› Territoires en Résidences › ARF › FING
Jun 27 2011

Peut-on encore innover au sein des politiques communautaires ?

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Europe , Innovation

Nous étions conviés du 8 au 10 juin dernier par la Datar à un colloque consacré à la politique de l’Union européenne en matière de développement durable. D’abord au titre de bénéficiaire ; en effet les programmes de la 27e Région sont soutenus depuis 2009 par le dispositif national d’assistance technique Europ’Act.

Mais nous l’étions aussi pour notre travail sur l’innovation publique, et à ce titre, il nous était demandé de produire en clôture du séminaire une sorte de rapport d’étonnement et de suggérer des pistes d’innovation pour l’après 2013. Etant de parfaits néophytes en matière de politique de cohésion communautaire, il nous était facile de jouer aux candides...

Tiré de la galerie "Know the world you live in"

Difficile de résumer ici les enjeux communautaires en matière de développement durable. Disons simplement qu’atteindre la "croissance durable", comme l’ambitionne la stratégie Europe 2020, reste un objectif flou, difficile à concrétiser dans la réalité. A politique constante, la performance énergétique atteindra au mieux 10%, alors qu’il faudrait atteindre 20%. Dans le même temps, seul 22% des crédits consacrés au développement durable au sein du Feder (Fonds européen de développement régional) ont été consommés dans la période 2007-2013. Et à peine les projets soutenus durant cette période sont-ils mis en oeuvre, qu’il faut déjà préparer la période 2014-2020... la question de l’utilisation efficace des crédits communautaires est donc une fois de plus posée.

Que pouvions nous dire de plus ? Pas grand chose, si ce n’est repartir des pratiques que nous avions nous-même vécu, et tenter de décadrer un peu le sujet avec quelques propositions spontanées et un peu en vrac...

Sortir de l’idéologie des indicateurs de performance

L’expression était sur toutes les lèvres durant l’événement : chacun est à la quête d’une plus grande transversalité, seule façon de traiter les questions de développement durable (ou plutôt "soutenable") dans toute leur complexité économique, environnementale, sociale mais aussi culturelle. Et c’est bien normal... Sans mettre la transversalité et la coopération au centre, aucune chance que se diffusent des avancées aussi essentielles que gourmandes en coopération, que, par exemple, la culture open source, les smart grids, les réseaux sociaux ou les grandes coopérations interrégionales comme l’ont été les parcs naturels.

Mais agir de façon transversale, c’est se donner la possibilité de changer de regard et rechercher l’alterité. Or c’est la qualité du dialogue qui produit cette altérité, et non l’accumulation de critères et d’indicateurs de performance à laquelle sont en train de se livrer les institutions communautaires : performance sociale et environnementale, traçabilité des investissements humains, mesure d’impact social... Lorsqu’elle devient idéologique, la mise en tableau de bord du développement durable se transforme en fiction : plus personne n’y croit vraiment.

D’ailleurs, les institutions n’ayant pas vraiment confiance dans les critères qu’elles ont elles-mêmes créé, elles tendent à déporter cette défiance sur les projets et les structures bénéficiaires... Combien de projets remplissent officiellement les critères sans jamais les respecter ? Lorsque au bout du compte, porteurs de projets comme services instructeurs en sont réduits à produire des stratégies de contournement, c’est qu’il y a un problème...

Remettre l’éthique au coeur de la mesure

Centrer toute l’instruction des projets sur la performance, c’est aussi prendre le risque de négliger les questions d’éthique et de valeurs, jusqu’au simple bon sens. A titre d’exemple : Entre deux projets d’éco-quartiers à soutenir, comment distinguer celui qui a été réellement conçu avec la communauté locale et promeut la mixité sociale, et celui qui répond essentiellement à une logique de spéculation immobilière et de privatisation de l’espace public sous la pression de grands opérateurs ? Il est essentiel que l’évaluation des projets permette de clarifier les valeurs réelles portées par les projets.

Cette question est importante, car c’est probablement l’éthique qui peut nous aider le mieux à articuler véritablement les dimensions écologiques, sociales, économiques mais aussi culturelles qui fondent le développement soutenable...

Passer de la culture du projet à la culture de la coopération

Les enjeux du développement durable appellent donc une culture du dialogue, de confiance réciproque, des changements de regards. C’est la qualité du dialogue qui fait évoluer le projet autant qu’il fait évoluer les institutions. Bien sûr, les fraudes existent comme partout, mais dans des proportions si faibles qu’organiser le système autour de ce risque est coûteux et totalement contre-productif... Mieux vaut tripler le temps consenti à l’échange réel et au dialogue, ce sera plus efficace !

En réalité, les institutions appellent de leurs voeux cette coopération, mais dans les faits, ils privilégient les garanties classiques apportées par la qualité intrinsèque du projet : les garanties offertes par ses promoteurs, l’atteinte d’objectifs fixés à l’avance, la supposée viabilité du projet, etc.

Et si l’Europe privilégiait la qualité de la coopération entre projets à celle du projet lui-même ? Aujourd’hui, c’est le fait qu’un projet entreprenne des coopérations inédites et audacieuses, par exemple avec d’autres disciplines, d’autres régions, ou avec des secteurs très différents, qui garantie la qualité du projet qui en sortira.

Les bons projets sont les projets documentés

Dans les couloirs du séminaire, tous le disent : "Les bonnes pratiques, ça suffit ! ". Ce qui est intéressant dans le projet de BedZED à Londres ou de Fribourg, qualifiée de première écoville allemande, c’est de savoir comment ces projets ont du franchir des difficultés avant de d’être des réussites -ou même de connaître la part d’échec qui demeure forcément en eux.

En réalité, les bons projets sont les projets documentés, ceux qui prennent le soin de consigner de façon continue, à la façon d’un script au cinéma, le déroulement presque quotidien du projet, des méthodes mises en oeuvre et des errements rencontrés, des échecs que tout bon projet doit normalement rencontrer, pour contribuer faire avancer toute la communauté. Pour l’instant, chacun est plutôt dans un exercice d’auto-satisfaction ou de communication publique, auquel plus grand monde ne croit...

Il est même possible qu’il y ait, dans cette façon de donner une réflexivité au projet, une vision alternative à l’évaluation classique, qui divise les acteurs plus qu’elle ne les rassemble...

Charlotte Rautureau, la 27e Région, interviewée durant les conférences :

mai 24 2010

Design territorial : 3 jours d’échanges à Malmö et Copenhague

Billet publié par Stéphane Vincent dans la catégorie 27e Région
Tags: Design , Europe , Innovation , Territoires en résidences

Du 1e au 3 juin, la 27e Région et DESIS (Design for Social Innovation and Sustainability) organisent "(Re)designing the regions", 3 jours de présentations, de visites et d’ateliers à Malmö et Copenhague à l’attention des élus et des agents de régions et collectivités locales.

Est-il possible d’imaginer un autre type de développement, plus soutenable et mobilisant davantage les capacités des habitants ? Dans de nombreux territoires européens, des administrations et des collectivités travaillent avec la société civile pour explorer des méthodes différentes, issues du design thinking, de l’innovation sociale et de la créativité. Ces approches laissent entrevoir de nouvelles formes de co-conception des politiques publiques, et la possibilité d’un développement raisonné des territoires, dans une logique d’écologie territoriale.

  • Parmi les participants : la Commission européenne, le Medea Living Lab (SW), le MindLab (DK), le MidtLab (DK), le Politecnico di Milano (IT), Kaos Pilots (DK), Iniciativa Joven, Région Estremadure (ESP), Imagination Lancaster (GB), University of Blekinge (SW), Design Wales (GB), Young Foundation (GB), les Pays de Galles (GB), etc.
  • Les participants français : la 27e Région (FR), la Fondation Internet Nouvelle Génération (FR), les Régions Ile-de-France, la Région Champagne-Ardenne, la Communauté d’agglomération de la Rochelle, la Communauté urbaine de Bordeaux, le CHU de Strasbourg, ETD (Entreprises, Territoires et Développement), l’agence User Studio, Ecole Nationale Supérieure de Création Industrielle.

Hors programme, la journée du 4 juin, en format plus restreint, sera consacrée au programme PERL (Partnership for Education and Research for responsible Living).

Un compte-rendu complet des interventions sera publié courant juin sur notre blog. Ce déplacement est co-financé par le programme Europ’Act.

Programme détaillé en français :

Programme résumé en anglais :

Oct 18 2009

Que faire des politiques d’innovation ?

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Europe , Innovation , Politique publique

Quelle politique pour l’Europe en matière d’innovation, face à l’ultimatum climatique et aux enjeux actuels de transformation sociaux et économiques ? Les 12 et 13 octobre, la 27e Région était conviée à un workshop créatif organisé en petit comité par la DG Entreprise au MindLab à Copenhague. On n’était pas encore au sommet décisif de l’ONU qui se tiendra dans cette même ville en décembre, mais l’état d’esprit y planait déjà...

En résumé : les services de la Commission et de l’agence Inno-Grips nous ont proposé de travailler pendant deux jours sur le potentiel des "labs", cette forme un peu imprécise de laboratoire d’expérimentation sociale et technique, généralement adossé à un organisme public ou une entreprise privée. Un workshop organisé dans le cadre d’une réflexion plus vaste : L’Europe remet à plat sa politique en faveur de l’innovation, consulte depuis quelques mois, et prépare une nouvelle copie pour le printemps 2010.

Les participants

Parmi les vingt-cinq participants, il y a avait : les services de la DG Entreprise (dont le chef d’unité à l’innovation Peter Gröll), l’Innovation Center Copenhagen, le MindLab, Taito Group, l’ANRT, la 27ème Région, Stop & Go, Next / Laboratorio per l’innovazione, Laboral, Medialab Prado, Hong Kong polytechnic, Malmö New Media Living Lab, Sustainable Everyday Project, Imperial College London, PREST - IDEAS, Public services Innovation Lab, The Innovation Unit (GB), etc. J’en profite pour dire que le MindLab est un lieu étonnant : un peu comme si le ministère des finances accueillait à Bercy un lieu de créativité, équipé de tables à dessin, d’ateliers créatifs et de salle de réunion "bulle de créativité" ! Et un grand coup de chapeau à Christian Bason, directeur du Mindlab, qui a animé les deux journées d’une main de maître. Quel talent.

Les participants devant "l'oeuf de créativité" !

Voici les enseignements que j’en tire -ils n’engagent évidemment que moi, et donc aucunement mes camarades ni les services de la Commission.

Labs, le nouveau mot valise ?

Un mot sur ces fameux "labs", tout d’abord : difficile de les définir derrière ce mot valise, massivement marketing, tant les approches fluctuent, entre business et intérêt général, culture anglo-saxones et latines, et les disciplines mobilisées, entre technologies et sciences sociales. Dans son invitation, la DG Entreprise proposait les critères suivants : L’implication active des utilisateurs à tous les stades de développement (co-création), des partenaires multiples issus du privé et/ou du public, l’interdisciplinarité (design, science, technologie et business), un lieu dédié, virtuel ou réel pour développer de nouvelles idées et expérimenter dans des conditions réelles.

Disons que ces critères peuvent s’appliquer grosso-modo à des organisations comme la Waag Society (Hollande), le MediaLab Prado (Espagne), le Social Innovation Laboratory of Kent (GB), le MindLab (Danemark), la 27e Région et la Fing (France), Ideas (GB), MidtLab (Danemark), le Forum Virium d’Helsinki (Finlande), le Laboratorio Innovazione (Italie), l’Aalto Design Factory (Finlande), le Laboral (Espagne), le Taito Group (Finlande), le Laboratoire de l’Innovation Sociale par la Recherche Action (France), le NestaLab (GB), et bien d’autres en Europe et dans le monde. Au fond, l’expression "lab" n’a évidemment guère de sens, et des tas d’autres initiatives informelles peuvent se réclamer de cette démarche.

Retour sur la méthode

Un mot sur la méthode utilisée durant le workshop : Christian Bason a proposé l’utilisation du back-casting (il nous avait déjà expliqué le fonctionnement de cette méthode dans une interview récente).

La première journée a donc été consacrée à se présenter mutuellement et à identifier ce qui faisait la singularité de nos projets respectifs (à partir du choix de photos, comme on le voit ici). Ensuite répartis par groupes de 4 à 6 personnes, nous avons consacré l’essentiel de cette première journée à développer une vision commune du "laboratoire d’innovation".

La seconde à permis d’imaginer les actions à mener pour parvenir à cette vision. Dans cette seconde partie, les questions auxquelles nous devions répondre pour chacune de ces actions étaient : A quelle moment se situe t-elle dans le calendrier ? quels sont les principaux freins/défis (institutions, personnes) ? Comment ces défis sont-ils relevés ? Par qui, et avec qui ? Quelle a été la contribution de mon organisation ? Celle de la Commission européenne ? Avec quels moyens et ressources ? Quels étaient les risques à prendre en compte ?

Les propositions des participants

Même après 48 heures d’intense cogitation, on pouvait craindre que les participants s’essoufflent devant l’idée d’un nouveau label ou d’un énième appel à projets, comme les institutions savent (quoique !) les faire... Pas du tout ! leurs propositions visent d’autres cibles, plus pertinentes et pas moins audacieuses d’après moi. Voici le résumé que j’en ferais (il s’agit là aussi de mon interprétation des propositions créatives qui sont sorties au terme des journées, et cette interprétation n’engage que moi).

1. Expérimenter autrement et en réseau

Les participants plébiscitent une nouvelle approche de l’expérimentation. Leur préférence va à l’idée de "micro-innovation labs" : Des expérimentations à l’échelle micro-locale, en réseau à l’échelle européenne, dans des espaces publics, et traduites en enseignements politiques... (on jurerait un "Territoires en résidences" à l’échelle européenne, non ? A quand "Europe en Résidences" ?). Un groupe propose de parler plutôt d’Improvement Lab, de laboratoire de l’amélioration continue, se dotant d’indicateurs de succès inédits. Mais tous suggèrent un passage à l’échelle du principe expérimental, voir d’en faire un principe consubstantiel à tout projet public ou privé en le dotant d’une "zone d’expérimentation" permanente.

2. Proposer un autre récit de l’exemplarité

Fini, les éternels recueils de "bonnes pratiques". Les participants veulent savoir dans chaque projet ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. La Commission européenne elle-même doit s’y mettre et accepter d’être dotée d’un cheval de Troie ! nous étions quelques uns à penser que la Commission, pour être crédible, devrait se doter d’un "labs" -à comprendre comme un outil réflexif sur les pratiques de la bureaucratie communautaire, capable de prendre des risques et d’expérimenter des solutions... La Commission est-elle prête à prendre le risque de se laisser hacker ? Pas sûr du tout. Allez, on peut rêver un instant, non ? En tout cas, Peter Dröll, chef d’unité de la DG Entreprise, en charge des politiques d’innovation semblait y croire aussi.

Peter Dröll, qui se demande comment il va raconter tout ça au président Barroso ! En photo : Peter Dröll, qui se demande comment il va raconter tout ça au président Barroso !

Certains suggèrent de lancer des Transcalls, pour "transformation calls" : l’idée consistait à ce que l’Europe lance des appels à projets "transformateurs" -Mon sentiment sur cette question est que l’Europe devrait surtout inclure un "1% innovation sociale" dans ses marchés publics, pour créer un fort effet levier.

François Jégou et moi avons également travaillé sur l’idée d’un LabsFestival, dans l’esprit de Lift ou de PicNic : plusieurs régions se regroupent dans le cadre d’un programme Interreg, se lancent un défi commun (par exemple "changer le système alimentaire local") et se donnent 1 an pour prototyper de micro-solutions avec des communautés locales, puis les exposent ensemble dans le cadre d’un événement festif et grand public.

3. Démultiplier les compétences en co-création

Les besoins de transformation sont immenses, et les compétences capables de les déclencher sont rares, ou en tout cas totalement disséminées. On manque de designers, d’architectes, de sociologues, d’anthropologues, de chercheurs, d’innovateurs sociaux en mesure de co-créer avec des communautés locales. On manque aussi de retour sur les techniques, les trucs, les astuces, les outils à mobiliser. Les participants suggèrent d’épauler et de mettre en réseau les communautés de pratiques existantes, d’encourager la mise en "peer to peer" des boîtes à outils, des pratiques et des méthodes permettant la co-création. Les participants recommandent de mettre en oeuvre tout ce qui peut l’être pour réduire les obstacles à l’innovation, de permettre à tout un chacun de transformer sa vie, de s’émanciper.

Et la politique, dans tout ça ?

Une petite frustration, en revanche. Rien n’est ressorti du questionnement politique qui se cache selon moi derrière les "labs", en particulier derrière l’idée de l’orientation utilisateur. Par exemple, les labs visent-ils un véritable objectif de transformation économique et social, ou simplement à améliorer le système économique et social en place ? Peut-on comparer l’innovation qui "enferme" avec l’innovation qui "émancipe" ? Du même coup, s’agissant des labs, qu’y a t-il vraiment de commun entre GoogleLabs et le Lisra ? Parlons-nous vraiment d’innovation sociale dans tous ces projets ? Je m’étais déjà posé la question après une interview que j’avais accordé à 01.net sur ces sujets. J’ai l’impression qu’il faudra clarifier ce point rapidement, sous peine d’amplifier le mouvement d’apprenti sorcellerie que cache souvent l’innovation.

Plus de photos du workshop à consulter ici.

A retrouver également : le compte-rendu officiel du workshop, réalisé par Inno Grips :

PDF - 281.3 ko
Le compte-rendu officiel du workshop
mai 28 2009

Royaume Uni : le design du retour à l’emploi par Live work

Billet publié par Anne Daubrée
Tags: capacitation , Design , Emploi , Europe , Innovation

Du chômage au marché du travail, il peut y avoir de nombreuses embuches : l’alcool, la présence d’une personne handicapée dans la famille, des problèmes conjugaux… Quand ces spécificités disparaissent sous les statistiques et les « cas moyens », les politiques publiques ont peu de chances d’être efficaces. C’est l’analyse de Live Work, une agence de design londonienne qui travaille pour le secteur public et le secteur privé, dans les domaines du transport, de la santé, du développement économique. L’agence a reçu la 27e région au cours de son voyage d’étude sur l’innovation sociale au Royaume-Uni. Ils nous ont exposé leur méthode : observer des cas réels, puis, sur cette base, dessiner des trajectoires d’individus, étape par étape, pour ensuite, proposer des services co-designés avec leurs utilisateurs, en réorganisant les services existants.

L’individu en première ligne

En 2007, un an durant, l’agence a travaillé avec la ville de Sunderland, au nord de l’Angleterre, où sévit un fort chômage. Sur les 37 000 demandeurs d’emplois que compte la ville, 5000 seulement cherchent activement de travail. L’objectif consistait donc à les rapprocher du marché du travail. Première étape, « nous avons travaillé avec les gens, pour comprendre leurs expériences. Nous ne voyons pas plus de quinze personnes. A partir de leur vécu, nous retraçons les étapes qu’ils doivent franchir pour pouvoir avoir une démarche vers l’emploi » explique Daniel Letts, consultant à l’agence. Exemple : améliorer la santé et remotiver une personne droguée. Le processus mixe entretiens et observations sur le terrain pour générer une véritable « cartographie » du parcours, qui permet à l’équipe de générer des idées de service.

Des services redesignés

L’agence travaille aussi avec les organismes qui gravitent autour des questions de l’emploi et, plus généralement, de l’insertion, la santé ou la drogue. « Nous avons observé qu’il existait plusieurs structures qui fournissaient des services, mais de manière non connectée, non compréhensibles pour les utilisateurs. » commente Daniel Letts. L’agence a donc organisé 5 événements avec ces services pour faire en sorte que les différentes étapes du parcours soient reliées, sur la base de documents qui « matérialisent » les parcours des individus. « Cela n’implique pas de grands moyens technologiques, c’est surtout du management entre les différentes structures qui doivent se coordonner » conclut Daniel Letts. Au terme du processus, l’équipe a proposé un modèle de fonctionnement, avec des spécifications sur la manière de l’implémenter et de le faire durer. Le projet a couté 250 000 livres. Au terme de l’année test, sur les 1370 personnes suivies, 276 ont retrouvé un emploi. Une opération rentable, au regard du coût économique et social d’un demandeur d’emploi, estime l’agence. Le programme devrait normalement être reconduit sur trois ans.

Avr 23 2009

Le développement local italien mise sur les individus

Billet publié par Anne Daubrée
Tags: Créativité , Développement local , Europe , Innovation , technologie

Projet numéro 1 : confier les touristes à des « anges gardiens », les habitants de Naples, ville qui séduit mais impressionne… Projet numéro 2 : proposer aux vacanciers navigants d’acheter dans un endroit convivial basilic et les autres aliments produits localement, lors d’une escale dans le port de la Spezia, puis repartir avec les recettes associées…

La base : des individus

Quelques 85 projets prennent aujourd’hui corps sur Kublai, un réseau social sur internet, mis sur pied par le Ministère pour le développement de l’économie italien, en mars 2008. L’objectif consiste à faire émerger les initiatives susceptibles de participer au développement local. Avec un parti pris : « nous nous adressons à des personnes » insiste Alberto Cottica, project manager de Kublai. Concrètement, « nous aidons les porteurs de projets à définir précisément leur idée, à identifier les ressources nécessaires, et à « avoir fait les comptes » même si le projet n’est pas forcément rentable au sens strictement économique, s’il comporte une valeur sociale, par exemple. Mais nous ne voulons pas les formater »complète-t-il. Une fois le projet bien défini, l’équipe de Kublai le présente auprès d’entités publiques ou privées qu’il pourrait intéresser. En revanche, pour éviter d’attirer des projets raclette à subvention, les financements directs ne sont pas prévus.

Kublai Une communauté et des experts

« La véritable richesse de Kublai tient dans la capacité auto-organisatrice du groupe qui s’est créé » d’après Federico Bo, un ingénieur informaticien. Lui même fait partie du « team » d’un projet et apporte des aides ponctuelles à quatre autres. Et ainsi de suite…De fait, une véritable communauté s’est constituée : 700 personnes constituent les unes pour les autres un vivier de compétences (informatique, créativité, design, artistes….). Ce système «  permet une accélération des collaborations entre les individus. Autrement, cela serait beaucoup plus compliqué » témoigne Federico Bo. S’y ajoute l’expertise du Ministère, qui informe, par exemple, sur les possibilités de financement des projets. Au total, deux personnes à plein temps animent le réseau, aidées d’une petite dizaine de membres de la communauté, dont les interventions ponctuelles et bénévoles, sont à présent rémunérées. Et les interactions passent par tous les canaux jugés utiles : la plateforme du réseau social elle même, Second life…

Les collectivités locales s’agrègent

C’est tout à fait volontairement le « laboratoire pour les politiques de développement », une microstructure du ministère pour le Développement économique, qui permet de décider et de financer des projets de manière souple, a choisi de baser le projet sur les initiatives des individus. Marco Magrassi, l’un des commanditaires du projet Kublai au sein du ministère, souligne les difficultés de travailler sur une logique de partage dans les administrations, et ajoute : « Maintenant que le projet Kublai est bien assis, nous élaborons des protocoles d’accord avec des collectivités locales qui veulent en bénéficier ». Des régions sont sur les rangs. La ville de Modena a déjà franchi le pas. Bref, avec un investissement de 300 000 euros sur un an, Kublai a réussi le pari de constituer une communauté foisonnante de projets, dispersée sur le territoire national. Aujourd’hui, les premiers projets sont entrain d’être présentés à de potentiels partenaires, à Milan et Naples. Seul souci, des zones géographiques restent vides de projets, notamment dans le sud de la péninsule. Or, parmi les objectifs du projet figure le développement du Mezzogiorno. «  Le réseau social se déploie de façon autonome. Nous ne le maitrisons pas. Nous allons essayer de le faire connaître dans ces endroits » admet Marco Magrassi. L’invention de nouveaux outils de politique publique ne se fait pas en un jour.

Avr 19 2009

La 27e Région, bonne pratique européenne

Billet publié par Stéphane Vincent dans la catégorie 27e Région
Tags: Créativité , Ecole , Europe , Innovation , Politique publique

Le Comité des Régions, la voix des régions européennes auprès de l’Union européenne, vient de sélectionner la 27e Région à l’occasion de l’Année européenne de la créativité et de l’innovation pour son projet "Territoires en Résidences" conduit en partenariat avec SEP (Strategic Design Scenarios - DIS Indaco Politecnico di Milano). La lecture des autres projets retenus (70 au total) est très intéressante. On notera en particulier que de nombreux projets visent à stimuler la créativité chez les jeunes : Valencia Crea (Espagne) auquel ont participé 4000 jeunes depuis 9 ans, "Bollenti Spriti" dans la Région des Pouilles (Italie), des activités créatives dans les écoles d’Helsinki (Finlande) où l’on "apprend en faisant", des séminaires de créativité ("Kreativakademien Niederösterreich") pour les jeunes de 12 à 19 ans dans la Région de Lower Austria (Autriche), la ville de Irun (Espagne) qui met à contribution 1300 jeunes pour produire 350 idées innovantes pour 2020, et last but not least, nos amis de la Région Extremadure (Espagne) avec Initative Joven qui carbure depuis 2004 etque nous avions eu le plaisir de recevoir...

Les projets de cinq Régions françaises sont également retenus : l’incubateur pour entrepreneurs sociaux "Alter’Incub" à Montpellier en Languedoc Roussillon, la Bretagne pour son travail sur les entreprises innovantes, la vallée de l’Image en Poitou Charentes, la démarche Design’In en Pays de la Loire qui sera présentée le 20 avril à Bruxelles, et le pôle Imaginove de Rhône Alpes.

Fév 12 2009

Les enfants romains guident leurs grands-parents sur le net

Billet publié par Anne Daubrée
Tags: Ecole , Europe , Formation , technologie

Ravis, les « nonni » s’échangent des mails en rafale. Dans la banlieue de Saxa Rubra, au nord de Rome, une vingtaine de personnes de plus de 60 ans, les « nonni », les « grands pères », achèvent leur apprentissage –gratuit- de l’internet, ce mois de février. Les profs ? Ils n’ont même pas l’âge de voter : ce sont les élèves du lycée technique de Calamandrei. Trois mois durant, chaque semaine, ils ont accueilli ces apprentis internautes du troisième âge dans leur salle informatique. Au programme : apprendre à se servir d’un clavier, écrire un texte, surfer, envoyer des mails et se familiariser avec les sites internet administratifs. « Nous avons renversé le principe d’apprentissage entre les générations » commente Cecilia Stajano, responsable du projet chezMondo Digitale, l’association qui a développé « Nonni su internet », à la demande de la municipalité romaine.

En 2003, en effet, la ville s’est inquiétée de ne pas laisser sur le bord de la route numérique les quelques 600 0000 Romains âgées de plus de 60 ans que compte la cité, sur une population d’environ 3 millions d’habitants. Et, depuis cette date, d’après l’association, 6000 « nonni » sont retournés sur les bancs de l’école. 3000 jeunes et 400 enseignants « tuteurs » les ont accompagnés dans leur apprentissage à l’internet, dans 110 écoles, situées dans le centre de la ville, mais aussi dans des quartiers sensibles. Lycéens, collégiens, et même des enfants des écoles primaires jouent le rôle de tuteurs. « Bien entendu, plus les enfants sont jeunes, plus le rôle des enseignants est plus structurant. Les plus petits jouent le rôle d’anges gardiens, et accompagnent les personnes âgées pour s’assurer qu’elles suivent bien les instructions du professeur » explique Cecilia Stajano. Plus les élèves sont âgées, plus les enseignants référents s’effacent.

Les technos pour parler le même langage Tous les participants semblent trouver leur compte dans cette opération. Les personnes âgées, qu’il s’agisse de mères au foyer, ou d’artisans à la retraite, voient leur curiosité satisfaite. « Elles ont envie de se sentir l’égal de leurs enfants et petits enfants, de parler le même langage. De plus, cela leur fait plaisir de se retrouver dans une bonne ambiance » explique Anna Maria Pezzola, enseignante au lycée technique de Calamandrei, à Saxarubra. Par ailleurs, la découverte de certains sites administratifs leur rend un service très concret, leur évitant, par exemple, de se déplacer pour régler des factures. Résultat, « certaines personnes voudraient se réinscrire au cours plusieurs fois. Nous sommes obligés de limiter » commente Cecilia Stajano.

Les élèves, eux « se sentent valorisés, ce qui n’est pas toujours le cas dans le contexte scolaire. Ils sentent qu’on a besoin d’eux. Au début, ils abordent la démarche avec de l’ironie, mais ils se laissent très vite prendre au jeu » juge Anna Maria Pizzola, pour qui les bénéfices du projet dépassent le champ pédagogique. En effet, les liens qui se tissent entre les enfants et les personnes âgées contribuent à « restaurer l’image des écoles dans leur environnement proche » commente l’enseignante. Un sujet sensible, dans ce pays où l’image des très jeunes est noircie une très forte attention médiatique portée au phénomène du « bullismo », un terme qui a été inventé pour qualifier la brutalité émanant des jeunes, avec, par exemple, force vidéos de passages à tabac exhibées sur YouTube. Cette année, Anna Maria Pizzola espère organiser des échanges avec des classes irlandaises. Là bas, ainsi qu’ en Espagne, ou dans d’autres régions italiennes, comme en Ombrie, « nonni su internet » a fait des petits.

JPEG - 82.8 ko
Nonno su Internet
Jan 23 2009

L’Europe et l’innovation sociale

Billet publié par Romain Thévenet dans la catégorie 27e Région
Tags: Europe , Innovation , Politique publique , Presse , social

A l’heure de la crise, le Président Barroso veut stimuler l’innovation sociale : c’est ce nous rapporte le site Europa.fr. Voici l’occasion pour nous d’expliciter les réflexions que nous nourrissons autour de cette notion d’Innovation Sociale.

La définition d’innovation sociale, donnée par cet article est "la conception et la mise en œuvre de réponses créatives aux besoins sociaux." La 27ème Région propose une définition élargie, ne limitant par l’innovation sociale au seul champ de la protection sociale.

L’innovation sociale se traduit par « l’émergence en Europe de groupes de gens actifs et entrepreneurs qui inventent et concrétisent des façons originales de gérer leurs problèmes quotidiens (de la garde d’enfants ou la prise en charge de personnes âgées, à la recherche d’une alimentation saine et naturelle ; de l’entretien d’espaces verts à l’usage de modes de transport alternatifs ; de la création de réseaux de nouvelles solidarités à la création de nouvelles façons d’habiter et de partager des biens et des services..) »  [1]

Le programme européen EMUDE dont est tirée cette définition a été mené par les designers Ezio Manzini et François Jegou et avait pour but de recenser ces différents cas d’innovation sociale en Europe (cf les photos) Forts de cette recherche, ils ont conçu des nouveaux scénarios de vie, exposés dans deux livres "Creative Communities" et "Collaborative Services"

Cette approche dépasse largement la notion d’aide sociale et renvoie davantage à une innovation "pour les citoyens et par les citoyens". En permettant la co-production de nouveaux services, on invente, on crée, on innove, dans des champs parfois très éloignés de ce que peuvent être l’innovation technologique ou l’innovation numérique.

Ainsi cette notion d’innovation sociale peut être appliquée à de nombreux champs de l’action publique autre que le champ social. Dans l’économie (coopératives), dans le numérique (réseaux sociaux en ligne), dans l’agriculture et l’alimentation (filières courtes), dans les transports (covoiturages) etc. C’est ce que la Hollande tente actuellement de promouvoir, avec le programme Desinova, d’envergure nationale.

La question qui intéresse aujourd’hui la 27ème Région est de déterminer comment l’acteur public peut s’appuyer sur cette participation sociale pour co-produire des services plus efficaces. Parmi les nombreux thèmes à examiner : l’acteur public doit-il développer de nouvelles formes d’ingénierie ? Produire des méthodes plus créatives, lui permettant de mieux dialoguer avec les citoyens ? si oui, faut-il former une nouvelle génération de fonctionnaires à l’innovation sociale ? faut-il modifier le contenu des marchés publics et des cahiers des charges pour donner une plus grande place à l’innovation sociale ?

Jan 22 2009

La Hollande veut promouvoir à grande échelle l’innovation centrée sur l’utilisateur.

Billet publié par Romain Thévenet
Tags: Europe , Politique publique

Steinar Valade Amland (Danish Designers) présentait lors de la 6ème conférence sur les enjeux de la promotion du design « Design Innovation », les programmes d’innovation menés au Danemark de 2007 à 2010. Le « Program for Brugerdreven Innovation » qui représente 13,5 millions par an, soit une enveloppe de 54 millions au total, conduit « Desinova » premier programme du genre : innovation « user driven » et design stratégique dans les services, d’un budget de 1,6 millions d’euros.

Il s’ agit de créer des « strategy labs » qui génèrent 8 à 10 projets réussis d’innovation, d’établir un modèle de l’innovation de service 2.0, de développer un ensemble de recommandations pour les politiques et les programmes de soutien.

Les équipes pluridisciplinaires de ces « strategy labs » seront composées de designers, des clients, d’anthropologues, de consultants en management de l’innovation.

Un exemple de résultat du programme est le développement d’un nouveau format digital GPS (pour quatre municipalités) pour le traitement des demandes de développement immobilier et la gestion du cadastre. Les premières observations montrent le besoin d’apprentissage par les designers du langage de l’innovation de service ; Les méthodes anthropologiques sont transformées en processus par le design.

Les programmes : Climat intérieur et qualité de vie • Innovation par la pratique utilisateur dans les petites entreprises artisanales • Packaging accessible pour les personnes âgées et les personnes à mobilité réduite • Innofood – Innovation par l’employé et l’usager dans les chaînes de valeur. • Communauté mobile d’usagers • Innovation par l’usager et communication des qualités textiles • L’avenir du magasin de proximité interactif • L’avenir des systèmes de déchets • Processus patients cohérents • Une bonne qualité de vie pour les personnes âgées • Une « voie saine » • Entreprenariat par l’usager (en collaboration avec Lego et MIT) • Développements de nouveaux produits avec les lead users (en collaboration avec Grundfos and MIT) • L’utilité de l’intelligence • Innovation par l’usager et design stratégique

L’intérêt pour la 27e région : le programme lancé par la Hollande (qui n’est pas sans rappeler "Territoires en Résidences") tend à confirmer plusieurs de nos intuitions. Oui, à l’heure de la crise, il est plus que jamais utile de "mettre de l’innovation sociale dans les politiques publiques". Et pour ce faire, il est indispensable d’aller plus loin, de produire des projets à à l’échelle nationale, d’y affecter des moyens ; l’occasion aussi de repenser le statut de l’expérimentation dans le champ public, de répondre à l’éternelle question : "comment généraliser ?" Sur le principe, la grande force de Desinova est de tirer du programme des enseignements pour le politique et l’action publique. La 27e Région suivra ce projet de près...

Déc 27 2008

Transformer l’expérience du chercheur d’emploi : le cas de la Région de Lombardie en Italie (2/5)

Billet publié par Stéphane Vincent dans la catégorie Economie / emploi
Tags: Emploi , Europe , Politique publique

Cet article fait partie d’une série de cas identifiés par Christophe Tallec, www.christophe-tallec.tumblr.com, envoyé spécial de la 27e Région au Service Design Conference d’Amsterdam, du 24 au 26 novembre 2008.

Dans le cadre de la décentralisation du pouvoir au profit des régions, la Lombardie souhaitait faciliter les offres d’emplois de sa région. Le projet était de structurer et de rendre visible une idée nouvelle pour le renouvellement des centres de recherche d’emploi : donner des subventions, non plus directement aux centres mais directement aux demandeurs d’emplois pour qu’ils choisissent eux même parmi l’offre public /privé. Les centres publics notamment, étaient habitués à être subventionnés, sans se poser la question de la compétitivité dans ce marché public/privé. Cette idée centrée sur l’utilisateur permet aux gens de choisir le type de service dont ils ont besoin pour améliorer leur emploi actuel ou en trouver un.

Le rôle d’Elena Pacenti (directeur du cycle de recherche SPARC), d’abord prévu sur la question de la communication du service s’est déplacé au design du service lui-même. Les modèles issus des « service safaris » dans les centres de recherche d’emplois ont démontré le besoin de visibilité de ce service publique, « supermarque » de cohésion des offres pour lier les différents centres de recherche d’emplois, qui ont chacun leur identité graphique, mis en réseaux et accessibles. Les outils de communication, de stratégie et d’aide au développement du réseau ont été créés pour implémenter le service.

lieu : région Lombardie, Italie

L’intérêt pour la 27è région :

Ce projet illustre bien l’enjeu des nouvelles politiques publiques à l’ère du numérique, face à une logique de mise en réseau des acteurs de ce secteur permise et provoquée par les TIC. Adapter l’offre publique dans un contexte de marché compétitif public/privé, centre les usagers au cœur du service proposé. En déplaçant leurs subventions dirigées vers un marché mixte public/privé.

Sur cette question précise de la recherche d’emploi le secteur et ses différentes offres publiques/privés. La tendance de mise en réseau d’activités communes, évolue-elle vers une formation de clusters ?

» Mots clés

» Vidéos

alt : http://www.youtube.com/v/DqX7-wco83Q&hl=fr

Federico Campos, Iniciativa Joven

» Les derniers commentaires

» Prochains événements L27ER

Chargement widget...

» Les dernières photos

_DSC0308 _DSC0307 _DSC0306 _DSC0304 _DSC0303 _DSC0302 _DSC0301 _DSC0300

» Revue de web

» Initiateur du projet

  • ARF

» Partenaires