A la recherche des Régions Ingénieuses (2/2)
Billet publié par Stéphane Vincent dans la catégorie 27e RégionTag : prospective
Suite du billet consacré au Off du Congrès des Régions, journée créative organisée cette année à Tours sur le thème des Régions Ingénieuses. Nous revenons ici sur les projets produits par les participants au terme de la journée.
Groupe 1 : Quels modes d’intervention ingénieux pour les Régions ?
Pitch de départ "La Région Ingénieuse est à l’étroit dans le système des subventions et des appels à projets. Elle a enrichi ces modes d’intervention et en a inventé d’autres, qui valorisent davantage la coopération, la "fertilisation croisée", la sérendipité, la capitalisation et le passage à l’échelle. Elle considère toute intervention dans un écosystème plus vaste, et pratique une forme d’acupuncture territoriale..."
Participants : Jean-Pierre Tolochart, Région Centre, Vincent Jannot (Relier), Eric Molière (Plein Sens), Claire Huberson (Le Hub), Didier Bardy/Catherine Mitjana (Des Livres et Vous), François Jégou, Strategic Design Scenarios.
Voici la maquette proposée par le groupe, et les explications qui l’accompagnent :

"Nous sommes partis de deux constats principaux : une remise en question des appels d’offre, appels à projets et autres modes de subsidiation ; une volonté de faire passer la Région du mode passif d’appel au mode actif du ’Conseil Régional Mobile’ qui va au devant des porteurs de projets ;
Pour cela la Région invente de nouvelles figures de détection des initiatives et des projets :
- le "Chasseur de graine" qui sillonne le territoire à la recherche de graines de projets/initiatives porteurs d’avenir ;
- le "Troubadour" : quand une question n’a pas encore de solutions en germe, l’idée est que seuls ceux qui ressentent le problème sont à même de détecter des embryons de solutions. Tout un chacun peut donc être chargé de devenir la figure non professionnelle temporaire qui partira comme un troubadour de places en places susciter l’émergence de solutions ;
- le "Groupe d’Intervention Participative", plate-forme en ligne fonctionnant à la manière d’un ’Groupon.fr’ de l’action publique où l’on propose des problématiques, on les partages et les discute et seules celles qui ont atteint la masse critique dans la logique des sites d’achat groupés sont prises en compte ;
Au-delà de ces différentes modalités de détection qui fonctionnent en parallèle, une seconde phase d’accrochage du projet aux modes de soutien publics fait appel à deux dernières figures :
- le "Guide régional" qui pilote le projet ou l’initiative innovante (par essence hors de la grille administrative) à travers les arcanes des services à la recherche de points d’accrochage ;
- le "Forgeron d’outils" qui, plus que mettre à disposition des porteurs de projets une batterie d’outils d’aide et de supports préformés, co-construit des nouveaux outils ad-hoc avec le porteur de projet pour coller à sa réalité.
Groupe 2 : Quelle organisation ingénieuse au sein des conseils régionaux ?
Pitch de départ : "La Région ingénieuse ne cherche à recopier ni le modèle jacobin, ni la culture managériale des grandes entreprises des années 70. Organigramme en silos, vulgate administrative, processus discontinus, dictature des marchés publics, dogme de l’évaluation, techno-fascination... sont autant de facteurs dont il faut réduire l’influence, pour cultiver simultanément une nouvelle culture de gestion publique à l’échelle locale."
Participants : Yann Djermoun, Région Champagne Ardenne ; Xavier Crouan, Région Ile-de-France ; Eric Jupin, Conseil général de la Gironde ; Leila Khelil, Région Centre ; Stéphane Vincent, la 27e Région ; Patrick Banneux, Région Nord-Pas de Calais ; Maud Le Floc’h, Le Pole des Arts Urbains.

« Nous sommes d’abord partis du constat d’une faiblesse structurelle des grandes collectivités en matière de management : « Administrer » ne suffit plus :
- La fonction ressources humaines des grandes collectivités et déficiente ;
- Si le protocole est nécessaire, en revanche ses formes actuelles ne sont plus adaptées ;
- A qui sert-il exactement de brider les ordinateurs comme on le fait dans bon nombre de collectivités ?
- Prise de risque et droit à l’échec insuffisants ;
- Les limites de l’obligation de réserve des agents ;
- Une croyance auto-performative, l’effet magique : « on met en place une politique, donc elle va forcément avoir un impact »
- A terme le risque est d’aboutir à des mécanismes totalement inopérants, sans même avoir la réflexivité nécessaire pour rebâtir ;
Du côté des leviers, nous avons identifié des marges de progrès sur des éléments sur lesquels il est possible d’agir : mieux penser les espaces, les aménagements, à la fois au sein des organisations administratives et dans l’espace public (par exemple provoque la sérendipité en jouant sur les « tiers lieux ») ; tirer parti du travail en réseau, faire de l’open data numérique mais aussi physique, laisser des communautés de développeurs « hacker avec bienveillance » le système :
Finalement nous avons formulé deux projets :
La Coopérative d’action publique. C’est le labo collectif des acteurs du territoire, là où s’élaborent de façon différente, totalement transversale, les politiques publiques collective des acteurs du territoire. C’est un lieu ouvert, neutre, collaboratif, créatif où citoyens, agents, élus co-élaborent, négocient, co-concoctent leurs politiques publiques. (Références : le Mindlab à Copenhague, les espaces de coworking, tiers lieux créatifs, etc).
Le mur des projets est un média participatif et open data. C’est une interface 3D, multisupport, sur laquelle chacun peut agréger les données relatives à ses projets en cours. Il permet de partager entre élus, citoyens, entrepreneurs, experts, l’ensemble des réalisations, opportunités, « futuribles » et idées du territoire. C’est plus qu’une simple juxtaposition de données inertes, c’est un instantané permanent des processus à l’œuvre sur le territoire, librement compilable, interrogeable, simulable. C’est à la fois un outil d’aide à la décision, une fresque panoramique et vivante des projets du territoire, une œuvre d’art… »
Groupe 3 : Quelles relations ingénieuses entre la Région et les citoyens ?
Le pitch de départ : "La Région Ingénieuse a dépassé le stade de la démocratie dite participative. Les décideurs publics ont changé de regard sur les populations, repris le fil d’une véritable conversation, et se sont organisés pour créer un rapport radicalement différent avec les citoyens. Il ne s’agit plus de produire des réponses pour les gens, mais de construire des opportunités nouvelles avec eux."
Participants : Olivier Ryckewaert, Région Pays de la Loire, Véronique Kleck, Civic media, Sonia Aracil, designer, Benjamin Cadon, Labomedia, Jacky Foucher, collectif Grrr.

Jacky Foucher : « Le constat est simple, une région c’est grand, ça représente un nombre très important de citoyens avec lesquels il est difficile d’avoir un lien continu (outre celui limité de l’élection). Par contre, parmi toutes ces personnes, il y a plein d’experts dans leur domaine, ne serait-ce que dans la connaissance de leur quartier et de ce qui s’y passe. En étant à l’écoute de ces citoyens éclairés (projet présenté par Olivier) et en sachant les solliciter en amont des réalisations, nous proposons de repenser le principe des appels d’offre. L’élu régional, avec la légitimité que cela représente, lance des "dossiers citoyens" dans lesquels il pose les bases du futur projet (ex : un lycée dans une zone géographique donnée). Chaque dossier citoyen fait dès lors l’objet d’un travail de co-création où les agents territoriaux apportent leur savoir faire (technique, économique, etc) tandis que les citoyens concernés communiquent leurs besoins et leur connaissance du terrain. Agents et citoyens sont aidés dans ce travail par des experts de la co-création (designers, sociologues, etc). Leur production en commun mène au lancement du classique Appel d’Offre. Mais cet Appel d’Offre n’est pas un AO comme les autres, c’est un AOD, un Appel d’Offre Désirable ! »
Groupe 4 : Quelle politique ingénieuse à l’international pour les Régions ?
Pitch de départ : "Une autre coopération décentralisée est à l’œuvre dans le Région ingénieuse. Elle change les regards et rend caduque la relation aidant/aidé. Mais ce n’est que le début d’une nouvelle politique internationale : Y a t-il de la place pour une diplomatie régionale ? Comment maintenir la mobilité internationale avec la Région si le coût des transports doit décupler ?"
Participants : Jean-Marie Bergère ; Gisèle Bessac, designer ; Cyril Olivier ; Romain Thévenet, la 27e Région ; Charlotte rautureau, la 27e Région.

"La Région Ingénieuse prend en compte la globalité de la planète, considère les singularités de son territoire et va à la rencontre de territoires pouvant appartenir à tout pays, dont les singularités entrent en raisonnance avec les siennes, pour bâtir dans la durée des projets communs. Voici la maquette proposée par le groupe, et les explications qui l’accompagnent : Le groupe est parti de trois constats : . La notion « historique » de coopération ramène à une relation d’assistant-assisté /donneur-receveur/fort-faible ; il est essentiel de fonder les relations sur la réciprocité. . Ces relations sont ancrées sur des projets concrets, créateurs de dynamiques, à partir des ressources et potentiels d’initiatives locales . La communication doit s’établir dans une proximité et régularité de suivi de projet sans nécessiter de voyager, étant données les problématiques de limites de ressources énergétiques et de pollution
De nouveaux modes :
- Pour prévenir le risque de rapport déséquilibré, les projets sont engagés entre trois régions partenaires, aux caractériques diversifiées ;
- Les projets ont pour objectifs de résoudre des problématiques, développer des potentiels spécifiques aux territoires et à long terme, mais aussi favoriser la proximité et la connaissance culturelle réciproque ;
- Dans chaque champ d’intervention de la Région, une personne repère les projets internationaux potentiels et des groupes d’action pluridisciplinaires, transversaux, les mettent en oeuvre, en collaboration avec des personnes et organismes ressources locaux ;
- Des programmes d’expérimentation peuvent être menés, avec des calendriers précis ;
- Le but est de travailler sur des singularités, les résoudre ou les mettre en valeur, en relief, de manière spécifique, sur mesure - pas de généralité.
- Les nouvelles technologies permettent d’échanger régulièrement entre équipes, de co-piloter les projets, mais aussi de se déplacer, sur les lieux des projets, en immersion virtuelle ;
- Elles permettent aussi de constituer un réseau « d’ambassadeurs » - toutes personnes séjournant plus ou moins longtemps sur un territoire partenaire (études, travail, autres) et souhaitant cultiver des liens au-delà de la durée du séjour ;
Mise en valeur des singularités, mise en relief des spécificités locales à une échelle mondiale non hiérachisée."
Groupe 5 : Quelle politique ingénieuse à l’international pour les Régions ?
Le pitch : "Les collectivités vivent à la traine des citoyens, devenus depuis longtemps des êtres "interterritoriaux". Dans la Région Ingénieuse, les concepts de compétitivité, de libre administration, de subsidiarité sont caduques et ne suffisent plus pour repenser les politiques territoriales. Comment passer d’un pouvoir fondé sur une souveraineté institutionnalisée, à un pouvoir basé sur des pratiques de coopération de type open-source ?"
Participants : Sophie Valdenaire, Région Bourgogne ; Jean-Pierre Quignaux Association des Départements de France ; Marine Panazol, étudiante en architecture ; Nicolas Taillandier, directeur Pays de Combraille en Marche ; Damien Roffat, designer.

Un des constats de départ partagé par les participants : le cloisonnement (voir la concurrence) entre les collectivités territoriales et le manque d’implication des citoyens dans les processus de gouvernance empêchent une bonne connexion action public / besoins des habitants, ralentissent la conception et la mise en place des services publics et en brouillent la lisibilité et l’adoption par les usagers. Une plus grande coopération au sein des territoires devra donc être organisé à l’avenir pour augmenter l’efficacité dans la conduite des politiques territoriales. Ce postulat fait également écho à l’apparente nécessité de réduire les dépenses publiques. Quels sont les logiques et les dispositifs à mettre en place pour que la coopération, souvent souhaitée aujourd’hui, se réalise concrêtement ?
Pour que la coopération entre des acteurs au niveau de langage et aux intérêts parfois très différents devienne une réalité , il est nécessaire d’insuffler des dynamiques de projet au sein des territoires. L’entrée "projet" permet une plus grande souplesse de l’action public. Elle mobilise et rassemble des équipes de travail inter-disciplinaires sur des périodes définies et des objectifs précis. Une dynamique de projet permet aussi d’adapter le travail et les méthodes convoquées à un ensemble varié de contextes (ex : Différentes échelles territoriales). Pour placer les acteurs publics dans une dynamique de projet, les participants ont proposé un dispositif nommé : La Fabrique à projet.
Trois composantes clés structurent ce nouveau service :
Des équipes inter-disciplinaires temporaires. La fabrique à projet est mobilisable par n’importe quel acteur du territoire qui souhaite monter un projet nécessitant une approche coopérative.Lorsqu’un projet est mis en route, une équipe rassemblant des acteurs de divers horizons est mobilisée. Le dispositif est là pour les outiller pour qu’ils puissent conduire leur projet à terme.
Un poste de coordinateur. Une personne est chargée d’animer le dispositif (Mise en relation des équipes projets, définition des contours des projets, communication sur le dispositif etc). Le poste est co-financé par les différentes collectivités locales présentes sur le territoire.
Le pôle de ressource régional. Une équipe permanente recensent et met à disposition un ensemble de ressources (Données, méthodologies, outils etc) pour les équipes projets. Ils doivent s’adapter aux différentes demandes. Une plateforme en ligne est alimentée au fil des projets.
La fabrique à projet doit être mobile pour intervenir à différents endroits du territoire. Elle repose sur un principe de mutualisation public / public mais aussi public / privé.
La deuxième proposition s’est davantage focalisée sur une coopération inter-acteurs publics (Conseil Régional, Conseils généraux, intercommunalité ). Une telle coopération permettrait de produire une vision territoriale cohérente, économe en moyens ou l’ensemble des dispositifs et services portés par les acteurs publics seraient lisibles et complémentaires.
Un tel mode de fonctionnement nécessite deux changements importants : 1-Une mutualisation des moyens. Pour élaborer une vision territoriale partagée, il est impératif de composer des équipes de travail mixtes, c’est à dire mélant des agents des Conseils Régionaux, généraux et des inter-communalités. Grâce à leurs différents niveaux de connaissance, ils définissent les enjeux et les problématiques communes. Une mutualisation matérielle large (Véhicules, outils numériques, infrastructures etc) peut-être mise en place. 2- Des organisations complémentaires. Si la logique de coopération inter-acteurs publics est poussée à son paroxysme, il semble judicieux de redistribuer les rôles de chacun pour arriver à une véritable complémentarité dans les actions et les projets. Les participants ont proposé de sortir des modes d’organisation actuels, trop identiques, qui régissent la vie des Conseils Régionaux, départementaux et des intercommunalités pour mettre en place de nouvelles organisations spécifiques, dédiées aux rôles que chaque acteur et le plus à même de remplir.
Ainsi :
- La Région aurait un rôle de coordination et de mise en réseau des initiatives et projets portés par d’autres. Dans cette optique, elle constituerait des centres de ressources et de compétences.
Le département deviendrait une agence technique. Son action serait centré sur la production de service en phase avec les attentes et les besoins des citoyens exprimés au niveau de la région. Ce nouveau rôle, essentiellement technique, pourrait impliquer une disparition de l’assemblée des élus départementaux.
Les inter-communalités seraient là pour assurer la mise en oeuvre opérationnelle des nouveaux dispositifs et services.
Cette proposition fait écho à la réforme des collectivités territoriales et peut être considéré comme une alternative.









