L’architecture de demain, c’est à la campagne que ça se passe !
Billet publié par Romain Thévenet dans la catégorieTags: Architecture , Créativité , social
L’école d’architecture de Saint-Etienne organisait les 27 et 28 octobre, la troisième et dernière édition d’un cycle de conférences consacrées à l’architecture et l’urbanisme rural. Ce colloque était intitulé "nouveau cycle de vie des territoires", mais derrière ce titre un peu tordu, se cachait une superbe programmation de praticiens qui inventent de nouvelles façons de construire ensemble l’habitat rural. Voici un petit retour, pour nourrir notre projet autour des "villages du futur" avec la Région Bourgogne.
Transformer le territoire
Dans l’atelier « Quel devenir pour les tissus pavillonnaires aux frontières du monde urbain et du monde rural ? » encadré par l’école d’architecture de Nancy, Baptiste Sanson, ingénieur agronome, est venu nous présenté la Bergerie de Villarceaux, un domaine de 600ha situé à 30 km de Paris, entièrement dédié à l’expérimentation en agriculture écologique. Ce lieu de recherche s’est engagé dans les années 80, grâce au soutien de la Fondation pour le Progrès de l’Homme, dans la transformation de la monoculture vers une culture diversifiée en imaginant différentes formes de transition et en réalisant ainsi un prototype de gestion durable des territoires ruraux. Les relations entre agriculture et modes d’habiter sont fortes et Baptiste explique comment la plantation d’arbres sur la parcelle, la création de chemins qui permettent la balade, peuvent transformer le rapport des habitants qu’entretiennent au paysage et constituer un frein naturel à la périurbanisation croissante. La ferme profite aussi du public que constituent les habitants des zones pavillonnaires voisines, est un lieu de sensibilisation et d’accueil du public et permet d’imaginer l’avenir d’une agriculture plus écologique à grande échelle.
Apprendre à concevoir en construisant

Le Rural studio est une université d’architecture américaine, située dans le fond de l’Alabama, et destinée à enseigner différemment l’architecture aux étudiants. Depuis 1994, le principe de sa pédagogie est d’apprendre en construisant.
Les problèmes de logement étant criants dans cette zone rurale des Etats Unis, les étudiants, en groupes, dessinent et bâtissent des maisons pour des "clients", habitants précaires du territoire.
Les occasions de construire des maisons ne manquent pas et les contraintes deviennent évidentes : maisons à très faible coup, construites à partir de matériaux récupérés, ne consommant pratiquement aucune énergie pour le chauffage.
Lors des deux dernières années de leur cursus, ils conçoivent et construisent des maisons aussi belles que peuvent l’être des projets d’architectes, tout en expérimentant des nouveaux matériaux (pare-brises récupérés, déchets de cartons, dalles de moquette recyclées), et en apportant des solutions concrètes et viables.
Ainsi s’inventent de nouvelles façons de construire et d’habiter, qui n’auraient pu avoir lieu ailleurs. Comme le concède Rusty Smith, "là-bas, personne ne nous voit et nous surveille, on a de la place et la liberté pour expérimenter et produire de véritables solutions durables pour les personnes que nous accompagnons."
Construire ensemble
La grande rencontre de ce colloque a été avec Nicolas Taillandier, directeur du pays Combraille en Marche, situé dans la Creuse. La réflexion du comité de développement a démarré par la création d’une université rurale, pour sensibiliser les habitants du territoire aux questions de l’habitat. Nicolas est très critique envers le métier d’architecte, et la relation que les collectivités entretiennent avec lui : Très loin de la participation et des enjeux d’usages, les architectes et aménageurs ont trop tendance à proposer des réponses toutes faites, bétonnant la campagne sans réelle réflexion sur ce que cela implique d’un point de vue plus global. A leur décharge, les cadres réglementaires et les appels d’offres ne sont pas adaptés et les élus locaux très peu formés à ces questions.

L’objectif de l’université était de "créer des lieux, des supports, des outils décalés, pour que les acteurs se posent des questions qu’ils ne se posent jamais d’habitude". Différentes actions ont été menées dans le cadre de ces universités :
- des conférences/Ateliers/promenades pour sensibiliser les acteurs locaux à l’architecture
- des guides architecturaux à destination des habitants pour expliquer comment rénover sa maison
- Un appel à idées et une exposition itinérante pour la construction de maisons innovantes
- des stages-découverte à l’auto-construction (récupération de l’eau, matériaux renouvelables, murs en pierre sèche…)
- des ateliers d’architecture en partenariat avec l’école d’architecture de Clermont-Ferrand (workshop et immersions par des étudiants)
- Des parcours pour comprendre le lien entre les habitants et leur habitat : 2 sont partis avec leurs sacs à dos, et en auto-stop pour arpenter le territoire à la rencontre des habitants.
- Un voyage à la rencontre des artisans (deux urbanistes (collectif Alpage) se baladent sur le pays en mobylette à la rencontre de ceux qui font les bâtiments)
Finalement, ils ont décidé de mettre en œuvrel’ALUR (Atelier local d’urbanisme rural) pour lancer ces nouveaux formats de participation et de co-constrution. L’invitation aux ateliers parle d’elle-même : il s’agit d’un sachet de thé, délivré comme une médecine douce et dont les ingrédients sont l’innovation, le changement, la convivialité, le développement durable et les partenariats. "Zone neutre", dans laquelle on peut rêver, réfléchir, construire…
L’ALUR est un petit cousin de la 27e Région, qui invente à l’échelle locale de nouvelles façons de mettre en œuvre l’action publique sur les problématiques de l’habitat rural.
1 commentaire
-
Le 8 novembre 2011 à 11h03
par jp Jambes
» L’architecture de demain, c’est à la campagne que ça se passe !
Super article. Comme beaucoup l’affirment, on peut donc innover dans les campagnes. On est pas mal à le dire sur les innovations services très haut débit... ici par exemple. http://numericuss.com/2011/06/17/la...
On devrait monter un campus innovations rurales !









