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Jan 26 2011

L’avenir de l’espace public en Ile de France

Billet publié par Romain Thévenet
Tags: Design , Espace public , Ile-de-France , Ville

Le Lieu du design, soutenu par la Région Ile de France, lance un appel à projet d’un million d’euros pour l’aide a la création dans l’espace public. Et pour accompagner cet appel a projet, il a été décidé de demander à trois designers, Jean Louis frechin, Matalie Crasset et Olivier Peyricot d’intervenir en amont de l’appel à projet pour présenter leur vision de ce que peut être l’espace public du futur.

Ces premières recherches étaient présentées mercredi 12 janvier au Lieu du design à Paris devant une salle comble de designers, d’entrepreneurs, d’élus régionaux, et des représentants de différentes structures liées au design.

Vous pouvez télécharger la note complète de restitution de leurs travaux ici

Matalie Crasset a travaillé avec une ethnologue, Emmanuelle Lallement pour réfléchir aux nouvelles formes d’implication citoyenne dans la ville. Pour elles, l’espace public doit être le lieu de la participation, à différents niveaux (quartier, ville, Région), et elle propose des débuts de projets comme plateforme à cette participation.

Jean-Louis Fréchin, lui, visiblement bien conscient d’être dans une commande régionale, a axé sa proposition autour de "RegioVox" un dispositif de connexions avec la Région Ile-de-France.

Olivier Peyricot, quant à lui, a fédéré une équipe avec des experts en environnement, pour proposer des esquisses d’objets dans l’espace public, générateurs d’énergies.

Lors de la discussion qui a suivit les présentations, Rober Lion, Conseiller Régional d’Ile-de-France a souligné le besoin de la collectivité de permettre aux citoyens de se réapproprier l’espace public, en permettant la flexibilité. Ce qui signifie pour les élus, être d’accord pour que tout ne soit pas prévu d’avance. Un message qu’on aimerait entendre plus souvent…

Même si ces projets sont pour l’instant au stade d’esquisses, il est intéressant de voir que les designers travaillent (enfin ?) en direct avec des collectivités locales. On peut tout de même regretter que la collectivité, ici encore, limite leur intervention à l’espace public et ne leur permette pas de re-designer l’ensemble du processus des politiques publiques. Mais on sent que les choses bougent et que l’on s’achemine lentement vers un "design des politiques publics"...

Avr 28 2009

Peut-on faire du neuf en matière de prospective territoriale ?

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Citoyenneté , Créativité , Développement local , Environnement , Lycée , Nord Pas de Calais , prospective , Quotidien , social , solidarité , technologie , Ville

Bretagne 2032, Limousin 2027, France 2020... Nous avions très envie de nous frotter à la prospective territoriale, exercice pratiqué depuis longtemps par quelques dizaines de collectivités françaises de tous échelons. L’occasion nous en a été donnée en Nord-Pas de Calais : nous venons d’explorer avec la Région de nouvelles façons d’élaborer et d’enrichir un exercice de prospective territoriale, mais aussi d’en rendre compte en public. Ca se passait le 14 avril dernier à l’Hôtel de Région du Nord-Pas de Calais, à Lille. Retour sur un mois de préparatifs...

2040 : la vie de 6 ch’tis en images

Comment vulgariser les enseignements d’un travail de prospective et le rendre accessible au delà des cercles d’experts ? Rapidement s’est imposée l’idée de réinterpréter librement les pistes prospectives élaborées pendant un an par les 6 groupes thématiques du collège régional de prospective, l’instance créée par la Région. Pour chaque thème (société de la connaissance, enjeux environnementaux, citoyenneté, etc), nous avons imaginé un personnage queFélix Compère, designer et graphiste, a brillamment mis en images. Romain et moi avons rédigé les textes des voix off. L’enregistrement a été réalisé en une journée, à la Cantine, dans un studio improvisé avec quelques mètres de tissu, et un micro sur pied.

Félix Compère à la planche à dessin - Un studio d'enregistrement improvisé à la Cantine

Plusieurs membres de la Fing et quelques amis ont prêté leur voir ou leur visage. Les clips sont conçus à partir de photomontages animés, retouchés à la palette graphique. Du "bricolage de qualité", donc : il ne s’agissait pas de rivaliser avec les studios Pixar... mais au contraire de montrer qu’avec peu de moyens, chacun peut prendre part à l’exercice de la prospective.

Avant et après : Arnaud, conducteur de Dirigeable Express Régional en 2039

Il était également important que le fruit de ce travail paraisse suffisamment crédible (le contenu des clips, conçu sur mesure à partir des enseignements des groupes, est rigoureusement basé sur des faits scientifiques et/ou plausibles), mais que le ton permette aussi de faire passer des impressions difficiles à faire passer dans les rapports, ou des idées délicates à décrire : la ville sécuritaire, l’après-Sangatte et les grandes migrations climatiques à venir. Les 6 vidéos sont sur Youtube et sont visibles ici, sur cette interface originale dégotée par Loïc Hay, ou sur le site de la Fing.

Comment créer du dialogue au sein de l’hémicycle régional ?

Un autre test consistait à introduire des modalités de dialogue au sein du public lors de la soirée de présentation des travaux du collège, le 14 avril. Comment permettre aux cent participants du collège de s’exprimer à tout moment, de commenter librement les interventions, de suggérer des sources ? Pas facile, dans l’enceinte écrasante de l’hémicycle régional, de créer la convivialité nécessaire... Pour ce faire, nous avons légèrement détourné le principe du panneau de micro-blogging expérimenté par nos collègues Charles Nepote et Renaud Francou, du programme Identités Actives. D’abord, en distribuant aux participants des feuilles titrées "A mon avis", sur laquelle ils étaient invités à faire part de leurs remarques à tout instant de la présentation. D’abord timide, le mouvement s’est amplifié et un flux régulier de feuilles annotées sont remontées (commentaires, réactions, sources bibliographiques, questions...), et nous avons pu les distiller tout au long des présentations en les projetant sur un écran spécialement dédié.

Le making of de la prospective régionale

Enfin, nous avions convaincu l’équipe prospective de profiter de la soirée pour lancer un blog décrivant dorénavant en continu l’activité de la direction prospective, de ses travaux en cours, de ses publications, mais mobilisant également la vidéo et la photo. Un outil de "making of", en quelque sort, de l’action prospective de la Région. Un peu de calage est encore nécessaire, mais c’est en tout cas chose faite, la direction informatique ayant mis à disposition ses ressources à cet effet.

Quels enseignements ? A ce stade, les participants du collège régional semblent avoir apprécié les clips, en tant qu’objet à partir desquels ils pouvaient s’exprimer, se positionner, qu’ils pouvaient enrichir ou prendre à contre-pied. Le format a pu désarçonner quelques participants, mais l’équipe prospective semble convaincue qu’elle doit dorénavant être en capacité de travailler sur ce type de format, de mobiliser l’image, la vidéo, l’illustration. Le blog "journal de bord" est encore trop jeune, mais l’équipe semble motivée pour en faire un nouvel outil de travail. A suivre !

Avr 13 2009

Région Ile-de-France : les associations à la rencontre du numérique

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Associations , Citoyenneté , Démocratie , Développement local , Ile-de-France , Paris , Quartier , solidarité , Ville , Web2.0

La Région Ile-de-France organisait en novembre dernier une journée dédiée au rôle nouveau des outils et médias numériques dans la vie des associations franciliennes. Près de 500 personnes y assistaient. Les actes viennent seulement d’être mis en ligne, mais cette attente est bien récompensée par de nombreux comptes-rendus, photos et vidéos de cette journée très dense.

L’atelier que j’animais portait sur l’irruption des outils numériques dans le débat public. Plusieurs témoignages (Bondy Blog, la Télé Libre, Christophe Grébert) convergeaient pour montrer à quel point l’autonomie des habitants et citoyens (la "capacitation" dont Philippe Aigrain se fait l’écho) pouvait aujourd’hui passer par la maîtrise du langage audiovisuel et numérique, la capacité à s’exprimer via un blog ou un podcast, et qu’il y avait là le terreau de nouveaux projets collectifs. L’un des rôles possibles pour la Région pouvait alors consister à encourager, démultiplier par tous moyens -en particulier à travers le tissu associatif- cette capacité des habitants franciliens, à bloguer, filmer leurs vie, leurs aspirations, leurs problèmes.

Les participants à cette table ronde : Dorothée Browaeys, Vivagora, qui a pour objectif de promouvoir une culture de débat sur les questions scientifiques et techniques ; Céline Braillon et Bruno Lestienne, Adels, lieu d’échange et de propositions pour le développement de la démocratie locale ; Nordine Nabili, directeur de l’agence Proxiprod et rédacteur en chef du Bondy Blog ; Olivier Blondeau, sociologue, étudie les usages de l’Internet et plus précisément, les usages politiques et militants du réseau ; John Paul Lepers, directeur de l’Information de La « TéléLibre », télévision citoyenne sur internet ; et Christophe Grebert, animateur du site "webcitoyen", qui vise à défendre le droit d’expression et à favoriser l’émergence du débat public dans les villes françaises.

A noter ce site, "Projets citoyens", créé dans le prolongement de cette journée par la Région Ile-de-France et destiné à mettre en réseau et capitaliser l’ensemble des efforts mis en oeuvre par les associations franciliennes.

Mar 26 2009

Un après-midi avec le Bruit du Frigo

Billet publié par Charlotte Rautureau
Tags: Architecture , Créativité , Espace public , Quartier , Ville

Le 3 mars dernier, Gabi Farage est venu faire du « bruit dans le frigo » de la Cantine. Cet architecte de formation nous a parlé, lors d’un après-midi, de ses méthodes d’interventions dans l’espace public. Au cœur de son discours, la question de l’appropriation de l’architecture par les usagers où comment revenir à une approche des lieux centrée sur les usagers et pensée par eux.

A travers divers exemples, Gabi Farage nous a expliqué comment il intervenait sur les territoires avec son collectif bordelais leBruit du Frigo. Ateliers d’urbanisme participatif, interventions artistiques dans l’espace public, résidences artistiques, actions de détournement, aménagements éphémères… l’imagination et la poésie de Gabi et son équipe ne manquent pas quand il s’agit de proposer aux habitants d’un territoire des solutions de développement désirable (et durable).

L’exemple de Nantes, où le Bruit du frigo est intervenu dans le quartier enclavé de Breil-Malville afin d’imaginer avec les habitants et usagers du quartier les transformations possibles de cet espace, illustre bien la créativité du collectif. Afin de favoriser le dialogue avec la population du quartier, le Bruit du frigo a installé un Bistrot et atelier temporaire, vecteur convivial pour travailler avec les habitants autour du devenir de leur quartier et créer du liant autour d’un projet commun.

Autre lieu, autre méthode… A Marseille, le Bruit du Frigo a proposé une résidence artistique au théâtre de la "Gare Franche". L’objectif était de construire des relations humaines et artistiques dans le quartier en appelant ses habitants et acteurs à participer à diverses actions comme, par exemple, la construction de mobilier urbain à partir de la valorisation de rebuts. Si les femmes et les enfants se sont montrées réceptifs au projet, il a fallut user d’adresse pour intégrer activement les hommes du quartier au projet, comme titiller leur égo en enrôlant une femme comme chef de chantier…

Autant d’exemples, d’approches, de perspectives qui viennent nourrir nos réflexions sur la façon d’innover « par et pour les gens ».

Mar 5 2009

Une Résidence en préparation dans le quartier des Couronneries, à Poitiers

Billet publié par Stéphane Vincent dans la catégorie Solidarités
Tags: Energies , Environnement , Intergénérationnel , Poitou Charentes , Politique publique , Quartier , Territoires en résidences , Ville

La Région Poitou-Charentes, les bailleurs sociaux du quartier des Couronneries, la ville de Poitiers et l’Europe organisaient lundi 2 mars une journée porte ouvertes pour présenter "Tous connectés", une offre internet par Courant Porteur en Ligne (via les installations électriques).

Le projet comporte également une importante composante écologique : les ateliers du bocage recyclent des PC et les revendent aux populations, et la Région permet à toute famille de déduire 100 euros sur l’achat d’un portable d’occasion ou même neuf. Par ailleurs, l’opérateur du réseau a équipé à titre de test plusieurs immeubles d’un équipement composé de capteurs et de boîtiers permettant de mesurer la consommation d’énergie des bâtiments (eau, électricité et température pour chaque appartement et sur les parties communes), et donc de responsabiliser les locataires à leur propre consommation, de négocier au mieux avec les opérateurs, etc.

L’offre est opérationnelle, et les premiers retours sont bons. 30% seulement des foyers disposaient de l’internet dans le quartier avant septembre 2008, et la demande est forte, y compris chez les personnes âgées. Pourtant les questions sont encore nombreuses, et toutes les partenaires expriment le besoin d’une animation pour faire vivre le projet, et surtout lui donner des prolongements, en tirer de nouveaux services, imaginer de nouvelles façons d’améliorer la vie des résidents, de développer les relations intergénérationnelles, ou bien encore de pousser plus loin la logique écologique jusqu’à une démarche de type éco-quartier, par exemple. Mais tous les partenaires s’accordent à dire que la participation de la mairie est indispensable pour y parvenir.

Une réunion de travail qui associait également un représentant de Logiparc, l’Office HLM de Poitiers, et un représentant de la MJC du quartier, avait pour objectif d’étudier la faisabilité de conduire une expérimentation dans le quartier, dans le cadre de Territoires en Résidences.

L’intérêt semble unanime, dans la mesure où elle permettrait de produire des propositions créatives dans un délai court, associant pleinement les habitants dans une démarche de co-conception. Il reste un peu de préparatifs à accomplir pour y parvenir (convaincre la mairie, préparer une visite préalable à la Résidence), mais les partenaires sont décidés. A suivre !

Déc 1er 2008

En Italie, les designers tirent parti des initiatives des citoyens

Billet publié par Anne Daubrée dans la catégorie Europe
Tags: Politique publique , solidarité , technologie , Vie quotidienne , Ville

Confier l’initiation des enfants de l’école Satta aux plantes et les rythmes des saisons aux passionnés du club d’horticulture qui jouxte l’établissement scolaire, exploiter la cuisine du centre de formation Greppi pour fournir aux habitants la possibilité d’une pause déjeuner économique et conviviale, développer un système d’information qui permette à chaque citoyen d’enrichir la bibliothèque municipale de ses propres ouvrages, et d’accéder à celle des autres...

Autant d’idées qui ont germé dans le cerveau des étudiants de Ezio Manzini, professeur de design industriel au Politecnico de Milan, etspécialiste de l’innovation sociale. "Nous travaillons systématiquement avec des organismes locaux, comme Milano Metropoli, qui nous mettent en contact avec les associations et les groupes de personnes avec lesquelles nous co-élaborons ces projets. Nous partons toujours de l’existant pour co-inventer des solutions avec les habitants » explique Ezio Manzini.

Pour parvenir à une approche pertinente, les étudiants s’appuient sur le travail du programme sustainable every day project. Celui ci recense à travers le monde les exemples d’innovation sociale respectueux du développement durable, et auquel participe Ezio Manzini. "Iles étudiants savent ce qu’ils doivent chercher, quelle démarche ils doivent suivre "commente-t-il.

Les pouvoirs publics ont déjà concrétisé certains des projets élaborés par les étudiants, comme la conversion d’une usine en centre social, à Milan. Et Ezio Manzini a également réalisé d’autres projets, telle une plateforme électronique basée sur une approche collaborative, destinée à favoriser l’émergence et la réalisation de ces projets sociaux innovants, pour le compte de la région Toscane.

Sep 24 2008

Ma collectivité en 2030

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Innovation , prospective , Vie quotidienne , Ville

Dans le cadre des Rencontres de l’innovation publique (INOP), organisées à Nantes les 23 et 24 septembre 2008, l’équipe de la 27e Région s’est amusée à imaginer à quoi pourrait ressembler une commune de 5 à 10 000 habitants, vue par sa collectivité : organisation communale, services administratifs, bâtiments publiques, vie des citoyens. Ce travail s’est appuyé sur l’analyse de divers documents : le travail de prospective « Impact des technologies sur le territoire » réalisé par la Fing pour la Diact en 2008, le programme Villes 2.0 conduit par Thierry Marcou et Fabien Eychenne à la Fing, le rapport du Sénat « le nouvelle espace rural français », les actes du colloque « l’élu local au cœur de la décentralisation (tous deux disponibles sur www.senat.fr), l’ouvrage « la fin des maires » de Luc Gwiazdzinski et Gilles Rabon, « Fantassins de la République » de Vincent Drouin, des entretiens avec Jacques-François Marchandise (Fing), Jacky Denieul (IAAT), Vincent Drouin.

On a souvent réfléchi à l’avenir de nos villes en tant qu’espaces urbains ; mais à quoi pourrait ressembler une collectivité locale en tant qu’organisation administrative et démocratique -disons dotée d’une population de 5 à 10 000 habitants- dans 20 ans ? C’est la question que nous nous sommes posés, en tentant de prolonger les pratiques actuelles les plus fortes ou au contraire en les prenant à contre-pied, et en considérant l’impact croissant des technologies sur la société et les organisations. C’est un travail très imparfait, sans volonté prophétique, tantôt réaliste et tantôt utopique, largement surpassé par de nombreux chercheurs et romanciers. Dans notre esprit, il s’agit avant tout d’un prétexte, d’une invitation à s’interroger sur l’avenir des valeurs qui fondent la vie locale, le « vivre ensemble » à l’échelle de nos villes et de nos quartiers. Il est conçu pour être contredit, complété et amélioré.

Et si ça se passait mal ?

Il faut d’abord rappeler que des scénarios « catastrophes » crédibles existent concernant l’avenir des collectivités locales -risque de délitement de l’intérêt général au profit d’une somme d’intérêts privés, montée du communautarisme, etc. Citons, sans être forcément être exclusif :

  • La ville privatisée : un espace public précarisé, une ville gérée comme un syndic de propriété, une prolifération des immeubles, quartiers, zones, villages et villes passant dans l’espace privatisé ;
  • La ville externalisée : une démobilisation de l’acteur public, des politiques publiques massivement confiées aux "pros", achetées sur étagères, à des opérateurs
  • La ville technicisée : la technicisation de la vie publique s’amplifie, s’éloigne du citoyen, hors de portée de l’habitant

Même si en faire l’exercice serait précieux, notre objectif n’est pas de décrire ces scénarios mais plutôt de prendre le parti des collectivités qui seraient parvenues à faire le « pas de côté » dont parlent Luc Gwiazdzinski et Gilles Rabon dans « La fin des maires », à prendre leur destin en main, dans un contexte devenu incertain, et durablement impacté par les technologies.

Les hypothèses que nous formulons sont organisées autour de 4 propositions : une réaffirmation de l’expérience collective du territoire, le passage à une administration ouverte et coproduite, le réinvention de la médiation humaine, l’irruption des technologies dans le débat public local.

Proposition 1. Vers une expérience collective du territoire

Y a t-il un "vivre ensemble" en 2030 ? Est-il territorial, et si oui à quelle échelle et quelle granularité ? Peut-il être remplacé par d’autres formes de collectifs ? Comment créer et maintenir un écosystème équilibré, où s’organise le dialogue entre différentes générations d’habitants, différents quartiers, différentes cultures ?

Plusieurs pistes existent dans ce domaine, avec pour point commun d’inscrire davantage le collectif dans notre quotidien.

Une coproduction de la solidarité

Devant le retrait de l’État dans la gestion et le financement de certains services publics de proximité, la solidarité citoyenne tente de prendre le relais, appuyée par des associations locales. Il est désormais possible d’avoir une information précise et actualisée de la disponibilité de ses voisins. Devant la crise énergétique et environnementale, il est de plus en plus difficile d’habiter loin des centres urbains. La solidarité s’organise pour faire face à ce nouveau contexte. Par le biais d’un réseau social de proximité organisé, chacun peut s’organiser pour partager des trajets en voiture et se rendre les services dont l’accès n’est plus assuré.

Voir par exemple le projet « Faire compagnie » conçu par le designer Romain Thevenet en Pays Nivernais Morvan, http://designdeveloppementlocal.wordpress.com ; le réseau www.citizenpowered.org adossé à la ville de Chicago, ou encore les réseaux sociaux de Rennes (www.laruche.org) et de Paris ou Marseille (www.peuplade.fr)

Des tiers-lieux "nouvelle génération"

Ni privés, ni publics, les tiers lieux ont pris une place essentielle aux yeux de la population. Davantage pensés autour de l’expérience vécue par l’usager, ils satisfont un besoin de re-socialisation, de convivialité, de conversation. Hier concentrés sur quelques projets expérimentaux, leurs principes ont irrigué un grand nombreux de lieux publics et privés. Ils contribuent à réinventer des lieux de socialisation éprouvés par le temps -MJC, maison des associations, salle des fêtes- et cassent les codes de nombreux équipements publics : écoles, maisons de services à la population, hôpitaux....mais aussi privés : pépinières d’entreprises, commerces, PME. Par exemple, dans le tissu rural, le réseau des "cafés de pays" s’est raffiné et numérisé, il est la clé de voute d’un réseau social qui s’exprime simultanément sur le territoire physique et numérique. On fait connaissance autour d’un verre, on reprend contact sur le réseau pour préparer un projet de soirée ou un projet professionnel, on se retrouve le jour prévu.

Voir par exemple les cafés de Pays (www.cafedepays.org), la Cantine dans le « silicon sentier » (www.lacantine.org), la Maison ouverte (www.mairie12.paris.fr/public/article.tpl ?id=5213), les espaces à l’Université en Extremadure en Espagne (www.iniciativajoven.org)

Faire du jumelage une expérience quotidienne

L’expérience de la population s’étend enfin à d’autres cultures, au-delà du seul événement folklorique ou d’une soirée "salsa" : Les jumelages reprennent leur place dans la vie des habitants. En effet, sur le mur de la mairie est projetée, en continu, la place centrale d’une ville allemande ou espagnole jumelée avec la ville, en direct et à l’échelle 1, avec un très grand réalisme et un fond sonore de haute qualité. Les habitants des deux villes peuvent s’y donner rendez-vous, s’inventer des futurs communs, partager, échanger...

Une version évoluée du mur de téléprésence de France Télécom R&D ou celui de Cisco

Des lieux de re-synchronisation

Pour mieux accompagner les rythmes de vie et contribuer à re-synchroniser la population, la mairie a décidé d’ouvrir les équipements le soir et même la nuit : la piscine, la médiathèque, les salles municipales. Tous les habitants qui en manifestent le souhait peuvent disposer des accès et s’organiser pour assurer des permanences. Sous l’impulsion des lieux publics, les espaces professionnels s’organisent pour être mieux en phase avec les besoins du public. Il existe désormais une meilleure gestion des permanences, des dates d’ouverture des commerces (il y a toujours au moins une boulangerie ouverte, la bibliothèque municipale ouvre en "nocturne" )...

Voir le travail des bureaux des temps de Rennes, de Niort, de Belfort ou encore de Poitiers (par exemple www.site.rennes.fr/temps)

Des lieux de déconnexion

Une ville, c’est du service et du vide : du non-marchand, du non-pensé, fait pour provoquer l’imprévu. Dans un contexte d’hyperconnexion, la ville et les habitants ont organisé des espaces entièrement déconnectés, des refuges, des moments où "ralentir" : un café de pays sur deux ou trois, un jardin public ou une zone protégée des ondes de toutes sortes par des brouilleurs, aujourd’hui autorisés.

Voir ça et là les nombreuses manifestations de type « Not in my backyard » x (« Pas de ça chez moi »), http://www.senat.fr/colloques/elu_local_decentralisation/elu_local_decentralisation.html, comme dans ce petit village d’Andalousie : http://techno.branchez-vous.com/actualite/2007/08/espagne_un_village_dit_non_au.html

Les bâtiments publics, nœuds du réseau social

La mairie a profité de plusieurs travaux de rénovation pour adopter les normes en vigueur en matière de HQEI (Haute Qualité Environnementale et Informationnelle). Ce label fait non seulement des bâtiments publics un modèle en matière d’efficacité énergétique, mais ils deviennent également un modèle de qualité informationnelle : ainsi, toute personne approchant d’un bâtiment public peut accéder à de nombreuses d’informations actualisées en continu à l’aide de n’importe quel mobile entrée de gamme, tous équipés d’un service de géolocalisation : événements, mais aussi nombre de visiteurs, documents administratifs, questions posées en ligne par les usagers et réponses des agents, commentaires des usagers, les photos et vidéos publiées par les usagers, etc. Pour connaître en temps réel les "vrais" horaires d’ouverture des services publics, des capteurs sont placés aux accès publics des bâtiments municipaux : ainsi, je sais si un service public est ouvert quand j’en ai besoin, mais les statistiques sur plusieurs mois me permettent aussi de connaître les horaires moyens d’ouvertures, évitant aux agents de les actualiser ou de les rappeler sans cesse.

Voir les nombreuses applications identifiées dans le programme de la Fondation internet nouvelle génération, www.villes2.fr

Proposition 2. Vers une administration ouverte

Traiter les formalités administratives du quotidien est-il encore le cœur de métiers des collectivités locales ? En tout cas, nous formulons qu’en 2030 le contexte des formalités administratives et de l’information citoyenne a profondément changé.

Une administration plus libérée que simplifiée

En 20 ans, l’administration n’a pas véritablement réussi à se simplifier. En revanche, il s’est produit une libération progressive mais constante de l’information et des données publiques, sous la pression conjugée -et les motivations souvent différentes- de la Commission européenne, et, surtout, des militants numériques tel ce « Mouvement international de libération des données publiques ». Certes, les principales formalités sont dorénavant entièrement numérisées (et la carte d’identité électronique est déployée depuis longtemps) mais surtout, depuis 2020, l’essentiel des données publiques est plus facilement accessible, même si les formats sont disparates et pas toujours « ouverts ».

Un certain nombre d’expériences et d’experts militent déjà en faveur d’un effort massif en faveur de la réutilisation des données, au détriment du développement de nouveaux sites web publics. Mi-juillet 2007, le gouvernement anglais a décidé de supprimer la moitié de son millier de sites web publics, jugeant l’ensemble trop complexe (http://news.bbc.co.uk/1/hi/uk_politics/6896614.stm), relayant bien le sentiment des chercheurs de l’université de Princeton (http://www.internetactu.net/2008/06/20/les-institutions-doivent-construire-des-donnees-reutilisables-pas-des-sites-web/) ; des maires eux-mêmes donnent l’exemple de la transparence : le maire de Marnaz (Haute-Savoie) publie son agenda sur Google : http://www.google.com/calendar/embed?src=loicherve@wanadoo.fr

Des données publiques en peer to peer

Pour les administrations, l’essentiel n’est plus de tenir à jour des interfaces toujours plus élaborées et coûteuses –la vague du web 5.0 est hors de leur portée, en termes de coût et d’expertise. Dorénavant, il s’agit plutôt pour elles de s’organiser en architectures de données. Dans le meilleur des cas, les collectivités mettent à jour des bases de données publiques de leurs services, de leurs décisions, de leurs votes, de leurs financements. Nombre d’entre elles viennent également nourrir, chacune à leur échelle, un dispositif de « peer to peer de l’information publique », créé conjointement par quelques pionniers au sein des collectivités locales, des services de l’Etat, et vigoureusement animé et promu par les associations et les militants numériques. On y trouve de tout : des formulaires officiels, des bases de données, des informations intéressant tout type d’acteurs : entrepreneurs, fonctionnaires ou particuliers…et les opérateurs privés qui en tirent des services à valeur ajoutée, dont Google (ou son successeur en 2030 !). L’ensemble peut paraître souvent désordonné, mais on y trouve des documents à jour, dans tous les domaines et sous tous les formats.

Une R&D citoyenne

Tantôt de gré, tantôt de force, l’administration est partiellement entrée dans l’ère de la coproduction. Les collectivités les plus avancées ont appris à élaborer des solutions avec leurs publics, en construisant un cadre à cet effet, en les associant à des formes ouvertes de « recherche et développement », aboutissant à des projets simples mais tout de suite efficaces, facile à tester, rapides à mettre en œuvre. La dynamique est forte : tous les acteurs publics, associatifs mais aussi commerciaux rivalisent d’imagination pour imaginer de nouveaux services à l’usager.

Le gouvernement anglais invite les internautes à proposer lui-même de nouveaux services à partir des données publiques : http://www.showusabetterway.com/ (« proposez-nous une meilleure façon de faire »)

Proposition 3. Réinventer la médiation humaine

Les métiers de la médiation et les métiers techniques n’ont pas disparu au profit de la dématérialisation. Celle-ci s’est concentrée sur des activités à faible valeur ajoutée ou fastidieuse, et la médiation humaine s’est faîte plus souple, plus mobile, plus au contact avec les populations et le territoire.

Du secrétaire de mairie au médiateur de territoire

Les plus petites mairies et les annexes des mairies moyennes ont fermé depuis longtemps. Dans les territoires où l’action publique ne s’est pas tout simplement repliée sur des zones plus denses, les collectivités ont fait évolué la fonction de secrétaire de mairie vers une forme plus mobile, allant plus au devant des habitants les plus sédentaires, des personnes âgées ou en difficulté. Surtout, il s’agit d’une véritable fonction de médiateur administratif et social, capable de faire l’interface entre les populations, et l’essentiel des formalités administratives (administrations de l’emploi, du social, de l’éducation, etc), d’accompagner les habitants de façon transversale, de les conseiller, etc. L’informatique et les services en ligne sont centraux dans leur travail, ils accompagnent également les usagers dans leurs pratiques numériques.

Voir le projet du cabinet ut_design (www.ut-designers.fr) autour de la fonction de médiateur administratif et mobile ; on pense également à l’expérience du Point Com, à Ondschoot (Nord)

Des services techniques "augmentés"

Le travail des agents techniques de la mairie a considérablement changé. Ils concentrent maintenant leurs déplacements sur des interventions ou des réparations lourdes. Une partie importante de leur travail consiste à surveiller un parc d’équipements en réseau à distance. Car le territoire de la commune est dorénavant couvert de capteurs de toutes sortes : des puces RFID (radio fréquence) sont dans les murs des bâtiments publics, dans les trottoirs et tout le mobilier et les réseaux urbains (éclairage public, réseau d’eau et de gaz, etc), des nano-webcams sont placés dans les rues et des capteurs comptabilisent les passages sur les routes, des détecteurs de pollution quadrillent la commune, des dispositifs de surveillance sont placés au bord des berges pour surveiller les risques d’innondations, etc. Les véhicules municipaux et tous les équipements mobiles (bennes à ordure et poubelles municipales) sont depuis longtemps équipés d’un système de géolocalisation qui les tracent en temps réel. Les agents techniques sont eux-mêmes équipés de technologies mobiles, qui leur permet d’agir en flottes, de se repérer les uns les autres sur le territoire, d’optimiser leurs déplacements.

On assiste à une dissémination progressive de puces et capteurs de toutes sortes sur le territoire urbain : San Francisco déploie 6000 capteurs sans fils pour rationnaliser le stationnement (http://www.internetactu.net/2008/09/04/des-capteurs-pour-les-places-de-parkings/), 95 000 arbres parisiens sont équipés de puces RFID (http://www.iris-europe.eu/spip.php?article3560)

Proposition 4. Technologie et débat public

Ca et là, des signes de crainte et de contestation émergent dès maintenant devant l’explosion des réseaux (en particulier sans fil), mais aussi des systèmes de reconnaissance et de traçabilité : depuis quelques années, l’association Pièces et main d’œuvre, le collectif Oblomoff, et d’autres mouvements hérités des luddites (les briseurs de machines du débutdu XIXe siècle en Angleterre) fustigent le danger des technologies de traçabilité numérique, détruisent des machines biométriques dans un lycée à Gyf-sur-Yvette, manifestent lors du lancement du projet de pôle de nano-technologies Minatec à Grenoble, etc.

L’arrachage de champs de… capteurs nano-technologiques

En écho à toutes les nouvelles pratiques de traçabilité, dans la société de 2030, le débat sur les enjeux scientifiques, environnementaux et technologiques (surveillance, ondes et pollution numérique, omniprésence des nano-technologies) a pris autant d’importance que celui sur le contournement du centre-ville. Par exemple, il est devenu difficile de localiser certains réseaux pervasifs et capteurs enfouis dans toute la ville depuis des années, gérés par des délégataires ou même déployés de façon sauvage, et dont l’usage réel est inconnu.

Toutes les piscines de Paris, Lyon, Marseille sont décrites et commentées par leurs utilisateurs sur www.nageurs.com ; d’innombrables sites web ont été créés à l’initiative des usagers autour du Vélib et de tous les nouveaux équipements publics ; la vie politique locale est commentée, podcastée sur de nombreux blogs d’habitants.

Une ville sous surveillance citoyenne

Par ailleurs, la vie locale est plus que jamais notée, comparée, bloguée, podcastée. Les gens s’expriment sur la qualité des équipements publics, commentent l’activité culturelle, donnent leur propre classement des écoles, des piscines, des équipements culturels, mais s’expriment aussi sur les élus locaux et leurs politiques et tout ce qui constitue la vie publique et privée locale. Les pratiques habituelles du pouvoir en sont affectées et ne peuvent se tenir à l’écart ni faire comme avant.

EN CONCLUSION

Ces différents scénarios sont une manière différente de se projeter et d’envisager des évolutions futures. Au-delà de ces exemples, nous avons voulu présenter une manière de penser la prospective de façon illustrative, où l’on donne à voir les scénarios que l’on imagine. De la même manière qu’un architecte dessinera des images de synthèse pour expliquer un projet de bâtiment futur, nous nous sommes efforcés de représenter ces différents scénarios avant qu’ils n’existent, pour permettre à chacun de se les approprier. Nous sommes convaincu que l’illustration par des photomontages, des dessins… aide à se saisir d’une réalité en devenir, et permet à un plus grand nombre d’en saisir la complexité et d’en débattre.

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Federico Campos, Iniciativa Joven

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