L’innovation : de la société civile au politique, en passant par la périphérie
Billet publié par Anne Daubrée dans la catégorieTags: Créativité , Innovation , Politique publique
« Beaucoup d’initiatives naissent dans la société civile, comme l’émergence de circuits alimentaires courts, avant d’être reconnues par les pouvoirs publics », remarque Philippe Aigrain, spécialiste du débat public et des technologies de l’information. Mais comment faire pour que les politiques publiques s’ imprègnent de ces innovations ? Repenser les structures des organismes publics ? « Il est peut être plus facile de passer par la périphérie »… réfléchit Philippe Aigrain, que j’ai rencontré le 19/02, pour préparer le prochain du comité d’orientation de la 27e région, dont il est membre.
De fait, Philippe Aigrain identifie plusieurs points de blocage, dans la prise en compte de ces initiatives venues de la société civile, et leur intégration dans les politiques publiques.
les institutions sont mal outillées pour intégrer ces idées nouvelles, ainsi que leurs porteurs, dans les politiques publiques. Dans les régions, par exemple, la démocratie participative est soutenue au titre du soutien au tissu associatif, mais « cette problématique n’est pas intégrée dans le processus même des politiques publiques, qu’il s’agisse de transport ou d’urbanisme, par exemple » note-t-il.
A ce point de blocage spécifique, s’ajoutent les maux traditionnels des institutions, qui l’empêchent d’innover, comme la distribution politique des responsabilités, qui donne lieu à des stratégies de « pré carré », de la part de chaque vice-président, mais également la tension entre le responsable politique et l’administration, qui, pour de bonnes mais aussi de mauvaises raisons, freine souvent les projets.
Autre point, la structuration même de l’administration, avec ses règles rigides de fonctionnement, (qui est autorisé à parler ? ), et sa frilosité vis à vis des technologies de l’information. Il faudrait notamment remplacer le « devoir de réserve », par un « devoir de participation », comme le préconisait le rapport « Vers une société de la connaissance ouverte » commandé par Ségolène Royal.
Alors, comment faire ? Structurer un dispositif complet qui permette aux structures publiques d’être innovantes « c’est lourd, et c’est difficile à traduire dans les faits » admet Philippe Aigrain. Alors, mieux, vaut, en effet, « faire bouger les choses à partir de la périphérie ».
Territoires en résidence : oui, et …
Dans ce cadre, la formule Territoires en résidence est une voie tout à fait porteuse, juge Philippe Aigrain, qui ne pouvant être présent au prochain comité d’orientation, livre ses conseils, pour développer au mieux le projet. Il attire l’attention de la 27e région sur plusieurs points. « Il faut faire attention à ne pas faire des « coups », qui mobilisent sur le moment, mais n’impliquent pas durablement les citoyens » prévient-il. L’exemple inverse, c’est lepanel « atelier citoyen », mis en place par la région Rhône-Alpes, et qui implique plusieurs milliers personnes, sur des sujets différents, et sur la durée. Autre mise en garde : s’il est pertinent de répondre aux besoins exprimés par les régions, sur des problèmes auxquelles elles sont confrontées, il faut également conserver « la capacité de mettre sur la table des sujets qu’elles n’ont pas encore identifié ». Autre réserve, le design. Si l’intermédiation du visuel, pour représenter les enjeux ou les situations, représente un « très bon outil », attention au risque de « définir des formats qui éloignent les designer de l’usager . Il faut que les représentations restent basiques, à portée d’appropriation de tous. Et le numérique permet de réduire cette distance ». Bref, il faut une faire une co-construction de la représentation, en demandant aux personnes concernées de se représenter elles mêmes. A cet égard, des compétences venues des résidences d’artistes peuvent se révéler utiles.
2 commentaires
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Le 28 mars 2009 à 10h02
par Alexis Mons
(site : http://www.groupereflect.net/blog/au (...))
» L’innovation : de la société civile au politique, en passant par la périphérie
Il me semble que tout est dis, non ? d’ailleurs ces diagnostics sont connus depuis longtemps maintenant. Que nous disent-ils ? qu’une bonne partie du problème est dans la gouvernance, plus encore dans la manière de concevoir l’exercice du pouvoir politique. Cela dit, le problème n’est pas tout à fait là. J’ai le sentiment que les visions sont à courte vue et que, de fait, elles génèrent du projet, là où elles devraient générer des terreaux de développement. En se fixant des objectifs à cour/moyen terme et, du coup, en se préoccupant de le faire, plutôt que de créer les conditions d’émergence des réponses et des solutions, les politiques ne créent pas de terreau et anesthésient toute velléité d’innovation. Comme je te l’ai déjà dis, Stéphane, je trouve que les politiques devraient transformer leurs conviction en vision et en critères de développements, plutôt que d’investir trop largement un costume tacticien. À l’ère de la collaboration en réseau, il faut que quelqu’un donne une direction, des buts et du sens, mais ce n’est pas à lui de trouver les bonnes idées pour le faire, c’est au terrain. Oui, ça prend plus de temps, mais c’est plus fertile en terme de développement écosystémique. Et plus on attend, en restant dans une position non-stimulatrice des initiatives et des entreprises (au sens premier du terme), plus le terrain s’appauvrit et plus on est en vient à dire qu’il n’est plus capable de se mobiliser. En fin de compte, il y a beaucoup de défiance dans les initiatives en général, avec l’idée qu’elles sont nuisibles à l’exercice du pouvoir. L’organisation en réseau du territoire, ça reste une vue de l’esprit.
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Le 27 mars 2009 à 20h33
par Hugobiwan
(site : http://sldirect.blogspot.com)
» L’innovation : de la société civile au politique, en passant par la périphérie
Excellent article.Etant dans l’innovation entre l’administration, la société civile, et le politique, je suis ravi de voir tout cela si clairement exprimé. Merci :)









