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Déc 23 2011

A la recherche des Régions Ingénieuses (2/2)

Billet publié par Stéphane Vincent dans la catégorie 27e Région
Tag : prospective

Suite du billet consacré au Off du Congrès des Régions, journée créative organisée cette année à Tours sur le thème des Régions Ingénieuses. Nous revenons ici sur les projets produits par les participants au terme de la journée.

Groupe 1 : Quels modes d’intervention ingénieux pour les Régions ?

Pitch de départ "La Région Ingénieuse est à l’étroit dans le système des subventions et des appels à projets. Elle a enrichi ces modes d’intervention et en a inventé d’autres, qui valorisent davantage la coopération, la "fertilisation croisée", la sérendipité, la capitalisation et le passage à l’échelle. Elle considère toute intervention dans un écosystème plus vaste, et pratique une forme d’acupuncture territoriale..."

Participants : Jean-Pierre Tolochart, Région Centre, Vincent Jannot (Relier), Eric Molière (Plein Sens), Claire Huberson (Le Hub), Didier Bardy/Catherine Mitjana (Des Livres et Vous), François Jégou, Strategic Design Scenarios.

Voici la maquette proposée par le groupe, et les explications qui l’accompagnent :

"Nous sommes partis de deux constats principaux : une remise en question des appels d’offre, appels à projets et autres modes de subsidiation ; une volonté de faire passer la Région du mode passif d’appel au mode actif du ’Conseil Régional Mobile’ qui va au devant des porteurs de projets ;

Pour cela la Région invente de nouvelles figures de détection des initiatives et des projets :

  • le "Chasseur de graine" qui sillonne le territoire à la recherche de graines de projets/initiatives porteurs d’avenir ;
  • le "Troubadour" : quand une question n’a pas encore de solutions en germe, l’idée est que seuls ceux qui ressentent le problème sont à même de détecter des embryons de solutions. Tout un chacun peut donc être chargé de devenir la figure non professionnelle temporaire qui partira comme un troubadour de places en places susciter l’émergence de solutions ;
  • le "Groupe d’Intervention Participative", plate-forme en ligne fonctionnant à la manière d’un ’Groupon.fr’ de l’action publique où l’on propose des problématiques, on les partages et les discute et seules celles qui ont atteint la masse critique dans la logique des sites d’achat groupés sont prises en compte ;

Au-delà de ces différentes modalités de détection qui fonctionnent en parallèle, une seconde phase d’accrochage du projet aux modes de soutien publics fait appel à deux dernières figures :

  • le "Guide régional" qui pilote le projet ou l’initiative innovante (par essence hors de la grille administrative) à travers les arcanes des services à la recherche de points d’accrochage ;
  • le "Forgeron d’outils" qui, plus que mettre à disposition des porteurs de projets une batterie d’outils d’aide et de supports préformés, co-construit des nouveaux outils ad-hoc avec le porteur de projet pour coller à sa réalité.

Groupe 2 : Quelle organisation ingénieuse au sein des conseils régionaux ?

Pitch de départ : "La Région ingénieuse ne cherche à recopier ni le modèle jacobin, ni la culture managériale des grandes entreprises des années 70. Organigramme en silos, vulgate administrative, processus discontinus, dictature des marchés publics, dogme de l’évaluation, techno-fascination... sont autant de facteurs dont il faut réduire l’influence, pour cultiver simultanément une nouvelle culture de gestion publique à l’échelle locale."

Participants : Yann Djermoun, Région Champagne Ardenne ; Xavier Crouan, Région Ile-de-France ; Eric Jupin, Conseil général de la Gironde ; Leila Khelil, Région Centre ; Stéphane Vincent, la 27e Région ; Patrick Banneux, Région Nord-Pas de Calais ; Maud Le Floc’h, Le Pole des Arts Urbains.

« Nous sommes d’abord partis du constat d’une faiblesse structurelle des grandes collectivités en matière de management : « Administrer » ne suffit plus :

  • La fonction ressources humaines des grandes collectivités et déficiente ;
  • Si le protocole est nécessaire, en revanche ses formes actuelles ne sont plus adaptées ;
  • A qui sert-il exactement de brider les ordinateurs comme on le fait dans bon nombre de collectivités ?
  • Prise de risque et droit à l’échec insuffisants ;
  • Les limites de l’obligation de réserve des agents ;
  • Une croyance auto-performative, l’effet magique : « on met en place une politique, donc elle va forcément avoir un impact »
  • A terme le risque est d’aboutir à des mécanismes totalement inopérants, sans même avoir la réflexivité nécessaire pour rebâtir ;

Du côté des leviers, nous avons identifié des marges de progrès sur des éléments sur lesquels il est possible d’agir : mieux penser les espaces, les aménagements, à la fois au sein des organisations administratives et dans l’espace public (par exemple provoque la sérendipité en jouant sur les « tiers lieux ») ; tirer parti du travail en réseau, faire de l’open data numérique mais aussi physique, laisser des communautés de développeurs « hacker avec bienveillance » le système :

Finalement nous avons formulé deux projets :

La Coopérative d’action publique. C’est le labo collectif des acteurs du territoire, là où s’élaborent de façon différente, totalement transversale, les politiques publiques collective des acteurs du territoire. C’est un lieu ouvert, neutre, collaboratif, créatif où citoyens, agents, élus co-élaborent, négocient, co-concoctent leurs politiques publiques. (Références : le Mindlab à Copenhague, les espaces de coworking, tiers lieux créatifs, etc).

Le mur des projets est un média participatif et open data. C’est une interface 3D, multisupport, sur laquelle chacun peut agréger les données relatives à ses projets en cours. Il permet de partager entre élus, citoyens, entrepreneurs, experts, l’ensemble des réalisations, opportunités, « futuribles » et idées du territoire. C’est plus qu’une simple juxtaposition de données inertes, c’est un instantané permanent des processus à l’œuvre sur le territoire, librement compilable, interrogeable, simulable. C’est à la fois un outil d’aide à la décision, une fresque panoramique et vivante des projets du territoire, une œuvre d’art… »

Groupe 3 : Quelles relations ingénieuses entre la Région et les citoyens ?

Le pitch de départ : "La Région Ingénieuse a dépassé le stade de la démocratie dite participative. Les décideurs publics ont changé de regard sur les populations, repris le fil d’une véritable conversation, et se sont organisés pour créer un rapport radicalement différent avec les citoyens. Il ne s’agit plus de produire des réponses pour les gens, mais de construire des opportunités nouvelles avec eux."

Participants : Olivier Ryckewaert, Région Pays de la Loire, Véronique Kleck, Civic media, Sonia Aracil, designer, Benjamin Cadon, Labomedia, Jacky Foucher, collectif Grrr.

Jacky Foucher : « Le constat est simple, une région c’est grand, ça représente un nombre très important de citoyens avec lesquels il est difficile d’avoir un lien continu (outre celui limité de l’élection). Par contre, parmi toutes ces personnes, il y a plein d’experts dans leur domaine, ne serait-ce que dans la connaissance de leur quartier et de ce qui s’y passe. En étant à l’écoute de ces citoyens éclairés (projet présenté par Olivier) et en sachant les solliciter en amont des réalisations, nous proposons de repenser le principe des appels d’offre. L’élu régional, avec la légitimité que cela représente, lance des "dossiers citoyens" dans lesquels il pose les bases du futur projet (ex : un lycée dans une zone géographique donnée). Chaque dossier citoyen fait dès lors l’objet d’un travail de co-création où les agents territoriaux apportent leur savoir faire (technique, économique, etc) tandis que les citoyens concernés communiquent leurs besoins et leur connaissance du terrain. Agents et citoyens sont aidés dans ce travail par des experts de la co-création (designers, sociologues, etc). Leur production en commun mène au lancement du classique Appel d’Offre. Mais cet Appel d’Offre n’est pas un AO comme les autres, c’est un AOD, un Appel d’Offre Désirable ! »

Groupe 4 : Quelle politique ingénieuse à l’international pour les Régions ?

Pitch de départ : "Une autre coopération décentralisée est à l’œuvre dans le Région ingénieuse. Elle change les regards et rend caduque la relation aidant/aidé. Mais ce n’est que le début d’une nouvelle politique internationale : Y a t-il de la place pour une diplomatie régionale ? Comment maintenir la mobilité internationale avec la Région si le coût des transports doit décupler ?"

Participants : Jean-Marie Bergère ; Gisèle Bessac, designer ; Cyril Olivier ; Romain Thévenet, la 27e Région ; Charlotte rautureau, la 27e Région.

"La Région Ingénieuse prend en compte la globalité de la planète, considère les singularités de son territoire et va à la rencontre de territoires pouvant appartenir à tout pays, dont les singularités entrent en raisonnance avec les siennes, pour bâtir dans la durée des projets communs. Voici la maquette proposée par le groupe, et les explications qui l’accompagnent : Le groupe est parti de trois constats : . La notion « historique » de coopération ramène à une relation d’assistant-assisté /donneur-receveur/fort-faible ; il est essentiel de fonder les relations sur la réciprocité. . Ces relations sont ancrées sur des projets concrets, créateurs de dynamiques, à partir des ressources et potentiels d’initiatives locales . La communication doit s’établir dans une proximité et régularité de suivi de projet sans nécessiter de voyager, étant données les problématiques de limites de ressources énergétiques et de pollution

De nouveaux modes :

  • Pour prévenir le risque de rapport déséquilibré, les projets sont engagés entre trois régions partenaires, aux caractériques diversifiées ;
  • Les projets ont pour objectifs de résoudre des problématiques, développer des potentiels spécifiques aux territoires et à long terme, mais aussi favoriser la proximité et la connaissance culturelle réciproque ;
  • Dans chaque champ d’intervention de la Région, une personne repère les projets internationaux potentiels et des groupes d’action pluridisciplinaires, transversaux, les mettent en oeuvre, en collaboration avec des personnes et organismes ressources locaux ;
  • Des programmes d’expérimentation peuvent être menés, avec des calendriers précis ;
  • Le but est de travailler sur des singularités, les résoudre ou les mettre en valeur, en relief, de manière spécifique, sur mesure - pas de généralité.
  • Les nouvelles technologies permettent d’échanger régulièrement entre équipes, de co-piloter les projets, mais aussi de se déplacer, sur les lieux des projets, en immersion virtuelle ;
  • Elles permettent aussi de constituer un réseau « d’ambassadeurs » - toutes personnes séjournant plus ou moins longtemps sur un territoire partenaire (études, travail, autres) et souhaitant cultiver des liens au-delà de la durée du séjour ;

Mise en valeur des singularités, mise en relief des spécificités locales à une échelle mondiale non hiérachisée."

Groupe 5 : Quelle politique ingénieuse à l’international pour les Régions ?

Le pitch : "Les collectivités vivent à la traine des citoyens, devenus depuis longtemps des êtres "interterritoriaux". Dans la Région Ingénieuse, les concepts de compétitivité, de libre administration, de subsidiarité sont caduques et ne suffisent plus pour repenser les politiques territoriales. Comment passer d’un pouvoir fondé sur une souveraineté institutionnalisée, à un pouvoir basé sur des pratiques de coopération de type open-source ?"

Participants : Sophie Valdenaire, Région Bourgogne ; Jean-Pierre Quignaux Association des Départements de France ; Marine Panazol, étudiante en architecture ; Nicolas Taillandier, directeur Pays de Combraille en Marche ; Damien Roffat, designer.

Un des constats de départ partagé par les participants : le cloisonnement (voir la concurrence) entre les collectivités territoriales et le manque d’implication des citoyens dans les processus de gouvernance empêchent une bonne connexion action public / besoins des habitants, ralentissent la conception et la mise en place des services publics et en brouillent la lisibilité et l’adoption par les usagers. Une plus grande coopération au sein des territoires devra donc être organisé à l’avenir pour augmenter l’efficacité dans la conduite des politiques territoriales. Ce postulat fait également écho à l’apparente nécessité de réduire les dépenses publiques. Quels sont les logiques et les dispositifs à mettre en place pour que la coopération, souvent souhaitée aujourd’hui, se réalise concrêtement ?

Pour que la coopération entre des acteurs au niveau de langage et aux intérêts parfois très différents devienne une réalité , il est nécessaire d’insuffler des dynamiques de projet au sein des territoires. L’entrée "projet" permet une plus grande souplesse de l’action public. Elle mobilise et rassemble des équipes de travail inter-disciplinaires sur des périodes définies et des objectifs précis. Une dynamique de projet permet aussi d’adapter le travail et les méthodes convoquées à un ensemble varié de contextes (ex : Différentes échelles territoriales). Pour placer les acteurs publics dans une dynamique de projet, les participants ont proposé un dispositif nommé : La Fabrique à projet.

Trois composantes clés structurent ce nouveau service :
- Des équipes inter-disciplinaires temporaires. La fabrique à projet est mobilisable par n’importe quel acteur du territoire qui souhaite monter un projet nécessitant une approche coopérative.Lorsqu’un projet est mis en route, une équipe rassemblant des acteurs de divers horizons est mobilisée. Le dispositif est là pour les outiller pour qu’ils puissent conduire leur projet à terme.
- Un poste de coordinateur. Une personne est chargée d’animer le dispositif (Mise en relation des équipes projets, définition des contours des projets, communication sur le dispositif etc). Le poste est co-financé par les différentes collectivités locales présentes sur le territoire.
- Le pôle de ressource régional. Une équipe permanente recensent et met à disposition un ensemble de ressources (Données, méthodologies, outils etc) pour les équipes projets. Ils doivent s’adapter aux différentes demandes. Une plateforme en ligne est alimentée au fil des projets.

La fabrique à projet doit être mobile pour intervenir à différents endroits du territoire. Elle repose sur un principe de mutualisation public / public mais aussi public / privé.

La deuxième proposition s’est davantage focalisée sur une coopération inter-acteurs publics (Conseil Régional, Conseils généraux, intercommunalité ). Une telle coopération permettrait de produire une vision territoriale cohérente, économe en moyens ou l’ensemble des dispositifs et services portés par les acteurs publics seraient lisibles et complémentaires.

Un tel mode de fonctionnement nécessite deux changements importants : 1-Une mutualisation des moyens. Pour élaborer une vision territoriale partagée, il est impératif de composer des équipes de travail mixtes, c’est à dire mélant des agents des Conseils Régionaux, généraux et des inter-communalités. Grâce à leurs différents niveaux de connaissance, ils définissent les enjeux et les problématiques communes. Une mutualisation matérielle large (Véhicules, outils numériques, infrastructures etc) peut-être mise en place. 2- Des organisations complémentaires. Si la logique de coopération inter-acteurs publics est poussée à son paroxysme, il semble judicieux de redistribuer les rôles de chacun pour arriver à une véritable complémentarité dans les actions et les projets. Les participants ont proposé de sortir des modes d’organisation actuels, trop identiques, qui régissent la vie des Conseils Régionaux, départementaux et des intercommunalités pour mettre en place de nouvelles organisations spécifiques, dédiées aux rôles que chaque acteur et le plus à même de remplir.

Ainsi :

  • La Région aurait un rôle de coordination et de mise en réseau des initiatives et projets portés par d’autres. Dans cette optique, elle constituerait des centres de ressources et de compétences.
    - Le département deviendrait une agence technique. Son action serait centré sur la production de service en phase avec les attentes et les besoins des citoyens exprimés au niveau de la région. Ce nouveau rôle, essentiellement technique, pourrait impliquer une disparition de l’assemblée des élus départementaux.
    - Les inter-communalités seraient là pour assurer la mise en oeuvre opérationnelle des nouveaux dispositifs et services.

Cette proposition fait écho à la réforme des collectivités territoriales et peut être considéré comme une alternative.

Nov 19 2011

A la recherche des Régions Ingénieuses (1/2)

Billet publié par Stéphane Vincent dans la catégorie 27e Région
Tag : prospective

Mercredi 16 novembre, nous organisions comme chaque année le Off, une journée créative proposée la veille du Congrès des Régions. Nous étions 45 participants, élus, agents, designers, responsables associatifs, consultants, aimablement accueillis par le Centre de Création Contemporaine (CCC) de Tours. Catherine Mitjana et Didier Bardy, nos amis libraires de Sarrant étaient des nôtres avec un stand spécial "innovation et politiques publiques". Nous reviendrons plus en détail sur les productions de cette journée, mais d’ores et déjà, quelques explications sur le déroulement de la journée et les premières productions...

Tout d’abord, le clip de la journée :

A la recherche des Régions Ingénieuses

Cette année, le Off avait pour objectif de produire une représentation collective des "Régions Ingénieuses", concept dont nous avions imaginé le manifeste, organisé autour de 6 valeurs : l’empathie, l’astuce, la qualité, l’intégrité, la frugalité, le désir...

Le making off de la journée en photo, heure par heure :

Le mode d’emploi de la journée peut également être téléchargé ici.

Les résultats détaillés : dans le billet suivant.

Des participants enthousiastes, quelques améliorations à apporter

Au terme du debriefing que nous avons organisé avec les participants en fin d’après-midi, plusieurs constats ressortent :

  • L’intérêt de produire des valeurs tels que celles figurant dans le manifeste se confirme ("On imagine très bien comment transformer ces valeurs en spécifications fonctionnelles dans un projet", dit Jacky Foucher)
  • La méthode est concluante et très stimulante ; peut-être aurait-on s’en tenir à la première ébauche des maquettes, la version finale n’apportant pas grand chose ;
  • Les productions sont pertinentes ; elles auraient gagné à plus d’hétérogénéité, et un panel de participants plus diversifié aurait produit des résultats moins homogènes (ici, les mêmes concept reviennent dans tous les groupes : le rôle du citoyen, la co-conception, etc)
Jui 15 2011

Le Limousin écologique en mode créatif

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Design , Innovation , prospective , rural

Crédits photo DTA. Extrait de la carte produite par un groupe de travail « habiter » lors de la rencontre territoriale de Peyrelevade.

Pas si loin de la Bourgogne qui planche sur ses "villages demain", la Région Limousin vient d’engager une démarche créative dans le cadre de ses assises de la conversion écologique de l’économie et de l’emploi. Une réflexion accompagnée et outillée par l’équipe de Design Territoire Alternatives, qui co-anime les rencontres territoriales organisées avec élus, entreprises et habitants dans plusieurs points du territoire.

La démarche a de nombreux points communs avec le travail entrepris sur les "Villages de demain" en Bourgogne. Peut-être des échanges fructueux en perspective ? Le pitch : "Essence et électricité de plus en plus chère, denrées alimentaires à la hausse, pollution croissante... La raréfaction des ressources naturelles et le renchérissement du coût de l’énergie vont nous amener demain à changer nos modes de vie. Que seront nos modes de transport et de consommation, nos logements, nos emplois ? Comment s’organisera notre vie professionnelle ? Quels nouveaux emplois seront nécessaires ? Quel tissu économique permettra de répondre à cet enjeu majeur ? Quelles autres solutions imaginer, quelles nouvelles sources d’énergies utiliser, quels nouveaux comportements et usages et nouvelles solidarités allons nous développer ?"

Extrait vidéo d’une rencontre sur le thème "se nourrir" :

Rencontres Territoriales 22/06 "se nourrir" from REGION LIMOUSIN VIDEOS on Vimeo.

Jun 16 2011

LIFT, version services publics ?

Billet publié par Stéphane Vincent dans la catégorie 27e Région
Tags: administration , Innovation , prospective

Jeudi 26 mai, à la Maison de l’Aquitaine qui nous faisant la gentillesse de nous accueillir, nous avons proposé aux participants de notre comité d’orientation annuel d’imaginer ce que pourrait être un événement créatif, dont l’objectif serait de produire de nouvelles visions sur l’action publique, de repenser radicalement la culture administrative, et notamment d’inventer des modèles alternatifs à l’idéologie managériale dominante marquée par l’obsession de la performance au détriment du bien-être des gens... Une culture administrative renouvelée, ré-oxygénée, dotée de sens, contribuant à réconcilier élus, fonctionnaires et populations avec leurs services publics.

Cet événement n’existe pas encore, sa date est inconnue pour l’instant, mais nous en avons déjà dessiné les contours pendant cet après-midi. C’est donc, comme on le dit souvent pour les barcamp, une non-conférence, au sens propre comme au figuré !

Notre comité d’orientation, miniature de ce nouvel événement

Pour construire le programme de cet événement (on l’espère) à venir, nous avons demandé au participants de notre comité d’orientation de partager leurs réflexions. Après les avoir familiarisé avec quelques unes de nos réflexions en cours, puis interrogé individuellement sur leur ressentis, ils ont produit des propositions en atelier. (voir encadré sur la méthode en fin d’article). Vous pouvez retrouver toutes les images de ces intenses réflexions ici.

Alors, comment notre comité d’orientation voit-il un événement capable de porter une telle utopie ? Voici donc les différentes propositions que les participants nous ont faites.

Un format de rencontre inspiré

Un mot sur le format, tout d’abord. Certains participants appellent de leurs voeux des formats inspirés de TED, de PICNIC ou de LIFT (que la FING organise du 6 au 8 juillet à Marseille événement auquel il faut absolument se rendre !) Imaginez un instant un LIFT consacré à l’administration, avec des successions d’interventions de Dircabs chronométrées par un gong et des ateliers "Fais ton administration toi-même" ! Ils veulent des mises en scène et des scènettes jouées, des vidéos, du théatre-forum, des controverses, un barcamp et un carrefour des possibles, des présentations d’études de cas et des expériences. Certains suggèrent aussi que l’événement soit l’aboutissement d’un cycle d’ateliers, sur la durée, produisant à son terme des propositions alternatives et tangibles.

Des participants acteurs de l’événement

Quel public un tel événement doit-il concerner ? Cette question n’a pas été approfondie mais des choses ont été fortement suggérées :

  • L’objectif est de réunir des publics très hétérogènes, capable d’oublier le protocole et de ne pas se sentir enfermés dans leur statut (élu, simple citoyen, fonctionnaire d’Etat ou territorial, etc), désireux de venir se ressourcer en idées créatives, radicales et d’être directement associés à l’événement ;
  • S’ils ont pour point commun de s’intéresser à l’avenir de l’action publique, ils couvrent tous les secteurs et profils (simples citoyens, élus, fonctionnaires et agents, représentants d’associations, consultants, entreprises, acteurs de la médiation, de l’ESS, etc) ; participent également à l’événement des métiers et des cultures très différentes (chercheurs, designers, sociologues, urbanistes, architectes, acteurs de la participation...) ;
  • C’est un événement international, qui mobilise des innovateurs de l’Europe et du monde entier (Mindlab, SILK, etc)
  • Il ne concerne donc pas uniquement les conseils régionaux, partenaires habituels de la 27e Région, mais il est possible qu’il se concentre sur les politiques territoriales ; à suivre...
  • Faut-il créer un événement ex-nihilo ou s’inscrire par exemple dans le Congrès annuel de l’Association des Régions, au travers du "Off" que nous organisons chaque année, et profiter ainsi d’une logistique existante ? La question reste posée...

Des thèmes conçus pour ré-interroger la culture de l’action publique

Voici les thèmes imaginés par notre comité d’orientation, au besoin légèrement ré-interprétés par nos soins. A ce stade il s’agit d’une première sélection d’idées à traiter, d’intervenants à associer.

1. Les racines idéologiques du management

D’où vient le management et comment est-il entré dans la sphère publique ? Comment en sommes-nous arrivés là ? Pourquoi cette fiction de la performance à coups d’indicateurs et de tableaux de bords ? Qu’est-ce qui empêche, au moins en apparence, l’émergence de modèles alternatifs ? Presse spécialisée, grandes écoles, consulting de masse... qui véhicule, sans jamais la remettre en question, la culture du "new management public" ?

Participants, intervenants pressentis : Patrick Le Galès, politiste et sociologue, est directeur de recherche CNRS au Centre d’études européennes de Sciences Po et professeur à Sciences Po ; Anne Pezet, professeur à l’Université de Paris-Dauphine.

Rapporteur : Olivier Ryckwaert, cabinet de la Région Pays de la Loire

2. Où va l’action publique ?

Qu’est-ce que l’action publique et qu’est-ce qui la différencie encore de l’action du marché ? Comment lui redonner du sens aujourd’hui ?

Participants, intervenants pressentis : Julie Gervais, chercheur en sciences politiques à la Sorbonne, Maître de conférences en science politique au CESSP-CRPS Paris 1, associée au laboratoire Triangle

Rapporteur : Yves Duruflé, directeur général des services de la Région Nord-Pas de Calais

3. Politique en travaux, les affaires du management continuent

Management ou élus : qui produit véritablement les politiques publiques ? Le politique peut-il intervenir sur le management ? Peut-on produire une vision politique sans produire la vision managériale qui va avec ? Le management est-il un moyen de masquer l’absence de vision politique ? Les bases d’une politique du management : anoblir les questions de management aux yeux de l’équipe d’élus, exprimer plus clairement le rôle de l’équipe élue à l’égard du management...

Participants, intervenants pressentis : élus, agents...

Rapporteur : Olivier Ryckwaert, cabinet de la Région Pays de la Loire

4. Un nouveau récit pour l’action publique

“On ne raconte pas d’histoire avec des tableaux...” Comment recréer le désir d’action publique ? Comment produire un nouveau story-telling des politiques publiques, redonnant de la clarté au projet, propre à re-mobiliser les populations ? La politique peut-elle inventer ses propres modes de narration, loin des modèles imposés du marketing public ? Ethique et communication publique - Après la communication, le design des politiques publiques ?

Participants, intervenants pressentis : studio "Formes vives".

Rapporteur : Olivier Ryckwaert, cabinet de la Région Pays de la Loire

5. La coproduction de l’action publique

Et si l’on poussait un cran plus loin des pratiques déjà en vigueur, mais pas totalement assimilées par l’organisation actuelle ? Appel à plus de transversalité, d’horizontalité, de coopération, de coproduction, de temps longs, de dialogue en interne et externe... toutes ces demandes se font plus fortes et au bout du compte, décrivent une toute autre organisation, dotée d’un autre management, d’un autre rapport aux outils informatiques, d’un changement complet de regard avec les publics, avec les autres structures -avec quelques points durs d’ordre culturels, mais aussi juridiques et législatifs très divers (marchés publics, droit des agents, etc)

Participants, intervenants pressentis : élus, praticiens, usagers, experts ; Claude Rochet, Institut du management d’Aix en Provence.

Rapporteur : Yves Duruflé, directeur général des services de la Région Nord-Pas de Calais

6. Qu’est-ce qu’une bonne décision ?

Qu’est ce qui se joue derrière le processus décisionnel dans l’action publique ? La décision a t-elle toujours un sens, répond t-elle toujours à des attentes et des pratiques avérées ? Est-elle toujours bien comprise par les intéressés ? Est-elle toujours mise en oeuvre, dans un contexte de turn-over permanent des protagonistes ? Son impact est-il toujours bien apprécié malgré les innombrables évaluations ? Une nouvelle culture de gestion publique appellerait davantage de continuité dans la prise de décision, mais aussi d’opérationnalité, de simplicité, de décloisonnement, de prise de risque. La décision "durable" s’appuierait également sur un autre récit, une autre façon d’expliquer la décision.

L’atelier sera organisé autour d’un exemple précis de décision récente, connue de tous.

Rapporteur : Sabine Vansaingèle, ressources humaines, Ministère de l’intérieur

7. Repenser la relation avec les publics

Sans doute le glissement sémantique qui s’est opéré entre l’usager des services publics et le client de l’entreprise commercial doit-il être révisé. Par ailleurs le mot “usager” ne suffit plus à décrire la relation qui existe entre les populations et leurs services publics, qui a profondément évolué avec la montée de l’expertise-utilisateur, l’innovation sociale, mais aussi du fait d’une défiance accrue à l’égard des institutions. Après l’écologie industrielle, quelle place donner à l’usager dans une nouvelle écologie des services ?

Rapporteur : Yves Duruflé, directeur général des services de la Région Nord-Pas de Calais

8. Les utilisateurs au centre ou le centre des utilisateurs ?

A force d’être mis au centre de l’administration, l’usager est nulle part, sinon dans la vulgate du "nouveau management public". A quoi ressemblerait la fonction chargée de renouveler la relation entre élus, agents, citoyens ? Il manque au sein-même de l’administration une fonction de collaboration avec les publics, dotée de lieux, de cadres, de méthodes, de moments où publics et agents dialoguent, travaillent ensemble, pour qu’un changement de regard s’opère et qu’une meilleure co-conception s’amorce. Rapporteur : Sabine Vansaingèle, ressources humaines, Ministère de l’intérieur

9. Un format "crash test"

Comment pourrait exister une forme d’atelier permettant de repartir de pratiques précises ? L’idée de cette proposition est de construite avec les participants un format "crash test" permettant de choisir un objet existant ou fictif, et de le démonter, de le reconstruire ensemble pour ne pas démarrer la réflexion de zéro.

Rapporteur : Olivier Caro, gérant B.O.C (la vidéo n’a pas marché, voici le schéma produit par les participants de l’atelier)

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Prochaine étape ?

Beau résultat pour à peine plus de 2 heures de travail ! L’objectif de cette première phase était de co-produire des pistes de thèmes et l’esprit d’un événement, et de donner envie à un premier groupe de participants d’y prendre directement part. L’objectif semble atteint et nous continuerons à travailler avec ce groupe pour construire cet événement.

Et maintenant ? Tout reste ouvert, mais plusieurs pistes se dessinent. En 2012, notre nouveau programme "La Transfo" sera bien engagé avec les Régions Champagne-Ardenne, Bourgogne, et probablement Pays de la Loire, Provence Alpes Côte d’Azur, Basse-Normandie ou encore Nord-Pas de Calais. Un tel événement pourrait être une étape importante dans ce grand programme interrégional. Plusieurs de ces Régions seraient déjà candidates pour l’accueillir.

La 27e Région est conviée à plusieurs événements internationaux dédiés à l’avenir du management public (dont l’un organisé à Copenhague en septembre 2011). Ce seront autant de sources d’inspiration et de mise en réseau pour nous.

En France, les manifestations dédiées à l’innovation dans l’action publique existent mais dans des formats et à partir d’angles bien balisés. Les événements organisés sous l’égide des publications spécialisées (La Gazette des communes, Pouvoirs publics, les publications du Moniteur) s’inscrivent généralement dans le prolongement de la culture managériale classique. On se souvient d’INOP (les rencontres de l’Innovation publique et du management), qui se concentrait essentiellement sur l’innovation technologique et l’administration électronique. Du côté de la recherche, beaucoup d’événements plus internationaux existent, mais ils sont très ciblés et trop académiques pour intéresser la plupart des fonctionnaires, décideurs, élus et consultants. Un positionnement reste donc à inventer...

PS 1. Un mot sur la méthode

En résumé, voici comment nous avons proposé à notre comité d’orientation de travailler pour produire ces idées de thèmes :

  • 4 vidéos de quelques minutes suivies d’une question leur ont été projetées, et au terme de chacune d’elles les participants devaient noter leurs avis et réactions sur une fiche et l’afficher au mur. La première vidéo était une interview d’Anne Pezet sur les excès du management, la seconde une interview de Marjorie Jouen sur les conséquences du management public en Europe, la troisième une vidéo de présentation du Mindlab de Copenhague, la quatrième une interview de Charles Leadbeater à Londres.

  • Les participants se sont répartis entre 4 groupes chargés de traiter chacun une dimension du management public (politique & management public, nouvelles pratiques managériales, innovation et management, nouvelles relations avec les publics), et de produire des thèmes susceptibles de nourrir un événement consacré à l’avenir du management et de l’action publique
  • Le rapporteur de chaque groupe a présenté des propositions de thèmes, de contenus, d’intervenants possibles et de formats d’intervention. Ces restitutions ont été filmées et rapidement débattues ;

PS 2. Un verbatim très riche

Les participants ont noirci plusieurs centaines de fiches sous forme d’arguments, d’idées, de suggestions que nous n’avons pas reproduites ici mais que nous conservons précieusement en vue de les exploiter pour la prochaine étape.

PS 3. Liste des participants

  • Jessica D’Adhemar, La 27e Région
  • Loranne Bailly, Directrice aménagement, pol. territoriales, solidarités et services publics, Région Bretagne
  • Godefroy Beauvallet, directeur, Fonds AXA pour la Recherche
  • Jean-Marie Bergère, Directeur Astrees
  • Barbara Bey, chargée de mission culture, CHU Strasbourg
  • Maxime Brun, stagiaire Europ’Act, DATAR
  • Gino Bontempelli, chargé de mission "direction de projet", Région PACA
  • Alain Cadix, directeur de l’ENSCI
  • Olivier Caro, gérant, B.O.C
  • Guillaume Cros, conseiller régional, Conseil Régional Midi-Pyrénées
  • Marie-Claude Derouet-Besson, Institut français d’éducation, ENS de Lyon
  • Yann Djermoun, chef de cabinet, Conseil Régional de Champagne-Ardenne
  • Yves Duruflé, directeur général des services, Conseil Régional Nord Pas de Calais
  • Castore Gabbiadini, chargé d’étude, Conseil Régional de Picardie
  • Stéphane Gornikowski, directeur, Générale d’Imaginaire
  • Caroline Guichet, chargée de mission Conseil Régional de Picardie
  • André Jaunay, chef de projet, Région Ile-de-France
  • François Jégou, directeur de Strategic Design Scenarios
  • Eric Jupin, chef de projet, Conseil général de la Gironde
  • Pierre-Jean Lorens, directeur du développement durable,de la prospective et de l’évaluation, Conseil Régional Nord pas de Calais
  • Bertrand Millet, chargé de mission DATAR
  • Julien Noirvache, chargé de mission, Conseil régional Champagne-Ardenne
  • Cyril Olivier, chargé de mission au cabinet, Région Basse-Normandie
  • Christian Paul, 1e vice-président, Région Bourgogne
  • Sophie Pène, directrice de la recherche, ENSCI
  • Orianne Perrier, Chargée de mission projets citoyens, Région Ile de France
  • Sylvain Petit, directeur adjoint des formations initiales, Région Nord Pas de Calais
  • Anne Pezet, professeur à l’Université Paris-Dauphine
  • Charlotte Rautureau, La 27e Région
  • Olivier Ryckewaert, chargé de mission Présidence/DGS, Région Pays de la Loire
  • Romain Thévenet, La 27e Région
  • Jean-Christophe Ulmer, Responsable Mission démocratie régionale, Région Ile de France
  • Chloë Vidal, chargée de mission prospective, Région Rhône-Alpes
  • Delphine Vincent, directrice, Entreprise Territoires et Développement
  • Stéphane Vincent, La 27e Région
mai 23 2011

L’échantillonneur de lycée

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Champagne-Ardennes , Lycée , Nord Pas de Calais , prospective

Comment voyons-nous nos lycées dans 10 ou 15 ans ? La réponse est complexe, car elle ne peut se résumer ni à la nouvelle architecture d’un bâtiment, ni même sous l’angle d’une nouvelle organisation éducative. De même, le lycée de demain ne saurait être une simple juxtaposition des visions portées par chacun : organismes de tutelle, Etat, Région, enseignants, lycéens et parents et l’ensemble de la communauté éducative... Le lycée de demain est certainement un lycée différent, mais c’est sans doute également un lycée qui a été pensé et conçu d’une toute autre façon...

Nous avons déjà parlé ici de "Mon lycée demain", le programme de prospective créative que nous avons mené pendant quelques mois en partenariat avec la Région Nord-Pas de Calais, la Région Champagne Ardenne, Strategic Design Scenarios et l’ENSCI.

Au terme du programme, voici l’Echantillonneur, un kit composé d’une centaines de cartes réparties entre des visions (une orientation générale, une priorité politique particulière donnée au lycée par la Région et ses partenaires), des idées (des propositions inspirantes permettant de concrétiser les visions et de les rendre plus tangibles), des processus ( méthodes qui contribue à changer la façon dont est conçu le lycée), et des exemples (cas réel issu d’une région, d’un établissement). C’est la combinaison de ces cartes qui permet de composer, à partir de tous ces "échantillons", sa vision du lycée idéal...

Fév 19 2011

Mon lycée demain : premiers scénarios

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Design , Lycée , prospective

Nous menons un programme créatif de quelques mois sur le thème "Mon lycée demain", soutenu par les Régions Nord-Pas de Calais et Champagne Ardenne, en partenariat avec l’ENSCI et Strategic Design Scenarios. Avec ce dernier, des élèves de l’ENSCI ont produit une dizaine de visions mises en images sous forme de vignettes vidéo. En voici deux en guise d’avant-goût :

Pour illustrer la vision d’un lycée réversible, le "foyer diffus" est un concept dans lequel chaque lieu remarquable de l’établissement est marqué comme un composant du foyer.

Foyer diffus from Strategic Design Scenarios on Vimeo.

Particulièrement illustratif du lycée-société, le "guide du lycée", entre carte sociale et trombinoscope, donne accès et envie d’explorer les contenus cachés derrière les personnes.

Guide du lycée from Strategic Design Scenarios on Vimeo.

Pour suivre la production du programme au fur et à mesure : http://www.sustainable-everyday.net...

Nov 30 2010

Retour de Biennale

Billet publié par équipe 27e
Tags: Design , Innovation , prospective

Nous étions cette semaine à la rencontre bi-annuelle des acteurs du design : la Biennale de St Etienne. Comme tous les deux ans, il s’expose une diversité de projets permettant de se faire une belle idée de la production contemporaine du design mondial.

L’idée d’un design au service des politiques publiques commence à faire son chemin, et nous avions l’honneur d’y présenter "Ma vie de ch’ti en 2040" réalisé en 2009 conçues avec l’aide de Félix Compère et en partenariat avec la direction prospective de la Région Nord-Pas de Calais. Nous étions invités par Claire Fayole commissaire de l’exposition "Demain c’est aujourd’hui", la partie de l’exposition consacrée à la prospective, et aux usages émergents.

Nous étions présentés sur le même îlot que François Jégou, qui lui présentait deux projets : nano objets raconté dans Design des Politiques publiques, et un projet sur les objets permettant d’économiser l’énergie.

Petit retour sur quelques présentations qui nous ont plu ou marqué cette année lors d’un trop bref passage :

  • "Domestic Robocop", de Keiichi Matsuda (Bartlett School of Architecture) : cette vidéo de 2’46’’ présentée dans l’expo "Demain est aujourd’hui" mettant en scène la vie quotidienne dans un contexte de Réalité Augmentée (RA) n’est pas la première du genre, mais on est toujours à la fois ébahi et effaré de s’imaginer sous l’emprise d’une telle pression cognitive...

Augmented (hyper)Reality : Domestic Robocop from Keiichi Matsuda on Vimeo.

  • "Nuclear is good". Mais comment vous en convaincre ? On n’est pas dans le politiquement correct avec les travaux d’Oliver Goodhall (Royal College of Art), qui propose des scénarios nucléaires alternatifs pour l’avenir et développe l’idée qu’il faut totalement revoir la façon de produire le débat public autour de ce sujet épineux. http://www.di10.rca.ac.uk/olivergoo...
  • "Dunne & Raby" sont les commissaires de l’exposition "Entre la réalité et l’impossible" ("Between reality and impossible"). Ils utilisent le design comme un media pour créer du débat sur les implications sociales, culturelles et éthiques des nouvelles technologies. Leurs projets sont conçus pour étonner voire heurter nos esprits : les ravitailleurs, qui inventent de nouvelles façons de s’alimenter ; Esprit public, ou la lutte contre la machine à lire nos pensées ; Après la vie, concept visant à faciliter l’euthanasie assistée ; ou encore Ethiculator, calculatrice capable de produire des choix éthiques à notre place... L’expo est un peu anarchique, et on a quelquefois du mal à se repérer dans ce ensemble. Mais l’exposition est amusante, et prouve qu’il est possible d’utiliser le design pour outil de dialogue sur l’avenir de la société.
  • "Union" radio de table politique Proposé par Nanar Kradjian, designer libanais, cette radio cubique est en fait la juxtaposition de 6 radios intégrées branchés sur les émissions des 6 partis politiques du Liban (chacun représenté par une couleur). Six personnes peuvent s’asseoir autour et écouter via les écouteurs dédiés, chacun sa station en fonction de ses préférences politiques sans déranger les autres. Et lorsqu’on débranche les écouteurs, on entend la somme de différentes émissions, reconstituant par là le chaos sonore des discussions politiques.
  • "Anna Adamolo" est une expérience initiée en réaction aux réformes de l’Université menées par le gouvernement Berlusconi en 2008. Pour fédérer les multiples courants opposés à cette loi, plus qu’un logo, c’est une "identité container" qui a été créée par l’Ecole d’Art de Milan : celle d’Anna Adamolo, ministre d’Education fictive ; La ministre possède son Facebook, ses vidéos sur Vimeo, ses blogs...
  • Côté méthodologie, l’exposition "Process design" orchestrés par le collectif de designer "designers+" à St Etienne permettait de montrer les étapes de conception d’un produit ou d’un service de façon plutôt didactique. A noter également le programme Lupi Laboratoire des Usages et des Pratiques Innovantes (Design lab) proposé par la cité du design dont la méthodologie est très claire, et dont nous pensons qu’ils peut être appliqué au delà des projets en entreprises, à toutes les collectivités qui produisent de l’action publique.
  • La partie de la biennale présentée dans la cité du design : "La ville mobile" est une expo grand public à portée pédagogique, plus qu’une démarche réflexive ou critique sur la ville. On regrette le rôle restreint dévolu au design, qui doit se contenter d’une portion congrue de l’exposition.
  • Côté "Off" nous sommes passés voir Fanny Herbert, installée à St Etienne, qui est intervenue régulièrement dans le programme "Territoires en Résidences" et qui orchestrait cette fois l’installation d’un journal géant sur un ancien site industriel. La "Cartonnerie" est un journal affiché sur les murs d’une ancienne fabrique de carton stéphanoise qui a été rasée durant l’été et dont le site est actuellement dépollué. Plutôt que de fermer cet espace au public, Fanny et ses comparses de l’association "carton plein" ont proposé à l’EPASE (société d’aménagement de St Etienne) d’ouvrir le lieu et d’en faire un espace de rencontre pour le quartier. Pour le vernissage théâtre d’ombre et soupes de potimarons étaient au programme. D’autres évènements ponctueront la sortie des prochains numéros du journal, au fur et à mesure qu’avancera le chantier de reconstruction du lieu.

  • Quel volume de données tient au fond de votre poche sur votre smartphone, votre lecteur MP3, ou votre livre électronique ? Pour nous en donner une idée, l’expo "La ville mobile" présentait trois caddies contenant pèle-mèle camescopes, consoles de jeu, appareils photos numériques, des milliers de CD, de DVD et de livres photo du smartphone....

Nov 29 2010

Comment innoverons-nous demain ?

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Innovation , prospective

Nous venons de prendre part à un travail de prospective sur l’avenir de l’innovation, "INnovation FUtures" (INFU), dont les partenaires sont l’Austrian Institute of Technology à Vienne, coordinateur du programme, le Fraunhofer Institute for Systems and Innovation Research à Karlsruhe et Z_punkt, The Foresight Company à Reinauhafen, en Allemagne, et Strategic Design Scenarios à Bruxelles. Le projet INFU est financé dans le cadre du 7e Programme cadre de l’Union européenne. Il vise à comprendre l’évolution des processus d’innovation, à détecter les phénomènes émergents et à dresser un panorama prospectif à même de contribuer à orienter les politiques publiques européennes. Nous revenons ici sur les premiers enseignements de ce programme qui se termine en 2013.

Après avoir identifié à l’échelle internationale un ensemble diffus de signaux faibles sur les nouvelles formes d’innovation puis avoir chercher à en "amplifier" le sens (voir cette vidéo), l’équipe INFU a ensuite cherché à approfondir certains aspects récurrents -en particulier l’innovation sociale et la co-conception, présentes dans un grand nombre de cas. Rien d’étonnant à cela, comme le souligne Ezio Manzini, designer italien, professeur au Politecnico di Milano, qui dirige l’unité de recherche de Design et d’innovation pour le développement durable : "Dans un monde limité, de plus en plus densément peuplé et connecté, la ressource humaine est la plus abondante et l’innovation sociale -l’innovation par les gens, pour les gens- est la plus à même de relever les défis du développement durable".

Un panel d’innovateurs sociaux

Pour explorer ces dimensions, nous nous associés, François Jégou (Strategic Design Scenarios) et la 27e Région, pour réunir un panel de professionnels engagés dans le changement social, la transformation territoriale et la rénovation de l’action publique : collectifs d’intervention urbaine, sociologues de terrain, artistes urbains, entrepreneurs sociaux, acteurs de la participation, innovateurs numériques, designers de service... l’objectif était de profiter de l’expérience de chacun de ces secteurs pour croiser ces approches, identifier ensemble des modes d’innovation sociale émergents, et produire des visions pour le futur. Participaient ainsi à ce panel : Corinne Iehl, directrice de CRé’Avenir, sociologue expérimentée dans les projets de transformation urbaine, basée à Lyon ; Maud Le Floc’h, directrice du pOlau (Pôle des Arts Urbains) à Tours, un collectif d’urbanistes et d’artistes impliqués dans l’activisme urbain ; Olivier Jouen, créateur de Port Parallèle à Paris, coopérative d’activités et d’emplois regroupant 100 entrepreneurs-salariés ; Guy Peudupin, directeur de NXA Nouveaux Armateurs, une agence conseil spécialisée dans la recherche utilisateur et impliqué dans la participation citoyenne ; Paul Richardet, chef de projet à Silicon Sentier, association opératrice du tiers-lieu créatif La Cantine ; Dilira Trupi, doctorante spécialisée dans les réseaux sociaux numériques et la coopération en ligne ; Stéphane Vincent, directeur de la 27e Région ; Michèle Dougé, consultante en créativité ; François Jégou, directeur de Strategic Design Scenarios à Bruxelles.

Nous, membres de la Citizen Agency

Le panel s’est déroulé en deux étapes. La première étape consistait à simuler l’existence de la Citizen Agency, agence "nouvelle génération", fleuron de son secteur en 2010, mobilisant les techniques d’innovation sociale les plus pointus pour traiter les problèmes économiques et sociaux les plus complexes. Chaque participant, membre fictif de cette agence, devait alors décliner son identité professionnelle, en valorisant la spécificité de ses méthodes et de leurs atouts. Dans la seconde étape, le temps s’accélérait : nous étions en 2030, la Citizen Agency fêtait ses 20 ans, et l’équipe au complet devait répondre successivement à deux missions : une situation de crise ("80 000 sinistrés affluent sur la côte de la Rochelle....Proposez un plan d’action pour créer des solutions d’accueil diffuses au sein de la population locale pour les recueillir !"), et un grand projet interrégional (Une Eurorégion franco-belge se constitue... Proposez un plan d’action pour susciter un processus bottom-up pour sa mise en place’). Les participants devaient alors proposer des modes d’intervention innovants et les articuler entre eux pour former une réponse cohérente au problème posé.

Premiers enseignements

Le rapport intermédiaire INFU (en anglais, bientôt en téléchargement en bas de cet article) revient en détail sur les enseignements de ce panel. En substance, il en ressort tout d’abord des thèmes pressentis comme essentiels pour l’avenir de l’innovation :

  • un travail de clarification à mener autour du concept de participation, dont la perception varie selon les intervenants ;
  • le risque de voir l’innovation sociale utilisée comme prétexte pour réduire les ambitions et les moyens de l’Etat et des services publics ;
  • une interdisciplinarité accrue, entre des professionnels prônant tous le recours à l’expertise-utilisateur, souvent en dissidence avec leur propre corporation ou discipline ;
  • les articulations à construire entre les grandes démarches de crowd-sourcing et les micro-démarches de co-conception à l’échelle locale ;
  • l’importance du transfert de savoir-faire, de la formation de formateurs et donc de l’acceptation pour l’expert de céder de son pouvoir ;
  • la nécessité de repenser les cycles de l’innovation, et d’imaginer de nouvelles articulations entre les séquences de l’innovation ;
  • le fait qu’un haut niveau de participation des utilisateurs génère des productions de qualité médiocre, et qu’une vision mature consisterait à mieux équilibrer l’expertise technique et celle des utilisateurs ;
  • la nécessité de soutenir l’innovation sociale à un niveau intermédiaire, pour réussir à la fois à capter les spécificités du contexte local, tout en gardant la possibilité de les remettre dans une perspective plus large ;
  • l’innovation participative n’est pas utile seulement pour produire des solutions, mais elle contient également un potentiel dans la re-définition des politiques de prévention ;

L’innovation en tant qu’état permanent d’expérimentation sociale

En réponse à la complexité croissante des enjeux économiques et sociaux, ou aux situations de catastrophe naturelle, à la reconfiguration géopolitique de territoires entiers vers des modes de vie soutenables, ou encore à la transformation du système éducatif, l’hypothèse formulée est celle d’un processus d’innovation conçu comme un état d’apprentissage permanent, à partir d’un réseau diffus de micro-projets expérimentaux mobilisant la participation des communautés locales pour simuler, tester des idées et "déboguer" des problèmes. L’un des pré-supposé de ce scénario est que les micro-projets soient suffisamment interconnectés pour apprendre les uns des autres, que les leçons acquises sédimentent, et transforment en continu les processus d’interaction et de régulation entre les protagonistes.

Un tel scénario ré-interroge profondément le modèle classique hérité de la révolution industrielle et dans lequel le processus d’innovation est déconnecté à la fois de la phase de production et des logiques d’usage. On se trouve ici face à un processus plus organique, où les membres d’une communauté d’acteurs locaux sont à la fois les populations en demande de transformation sociale, les inventeurs et les développeurs de ces nouvelles solutions. En devenant aussi organique et entrelacé, le processus d’innovation devient en réalité un processus d’expérimentation transformatrice et continue, et un apprentissage collectif. En conséquence, on n’est pas dans la réplication de solutions, mais dans la réplication de processus d’innovation. Des aménagements sont à prévoir, notamment pour éviter le risque d’un "épuisement" de cet état permanent d’expérimentation, gourmand en attention et en ingénierie. Mais chacun sent bien qu’il y a là une voie nouvelle pour traiter les enjeux toujours plus complexes d’une société en profonde transformation.

Stéphane Vincent (la 27e Région) et François Jégou (Strategic Design Scenarios)

Pour découvrir tous les enseignements du panel organisé avec Strategic Design Scenarios, le rapport intermédiaire sera bientôt en téléchagement

Oct 31 2010

Il fait deux degrés de plus, Paris s’éveille

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Ile-de-France , prospective

Ce dimanche 31 octobre, il fait bon et les parisiens en promenade dans le Parc de Bercy découvrent un peu surpris l’exposition "+2°C, Paris s’invente", la simulation en images réalisée par le collectif d’architectes "Et alors" d’un Paris ayant gagné 2 degrés en 2100 -c’est le scénario optimiste du GIEC, le plus pessimiste tablant sur une augmentation de 6 degrés. Visiblement, les gens aiment ça : ils commentent les 20 panneaux exposés, débattent du degré de réalisme des propositions, découvrent avec amusement leurs propres quartiers revisités. Nous avions déjà évoqué le travail similaire du collectif à Rennes ("Rennes +6"), qui montre qu’il est possible de rendre l’exercice de prospective populaire, et d’inviter les gens à reprendre confiance en l’avenir, en adoptant un point de vue résolument positif.

La Seine repensée par le collectif "Et alors" ©Yannick Gourville et Cécile Leroux du Collectif "Et alors"

Prenons le travail du collectif sur la Seine, prenant pour cadre le Pont-Neuf et le Pont des Arts. "La Seine, traversant Paris sur une longueur de 12km, constitue un potentiel considérable et stratégique dans l’adaptation urbaine à un dérèglement climatique : elle participe naturellement au rafraîchissement urbain, elle constitue une voie de transport propre traversant le bassin parisien jusqu’à la Manche. L’exploitation de son courant est une source d’énergie renouvelable et l’aménagement de ses berges reconnectant l’eau à la ville, permet de nouvelles activités urbaines".

La même image, avec les légendes ©Yannick Gourville et Cécile Leroux du Collectif "Et alors"

"Les épisodes de canicule deviennent de plus en plus difficiles pour les déplacements. Ici, le Pont neuf est protégé d’un voile qui ombrage les piétons et les cyclistes. Une ligne téléphérique relie Montparnasse à la gare du Nord et à la gare de l’Est. Les gens se baignent dans une eau propre et se ravitaillent sur les marchés flottants des maraîchers de la région."

La Seine aujourd’hui ©Yannick Gourville et Cécile Leroux du Collectif "Et alors"

A découvrir jusqu’au 15 décembre. Le journal France Soir a publié l’ensemble des cartes postales prospectives : http://www.francesoir.fr/culture-so...

Jan 22 2010

Régions 2028 : la 27e Région fait son off (2/2)

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: alimentation , Citoyenneté , Créativité , Energies , Lycée , prospective , Provence Alpes Cote d’Azur , rural

Suite et fin de notre billet consacré à l’exercice de prospective en "backcasting" que nous avions organisé à l’occasion du 5e Congrès des Régions en décembre dernier. La vidéaste Marguerite Fouletier en a tiré cette vidéo, qui reprend les meilleurs moments de cette journée et du Off.

Pour revivre également cette journée et les projets qui en sont sortis, on peut aussi télécharger ce document qui décrit en détail les 24 projets, du « new deal interrégional » aux « fabriques de l’innovation citoyenne ». Et pour arriver au chiffre de 27, l’équipe de la 27ème Région a concocté en exclusivité trois projets supplémentaires ! Dans une seconde partie, la méthode prospective et créative utilisée lors de cette journée est décrite en détails, accompagnée de notre appréciation sur le déroulement de l’exercice. Cette journée « Off » du congrès des Régions » a été conçue avec l’aide du bureau Strategic Design Scenarios.

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alt : http://www.youtube.com/v/DqX7-wco83Q&hl=fr

Federico Campos, Iniciativa Joven

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