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Jun 7 2010

Malmö : Reconquérir ce que la vie urbaine a confisqué

Billet publié par Hubert Guillaud dans la catégorie

En visite à Malmö, nous rencontrons Lars qui s’occupe du Rambus Cafe, un café associatif dans le quartier populaire d’Augustenborg. Le personnage est emblématique : jovial sous sa barbe fournie, bavard et bonimenteur en diable, passant aussi bien de l’anglais au français, il conquiert très vite son auditoire ajoutant au charme d’un lieu simple et chaleureux. Il nous raconte l’histoire de son quartier... D’un quartier de petits immeubles de 3 à 4 étages partagés entre une population suédoise vieillissante et une population fraichement immigrée d’Inde, de Somalie, d’Iran, d’Afghanistan... Les petites somaliennes, nées à Malmö, ont commencé à poser des questions sur le quartier à leurs parents. Mais ceux-ci, comme elles, n’en connaissaient pas l’histoire. "N’est-il pas étrange que les enfants et les vieillards qui vivent ici ne connaissent pas la culture de l’autre ?" C’est ainsi qu’est née l’idée de se faire rencontrer les vieux autochtones et les enfants d’immigrés. Depuis longtemps la relation était tendue entre les deux populations, qui, bien que se croisant chaque jour, ne se parlaient pas. Les vieux Suédois se contentaient de réprimander les enfants à tout instant et ces derniers les envoyaient légitimement promener... Alors la première année de création du café, Lars organise une grande rencontre dans le but de répondre aux questions des enfants. Comme toujours avec les enfants, les questions étaient simples et directes. Enfants et seniors se sont vite rendu compte qu’ils étaient beaucoup plus proches qu’ils ne le pensaient. Comme les familles qu’ils critiquaient, eux aussi étaient nés dans des familles qui comptaient beaucoup d’enfants. C’est ainsi qu’on a pu commencer à parler des problèmes d’un des quartiers les plus défavorisés de la Suède. C’est ainsi qu’on a développé la connaissance mutuelle, qu’on a réduit la violence. Tant et si bien qu’aujourd’hui, la presse nationale parle plus du programme des jardins partagés que de la violence. Quand ils ont appris que tout le quartier était avant le faubourg maraicher de Malmö, les enfants ont demandé à faire des jardins et à élever des poulets. Comme avant.

Il y a un an, il y avait une friche d’herbe devant le café. Un espace qui servait surtout à recueillir les merdes de chien. C’est là que les enfants ont commencé à faire pousser des choses. "Le jardin lui-même est un outil pour faire pousser des choses ensemble. Elles servent à faire se rencontrer les gens." D’un coup, ce quartier de Malmö est aussi devenu un bout d’Iran... Car là-bas aussi les jardins sont au pied des maisons. "Tout à commencé avec quelques tomates et désormais c’est tout le quartier qui a changé."

Quand il parle de son travail Lars rigole à nouveau. Il explique qu’il travaille sur les difficultés. Qu’il a longtemps travaillé avec les sans-abris et que maintenant il fait se rencontrer les gens.

"Pour faire quelque chose de bien, il faut du temps. Parfois, souvent, il faut attendre. Il ne faut pas chercher à être productif, à faire produire le plus de dessins possible par les enfants. Non. Il faut attendre. Parler. Essayer. Comprendre ce que les gens veulent faire. Lentement. Personne ne doit être forcé à faire quelque chose ici. C’est en tout cas la façon dont nous travaillons ici", explique-t-il en désignant la petite équipe multiculturelle qui l’accompagne.

Quand on a commencé, personne ne pensait qu’on réussirait à faire pousser des légumes ici. 27 jardins ont été ouverts depuis l’année dernière. Aucun n’a été abimé, constate, bonhomme, Lars. Tout le monde est venu travailler au jardin. Les gens nous disent que le quartier est plus calme depuis. Les enfants sont devenus fiers de leur quartier, fiers de faire des choses. Chaque plante est celle de quelqu’un, et comme chacun y a la sienne, chacun respecte celle des autres.

Le café accueille surtout des enfants de 6 à 12 ans. Les parents aussi. Les personnes âgées du quartier maintenant. Le lieu est ouvert l’après-midi et surtout après l’école. "Certains soirs on projette des films. Parfois on est ouvert le samedi. On fait des ateliers pâtisserie où enfants et personnes âgées mêlent leurs savoirs-faire."

Lars ressemble à ces personnalités qu’on trouve dans bien des maisons de quartier de France comme de Suède. Rien de plus. Rien de moins. Le sourire aux lèvres. L’anecdote la plus savoureuse, il la garde pour la fin en nous amenant jusqu’au petit square qui jouxte le Rambus Cafe. L’association vient de passer une convention avec la ville pour que les habitants s’occupent eux-mêmes du parc. Ils vont y planter des légumes, y créer des "arbres à fraises" dit-il en désignant une colonne de terre plantée de pousses de fraisiers. Imaginez un square dans votre ville géré par les habitants. Vraiment ! Sans que les services de la ville viennent tondre, fleurir, élaguer, planter... A Augustenborg ce sont les habitants qui commencent à s’occuper des parcs. Un jour, ce ne sera peut-être plus l’affaire des services de la ville, mais le bien commun partagé des habitants qui y vivent.

6 commentaires

  1. Le 19 mai 2011 à 14h55 par dubfr

    » Malmö : Reconquérir ce que la vie urbaine a confisqué

    Article intéressant avec beaucoup de bonnes idées et de réflexions...Merci

    kiloporno

  2. Le 16 juin 2010 à 17h38 par Hubert Guillaud

    » Malmö : Reconquérir ce que la vie urbaine a confisqué

    @Jean : si ce n’est que la vie urbaine ne créé pas toujours de la proximité. Elle nous confisque bien souvent des relations, l’espace même du vivre ensemble qui devient un espace public géré par une autorité publique et non par le groupe qui le traverse ou l’utilise...

  3. Le 14 juin 2010 à 15h58 par jean schneider

    » Malmö : Reconquérir ce que la vie urbaine a confisqué

    L’expérience vaut ce qu’elle vaut : on aura toujours eu des médiateurs dans l’histoire. Que ce soit à Malmö ou dans tel ou tel centre social, certains d’entre nous ont cette capacité à faire circuler la parole par le partage des gestes quotidiens.

    Je regrette par contre le titre, tellement maladroit : c’est donner une image de la vie urbaine terriblement négative que de l’associer ainsi à la perte du lien social. Car où, sinon précisément dans la ville, dans sa capacité à mettre ensemble, dans une proximité spatiale et un espace à partager, pourrait-on proposer une telle expérience. Qui, sinon la ville, offre un potentiel de construction de l’être soi, libéré de nombre de pesanteurs et de regards.

  4. Le 12 juin 2010 à 23h03 par anonyme (161.74.11.24)

    » Malmö : Reconquérir ce que la vie urbaine a confisqué

    Oui j’avoue que c’est plutôt grandiose !

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  5. Le 8 juin 2010 à 15h37 par Ben-Oït

    » Malmö : Reconquérir ce que la vie urbaine a confisqué

    Franchir le mur de la peur de l’autre, être dans l’interculturel et pas dans le communautarisme ou le multiculturalisme demande peu d’énergie : seulement de l’imagination, de la persévérance, de l’astuce. Il y faut aussi de l’estime de l’autre et de l’estime de soi. Nous sommes dans "l’année de l’Interculturel" nous rappelle JMG Le Clezio.

  6. Le 7 juin 2010 à 23h52 par Alexis

    » Malmö : Reconquérir ce que la vie urbaine a confisqué

    Grandiose !


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