées par les projets.

Cette question est importante, car c’est probablement l’éthique qui peut nous aider le mieux à articuler véritablement les dimensions écologiques, sociales, économiques mais aussi culturelles qui fondent le développement soutenable...

Passer de la culture du projet à la culture de la coopération

Les enjeux du développement durable appellent donc une culture du dialogue, de confiance réciproque, des changements de regards. C’est la qualité du dialogue qui fait évoluer le projet autant qu’il fait évoluer les institutions. Bien sûr, les fraudes existent comme partout, mais dans des proportions si faibles qu’organiser le système autour de ce risque est coûteux et totalement contre-productif... Mieux vaut tripler le temps consenti à l’échange réel et au dialogue, ce sera plus efficace !

En réalité, les institutions appellent de leurs voeux cette coopération, mais dans les faits, ils privilégient les garanties classiques apportées par la qualité intrinsèque du projet : les garanties offertes par ses promoteurs, l’atteinte d’objectifs fixés à l’avance, la supposée viabilité du projet, etc.

Et si l’Europe privilégiait la qualité de la coopération entre projets à celle du projet lui-même ? Aujourd’hui, c’est le fait qu’un projet entreprenne des coopérations inédites et audacieuses, par exemple avec d’autres disciplines, d’autres régions, ou avec des secteurs très différents, qui garantie la qualité du projet qui en sortira.

Les bons projets sont les projets documentés

Dans les couloirs du séminaire, tous le disent : "Les bonnes pratiques, ça suffit ! ". Ce qui est intéressant dans le projet de BedZED à Londres ou de Fribourg, qualifiée de première écoville allemande, c’est de savoir comment ces projets ont du franchir des difficultés avant de d’être des réussites -ou même de connaître la part d’échec qui demeure forcément en eux.

En réalité, les bons projets sont les projets documentés, ceux qui prennent le soin de consigner de façon continue, à la façon d’un script au cinéma, le déroulement presque quotidien du projet, des méthodes mises en oeuvre et des errements rencontrés, des échecs que tout bon projet doit normalement rencontrer, pour contribuer faire avancer toute la communauté. Pour l’instant, chacun est plutôt dans un exercice d’auto-satisfaction ou de communication publique, auquel plus grand monde ne croit...

Il est même possible qu’il y ait, dans cette façon de donner une réflexivité au projet, une vision alternative à l’évaluation classique, qui divise les acteurs plus qu’elle ne les rassemble...

Charlotte Rautureau, la 27e Région, interviewée durant les conférences :

2 commentaires

  1. Le 28 juin 2011 à 20h11 par anonyme (84.97.223.49)

    » Peut-on encore innover au sein des politiques communautaires ?

    @Vergnes : j’ai un point de vue un peu radical sur l’évaluation. Après 30 ans d’évaluation de politiques (et dans ma petite expérience, pas mal d’évaluations de part et d’autres de la machine administrative), j’ai fini par me dire que les gens étaient assez grand pour évaluer eux-même leur projet, pour peu qu’on leur fasse confiance et que des règles élémentaires existent. Quant à la formation, je me demande si ça n’est pas d’un apprentissage mutuel dont évaluateur et évalué auraient besoin...

  2. Le 28 juin 2011 à 14h34 par VERGNES

    » Peut-on encore innover au sein des politiques communautaires ?

    Un bon projet est un projet documenté certes mais aussi un projet qui sera suivi et évalué et dont les acteurs auront suivi une sensibilisation ou une formation dont les niveaux seront liés à ceux des responsabilités exercées dans le cadre de ce projet.

    Sur ce thème vous pouvez consulter le Colloque UNESCO (6/2011)(mots clefs pour internet : Colloque,Unesco, Fracture) ainsi que le rapport final qui sera diffusé en septembre 2011 pour la 1ere partie et en Septembre 2012 pour la 2e partie


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