Comment changer le système ?
Billet publié par Stéphane Vincent dans la catégorieTag : Innovation
Pourquoi est-il si difficile de changer le système, alors que les réponses nous semblent quelquefois tellement évidentes ? Pierre Calame, délégué général de la Fondation Léopold Mayer, y réfléchit depuis longtemps. Il intervenait cet après-midi sur ce sujet (entre autres) lors de la Journées des Pactes Locaux à Poitiers*. "J’ai mis au moins 20 ans à formuler un début de réponse...", dit-il. "Cela fait également des années qu’on parle d’une stratégie de co-production du bien public, rappelle t-il. Mais on n’a presque pas avancé. L’économie sociale et solidaire, par exemple, ne reste qu’une force supplétive de l’économie traditionnelle".

Pour Pierre Calame, on évoque souvent abusivement les résistances partisanes et la force des lobbyings. En réalité, la première raison est bien évidemment que le changement systémique met en cause le système de pensée en vigueur, la façon dont on regarde le monde, les institutions. Suffit-il, par exemple, de combattre les handicaps pour sortir les gens de l’exclusion ? doit-on enfermer les gens dans des solutions pré-formatées, simplement parce que le système en "silos" n’est pas en mesure de répondre à des problèmes nécessairement plus complexes ? Ce qui effraie, c’est que le changement doit intervenir à plusieurs échelles à la fois. Pierre Calame en comptabilise 3, qu’il organise autour de "losanges".
Le losange des acteurs
Il faut à la fois des innovateurs, des théoriciens, des généralisateurs, et des régulateurs ; Les innovateurs sont ceux qui trouvent que le monde ne va pas bien et proposent des actes et des solutions ; mais les innovateurs agissent souvent de façon isolée, et ils continuent à fonctionner dans le modèle dominant. Il nous faut donc également des théoriciens qui s’attachent à proposer un autre système de pensée. "On ne peut pas combattre un système de pensée à mains nues, il faut des théories cohérentes, capables notamment d’opposer une alternative aux supposées sciences économiques qui nous ont amenées au désastre". Les généralisateurs sont ceux qui -tels les médias- assurent le changement d’échelle, "qui font passer le prototype à la grande série". Les régulateurs, enfin, sont ceux qui installent et font évoluer les règles du jeu.
Le losange des échelles
Le changement doit intervenir simultanément au niveau local, national, européen, mondial.
Le losange des étapes
Prise de conscience, vision partagée, alliances et premiers pas. Que faut-il pour qu’une société se mette en mouvement ? la prise de conscience qu’il faut changer est essentielle, mais à elle seule, elle crée de l’impuissance et le risque d’un discours catastrophiste. Il faut également une vision partagée, ce qui fait souvent défaut. Il faut ensuite des alliés, passer des alliances et construire des réseaux, si l’on souhaite vraiment porter ces enjeux au niveau du pouvoir. Il faut enfin définir des premier pas, transformer une première étape.
Changer le système, ou le hacker ?
L’analyse est convaincante. On peut toutefois se demander si le jeu des alliances suffit pour remporter la partie. Pour changer le système, il faut de plus en plus le violer, au sens où l’entend le hacker. Plus généralement, la culture introduite par l’open source et le "libre" ne traverse pas totalement cette analyse. Pour autant, on rejoint facilement l’analyse de Pierre Calame sur l’aspect multi-échelle du changement, et sur cet écosystème entre pratique et théorie, prototype et "grande série".
*Le Collectif national des Pactes Locaux est né en 1996 de la volonté de mise en réseau et de production d’une intelligence collective, à partir d’une cinquantaine expériences locales. Elle est soutenue par La Fondation Léopold Mayer.
On retrouvera en ligne l’intégrale d’une intervention de Pierre Calame en juin dernier.
5 commentaires
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Le 6 décembre 2011 à 00h14
par rafu
» Comment changer le système ?
changer le système sonne comme un rève inacèssible, a l’époque de l’argent roi et de la course contre le temps, la religion y perd sa place de garde fou... Il nous faut réinventé des repaires ! On pourrai commencer par formuler quelques idées. Pour moi il faudrait un groupe de 10 jeunes élu par les citoyens et demeurant aux sein du gouvernement histoire d’amener des idées fraiches.
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Le 1er août 2010 à 17h40
par nigla
» Comment changer le système ?
Bonjour,
Une alternative économique est aujourd’hui diffusé par un bras de communication appelé mouvement zeitgeist(mais peu importe le nom, c’est le fond qui compte). Cette nouvelle économie s’appelle "l’économie basée sur les ressources" qui a été inventé par le projet Venus. Je vous invite à vous renseigner sur les raisons pour lesquelles notre économie monétaire est à bout de souffle et se retrouve complètement dépassé par nos capacités actuelles. La monnaie était utile lorsque nous vivions dans un environnement ou il y avait la pénurie et la rareté afin de réguler les stocks, aujourd’hui nous créons volontairement la rareté (artificiellement) pour engendrer le profit. Il est tant de mettre à jour notre économie avec nos connaissances actuelles sinon nous risquons de mal finir.
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Le 22 mars 2010 à 11h14
par julien
» Comment changer le système ?
Cela fait des années que l’on parle de changement... La france n’a rien fait, l’Europe n’a rien fait. Quand les choses vont elle changer ? Je rejoins l’idée de franckie, cela risque d’arriver par le bas, genre un bicentenaire de mai 68... casino mac
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Le 9 décembre 2009 à 16h13
par Francky
» Comment changer le système ?
théorie, théorie ... au rythme ou les choses bougent ... on se dit que le changement risque d’arriver par le bas ... ce qui n’est jamais bon pour personne à mon avis. Merci en tout cas pour cette analyse rachat de crédit
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Le 3 décembre 2009 à 19h35
par Bruno Racine
» Comment changer le système ?
L’analyse de Pierre Calame est riche d’idées nouvelles, qu’il faut aussi réaliser par l’épreuve de la pratique, du « passage du prototype à la grande série » et du changement de la régulation. L’alliance des innovateurs, des théoriciens, des généralisateurs (tels les médias, mais aussi les porteurs d’ingénierie du changement), et des régulateurs (dont de nombreux acteurs politiques, porteurs de progrès) est indispensable. Les Pactes Locaux (qui ont mobilisé en France par une démarche territoriale itinérante « du local à l’Europe » visant la participation démocratique et l’ancrage territorial pour la réussite des 4émes Rencontres Intercontinentales de l’économie solidaire, Lux’09, au Luxembourg) font partie des innovateurs. La FPH que dirige Pierre Calame leur apporte des moyens.
Il faut aussi pour ce changement la mobilisation et les perspectives d’une politique et d’une ingénierie. A cet égard la politique européenne de cohésion territoriale et de gouvernance à différentes échelles - qui ont été au cœur des débats de cette journée des Pactes Locaux et des contributions de ces derniers au livre vert de la Commission Européenne sur la cohésion territoriale « faire de la diversité territoriale un atout », et du livre blanc du Comité des Régions sur la gouvernance à multiniveaux - est un vecteur important qui peut favoriser l’alliance des généralisateurs et des régulateurs aux innovateurs et aux théoriciens. C’est ce que le chantier « gouvernance et cohésion territoriale » engagé le 1er décembre visera à promouvoir. Merci à ceux qui sont intéressés par ce chantier de prendre contact.
Bruno Racine – Membre des Pactes Locaux – initiateur du chantier « gouvernance et cohésion territoriale ». brunoracine@free.fr









