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Avr 27 2011

Le retour à l’emploi, boosté par le design

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Design , Emploi , Innovation

Dott (Design of the Times) est une initiative du Design Council qui a beaucoup inspiré la 27e Région. L’objectif consiste à mobiliser des équipes de designers dans une région pendant 2 ans, et à les faire travailler avec des communautés locales pour co-construire avec celles-ci des solutions créatives en réponse à des problèmes environnementaux, sociaux, d’emploi, etc. Après DOTT 2007 qui se déroulait dans la région du North East England, DOTT 2009 se déroulait cette fois-ci dans les Cornouailles. L’un des projets, intitulé "Cornwall Works 50+", était mené par l’agence Think Public et concernait le chômage des plus de 50 ans. Nous profitons du fait que DOTT vienne d’en publier les résultats pour revenir sur l’essentiel de ce projet enthousiasmant.

50+ Co-design event March 30th

Quelques données de base. Aujourd’hui, dans les Cornouailles, plus de 29 000 personnes en âge de travailler sont sans emploi ; 40% d’entre elles ont plus de 50 ans et la plupart ne retrouveront pas de travail. En 2017, environ 34,4% de la population active aura plus de 50 ans... La société doit donc s’adapter et trouver des solutions nouvelles dans un monde de travailleurs plus âgés. Les animateurs du projet "Cornwalls Works 50+", conçu par Think Public, disposaient de quelques mois pour travailler main dans la main avec des entreprises et des communautés, et imaginer des façons d’améliorer et d’étendre les opportunités d’emplois pour les personnes plus âgés. L’équipe était dirigée par Deborah Szebeko et Ian Drysdale et composée d’Emma Gasson, Alice Osborne, Emma Dyer, Nicola Ward. Parmi les éléments clés : trouver comment encourager les employeurs à recruter des personnes de plus de 50 ans et dépasser les obstacles rencontrés par les personnes âgées qui souhaitent travailler à nouveau.

Une phase de diagnostic. L’équipe se charge tout d’abord de mettre en place le projet, de produire un diagnostic à partir des succès et des services déjà mis en oeuvre par Cornwalls Works, l’agence en charge de la politique de l’emploi, et de mener une veille sur des études sur le chômage des plus de 50 ans, en Grande-Bretagne et à l’étranger : c’est ainsi des visites sont organisées avec les autorités du Finistère en France et dont le situation est proche de celle des Cornouailles, ainsi qu’une rencontre avec Paivi Tahkokallio, chercheur finlandais spécialisé dans le chômage des plus de 50 ans.

Pour donner le coup d’envoi du projet, l’équipe lance "Un bus pour les plus de 50 ans". Toute personne de plus de 50 ans cherchant un emploi est invitée à faire le tour des Cornouailles en bus pendant une journée, pour visiter des services aidant les personnes à retrouver du travail. La journée se termine par une séance d’aérobics au centre de Truro, animée par Fitness for Life. La journée est l’occasion de prendre des premiers contacts avec les plus de 50 ans, et de prendre rendez-vous avez elles pour les rencontrer autour d’un café.

L’équipe cherche ensuite à comprendre et à cartographier les services de l’agence "Welfare to Work" de Cornwall, et à mieux comprendre Cornwall Works, la politique qui coiffe toute la stratégie de l’emploi. Un atelier est organisé avec tous les prestataires de l’emploi pour comprendre la situation à partir de leur point de vue : Pentreath, JobCentre Plus, Adult Social Care, CPR Works, Cornwall Neighbourhoods for Change, Working Links, et Volunteer Cornwall.

En vue de la phase suivante, 4 sites sont alors choisis en accord avec Inclusion Cornwall, pour leur fort taux de chômage des plus de 50 ans : Redruth, St Austell, Callington et Saint Just.

Phase de co-découverte. A ce stade, un travail de recherche est mené avec une communauté plus large associant des groupes d’utilisateurs et des fournisseurs et opérateurs de services, et en partant du contexte local.

L’équipe conçoit une méthode d’animation à utiliser sur les 4 lieux pilotes, en prenant en compte ce qu’a montré la phase de diagnostic : parler à certaines personnes de "travail" et de "retour au travail" est dissuasif, car ils pensent qu’ils ont peut de chance de travailler à nouveau.

  • L’arbre du talent

Chacun possède un talent. Ne pas avoir d’emploi ne signifie pas que vous n’ayez rien à offrir... L’équipe veut valoriser le savoir-faire et l’expérience des gens en créant "l’arbre du talent" pour les habitants de Redruth. L’équipe distribue de la décoration et des affiches dans les boutiques, les pubs, les bars et les associations de quartier. Il est demandé aux gens d’écrire quel est leur principal talent, pour l’afficher ensuite à un arbre de Noël au centre de Redruth.

La semaine se conclue par une fête autour de l’arbre, et c’est ainsi que sont célébrés les talents locaux, dans une localité où chacun est convaincu qu’il y a peu de perspectives d’emplois. L’initiative permet d’encourager des conversations et de faciliter l’observation.

  • Quel est le travail de vos rêves en Cornouailles ?

Il est alors décidé de visiter chacun des sites pilotes et de poser cette question toute simple. A la grande surprise de l’équipe, qui craint un peu de susciter des espoirs trop grands, les répondants disent vouloir devenir fermiers, aides-soignants, de faire quelque chose qui a du sens, d’aider les autres. Les motifs de choix étaient : travailler à l’extérieur, parler avec les gens, être libre, sans stress, être créatif, aider les autres et l’indépendance. Une image très différente de l’image de l’emploi que l’on était en droit d’attendre...

  • Reporters de la communauté

L’équipe juge que ses interventions ont touché beaucoup de personnes, mais pas encore celles des personnes plus en retrait. Pour y remédier, elle propose à des personnes qui ont participé à l’exercice de les former à l’interview et à l’écoute, et de les équiper avec un dictaphone pour qu’ils recueillent les histoires de ceux qui hésitent à parler à des inconnus.

Un dispositif est même spécialement créé, "le fauteuil des conseils", équipé d’enceintes grâce auxquels l’auditeur peut écouter les témoignages des gens...

  • Apprendre des partenaires

L’équipe organise un atelier pour comprendre comment fonctionne le programme d’aide au retour au travail "Welfare to Work" du point de vue des conseillers et des médiateurs au contact des chercheurs d’emplois.

Chaque partenaire ayant des façons différentes d’expliquer ce qu’il fait, il est demandé à chacun de décrire son action sur un service précis. Ceci permet de cartographier toute l’offre de service de l’emploi disponible dans les Cornouailles, et d’identifier toute redondance ou manque dans le service.

En travaillant avec l’équipe en première ligne, l’équipe explore les façons d’aider les gens de plus de 50 ans et cartographie à quoi ressemble la journée d’un conseiller -y compris les aspects positifs et les aspects négatifs ou frustrants.

Phase de co-digestion. Tout au long du processus de co-découverte, l’équipe a détecté des thèmes récurrents et de modèles de problèmes, des "patterns" se reproduisant systématiquement. La phase de découverte est terminé, et il est temps d’assimiler toute cette information. Il est proposé aux partenaires et aux utilisateurs de dresser la liste des enjeux les plus importants, et de tenter de réduire cette liste à ceux dont la résolution provoquerait le plus d’impact. En quelque sorte, ceux qui allaient devenir le brief de la démarche et faire l’objet d’un travail de co-design. Voici la liste complète, dont les 6 jugés prioritaires :

Comment pourrions-nous...

1. Fournir de l’information au gens sur le marché du travail de façon plus personnalisée ? 2. Aider les gens à considérer comme une opportunité stimulante le fait d’entreprendre une nouvelle carrière ? 3. Convaincre les conseillers des avantages de travailler avec des gens de plus 50 ans ? 4. Eviter l’isolement lorsque les gens cessent de travailler ? 5. Encourager et soutenir l’entrepreunariat comme une façon de travailler ? 6. Soutenir les gens qui ont des problèmes de santé et qui veulent travailler ?

Les autres défis listés :

7. Encourager les procédures gouvernementales à soutenir les besoins des gens à partir de 50 ans ? 8. Utiliser les nombreuses compétences des personnes de plus de 50 ans ? 9. Partager la sagesse et l’expérience des personnes de plus de 50 ans ? 10. Aider les personnes de plus de 50 ans à se sentir beaucoup plus en confiance au sujet de leur avenir ? 11. Créer plus de souplesse dans le travail pour les personnes de plus de 50 ans ? 12. Faire en sorte que les personnes puisse explorer de nouvelles opportunités de travail sans perdre leurs droits ? 13. Aider les personnes de plus de 50 ans à promouvoir leur employabilité ? 14. Aider les personnes à se sentir à l’aise avec les technologies ? 15. Obtenir des transports qu’ils soient plus adaptés ?

Phase de co-design. A ce stade, des défis clés sont présentés à un groupe de partenaires, fournisseurs de services et utilisateurs, à partir de réflexions et d’histoires. Le groupe travaille alors de façon collaborative afin de concevoir des solutions créatives à ces défis.

Une réunion élargie de co-design est organisée avec des conseillers et médiateurs, fournisseurs de services, entrepreneurs, designers, utilisateurs et employés. Pour s’assurer que chacun reparte bien du contexte de chaque défi, la pièce est divisée en 4 : un espace ciné, un espace récits, un espace café et un espace inspiration. Chaque participant doit visiter ces 4 espaces avant de rejoindre une équipe pour traiter l’un des 6 défis.

Les équipes travaillent ensemble à partir d’un processus d’idéation vivant et rapide pour créer, sélectionner et finalement affiner des idées présentées ensuite à l’ensemble du groupe.

Après cette phase, les idées sont présentées aux protagonistes et décideurs de Cornwall pour les affiner, mais aussi éviter de réinventer la roue et de refaire des choses déjà existantes dans la Région.

Les idées

  • L’accueil-maison

Un service innovant qui aide les personnes de plus de 50 ans à proposer des services d’aide à la communauté depuis leur maisons aux plus de 50 ans. Accueil-maison vise à réduire l’isolement des plus de 50 ans qui n’ont pas de travail en les encourageant à ouvrir leur maison et interagir avec la communauté. Il élargie et personnalise également la gamme des services d’accompagnement disponibles à l’échelle locale.

  • Echange de compétences

Echange de compétence est un organisation reposant sur l’adhésion et sur un annuaire de contacts qui aide ses membres à s’entraider en échanger leur temps et leurs savoir-faire. Echange de compétences optimise les compétences et les expériences des personnes sans emploi en les impliquant dans une démarche de formation et d’apprentissage mutuelle.

  • Le mentorat 50+50

50+50 est un service pair à pair où les individus qui ont trouvé un emploi et du soutien en aident d’autres en recherche. Il se concentre sur des compétences intermédiaires tel que développement la motivation et la confiance en soi.

  • La plateforme des compétences

Il s’agit d’une plateforme d’échanges conçue pour soutenir les projets les plus ingénieux portés par la communauté locale, afin qu’ils servent à inspirer d’autres projets en Cornouailles. Elle met en rapport les expériences et les projets des uns pour inspirer et encourager les autres à reprendre confiance, en réorientant leur carrière ou en démarrant leur propre activité entrepreneuriale. La plateforme met en rapport les gens dans toute la région afin qu’ils s’inspirent et apprennent mutuellement et construisent des partenariats les uns les autres à travers de nouvelles activités.

  • High Street Huer

Le terme "huer" désigne le pêcheur des hauts fonds dans le patois des Cornouailles. Ici, il s’agit de rendre plus facile l’orientation vers les services de l’emploi aux plus de 50 ans, souvent perdus dans les "hauts fonds informationnels" et le mille-feuille des dispositifs existants ... Les "high street huers" sont des pharmaciens, des libraires, des buralistes volontaires et tout commerçant en contact avec de nombreuses personnes toute la semaine. Leur rôle est d’identifier les personnes qui pourraient bénéficier de services d’aide à l’emploi ou de santé, et d’engager le dialogue pour identifier quelles services leur seraient appropriés et utiles. Si la personne a besoin d’en savoir plus, le "high street huer" prend ses coordonnées et la transmet au service concerné pour qu’il vienne à son soutien.

Prototypage des nouveaux services.

A la suite de l’atelier de co-design, l’équipe s’emploie à développer les idées des groupes à partir de "touchpoints", de "storyboards" et "blueprints" (plans du service). L’idée "High street huer" fait l’objet d’un prototypage rapide, et va mobiliser un libraire, un pharmacien, un coiffeur et un bookmaker (preneur de pari, très populaire en Grande-Bretagne) qui se sont laissés enroler pendant plusieurs semaines.

Chaque "huer" reçoit des instructions, un téléphone mobile et une assistance de l’équipe. Une formation de base aux services disponibles en matière d’emploi leur est fournie.

La première semaine est un succès et permet à l’équipe d’affiner le service pour une nouvelle itération la semaine d’après. Les "huers" sont disposés à poursuivre, avec des retours particulièrement intéressants du côté du libraire. D’après lui, "Le dialogue est très direct. Les gens apprécient de s’exprimer et je sais que lorsque quelqu’un n’est pas à l’aise je peux faire marche arrière. Je comprends le langage du corps. Ma principale réserve, c’est que je ne veux pas paraître intrusif et mettre quelqu’un mal à l’aise. Je ne l’ai pas encore ressenti. Nous avons l’habitude de passer du temps avec les gens ;"

De nombreuses personnes se montrent disposées à faire le pas supplémentaire pour aider des gens dans leur communauté. Le service "High street huer" présente l’intérêt de fournir aux personnes clés des outils pour soutenir les autres plus efficacement.

Crédit photos : Think Public

Les autres projets de DOTT Cornwall :

  • Catégorie Learning project : Design Direction, avec le Royal College of Arts, est un concours pour inciter les étudiants à designer un produit ou un service favorisant l’inclusion sociale ; Eco Design Challenge vise à mobiliser les écoles pour qu’elles réduisent leur empreinte carbone ; New Designers vise à promouvoir le design dans des établissements des Cornouailles ;
  • Catégorie Living project : From Cornwall with Love vise à promouvoir les savoir-faire et les produits des Cornouailles ; Designing communities vise à trouver des façons créatives de régénérer le quartier de Pengegon à Camborne ; The Big Design Challenge vise à mobiliser le design et l’innovation sociale pour trouver de nouvelles solutions aux problèmes de communautés locales
  • Catégorie Working project : New Work est un projet visant à co-imaginer les nouveaux emplois avec la communauté locale ; Cornwalls Work 50+ est un projet visant à imaginer de nouvelles solutions au problème de l’emploi des plus de 50 ans ; Cornwall Design Saison est une opération de promotion de l’innovation dans les Cornouailles
  • Catégorie Playing project : Serious play est un démonstrateur de parc d’attraction pour enfants, générateur d’électricité
  • Catégorie Transports : Share the road est un projet visant à réduire l’utilisation des voitures dans les Cornouailles :
Jui 11 2009

La Doua, une ville-université

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Emploi , enseignement supérieur , recherche , Rhône Alpes , social , Territoires en résidences , université

Bien que l’enseignement supérieur ne soit pas une compétence des Régions, toutes s’impliquent fortement dans les universités. Elle soutiennent leurs projets à travers des contrats pluriannuels, et participent à la construction et à la rénovation des bâtiments universitaires et des logements étudiants. C’est notamment le cas de la Région Rhône Alpes et de l’Université de Lyon 1.

Julie Bernard, architecte lyonnaise et moi-même étions conviés le 3 juillet à visiter la Doua, le campus principal de Lyon 1, en vue d’un projet de résidence, dans le cadre du programme "Territoires en Résidences". Nous étions invités et accompagnés par Nicolas Coltice, directeur de l’iCAP (Innovation, Conception et Accompagnement pour la Pédagogie), avec qui nous envisageons une résidence depuis quelques semaines. L’iCAP est un service composé d’une trentaine de personnes, a pour objectif l’amélioration de l’enseignement et l’innovation pédagogique. L’iCAP a également en charge l’animation du service SPIRAL (Serveur pédagogique interactif de ressources d’apprentissage de Lyon 1). Une sélection de photos prises par Julie est sur Flickr, mais l’Université de Lyon 1 propose également une photothèque en ligne où l’on peut voir la Doua.

Plan de la Dou, Ouest

La Doua est un campus ouvert, immense, une véritable ville, avec ses codes, où chaque bâtiment porte le nom d’un génie des sciences et des grandes découvertes : Pascal, Carnot, Pasteur ou Vernes. Mais on retient d’abord les appellations maison, tel le déambulatoire, long hall qui traverse l’un des bâtiments. Sous la chaleur de juillet, la visite est passionnante mais l’on devine qu’elle ne suffira pas pour toucher du doigt les innombrables perceptions que doivent en avoir les nombreux habitants des lieux : dans un espace aussi vaste, on se dit que chaque étudiant, chercheur, enseignant ou agent doit nécessairement emprunter son propre itinéraire et posséder sa vision des lieux, irréductible à une vision unique.

Parmi les thèmes d’exploration envisagés : la vie du nouvel arrivant à la Doua ; c’est quoi, être citoyen dans une fac ? ; le développement durable "du quotidien" ; ma vie numérique à l’université ; comment redonner goût aux sciences ? ; ou encore, trouver du boulot après la fac... Rendez-vous à la rentrée pour la suite, avec une résidence qui pourrait débuter à l’hiver 2009.

Schéma réalisé par Julie Bernard (à télécharger)

Le rapport d’étonnement de Julie Bernard :

PDF - 28.4 ko
mai 28 2009

Royaume Uni : le design du retour à l’emploi par Live work

Billet publié par Anne Daubrée
Tags: capacitation , Design , Emploi , Europe , Innovation

Du chômage au marché du travail, il peut y avoir de nombreuses embuches : l’alcool, la présence d’une personne handicapée dans la famille, des problèmes conjugaux… Quand ces spécificités disparaissent sous les statistiques et les « cas moyens », les politiques publiques ont peu de chances d’être efficaces. C’est l’analyse de Live Work, une agence de design londonienne qui travaille pour le secteur public et le secteur privé, dans les domaines du transport, de la santé, du développement économique. L’agence a reçu la 27e région au cours de son voyage d’étude sur l’innovation sociale au Royaume-Uni. Ils nous ont exposé leur méthode : observer des cas réels, puis, sur cette base, dessiner des trajectoires d’individus, étape par étape, pour ensuite, proposer des services co-designés avec leurs utilisateurs, en réorganisant les services existants.

L’individu en première ligne

En 2007, un an durant, l’agence a travaillé avec la ville de Sunderland, au nord de l’Angleterre, où sévit un fort chômage. Sur les 37 000 demandeurs d’emplois que compte la ville, 5000 seulement cherchent activement de travail. L’objectif consistait donc à les rapprocher du marché du travail. Première étape, « nous avons travaillé avec les gens, pour comprendre leurs expériences. Nous ne voyons pas plus de quinze personnes. A partir de leur vécu, nous retraçons les étapes qu’ils doivent franchir pour pouvoir avoir une démarche vers l’emploi » explique Daniel Letts, consultant à l’agence. Exemple : améliorer la santé et remotiver une personne droguée. Le processus mixe entretiens et observations sur le terrain pour générer une véritable « cartographie » du parcours, qui permet à l’équipe de générer des idées de service.

Des services redesignés

L’agence travaille aussi avec les organismes qui gravitent autour des questions de l’emploi et, plus généralement, de l’insertion, la santé ou la drogue. « Nous avons observé qu’il existait plusieurs structures qui fournissaient des services, mais de manière non connectée, non compréhensibles pour les utilisateurs. » commente Daniel Letts. L’agence a donc organisé 5 événements avec ces services pour faire en sorte que les différentes étapes du parcours soient reliées, sur la base de documents qui « matérialisent » les parcours des individus. « Cela n’implique pas de grands moyens technologiques, c’est surtout du management entre les différentes structures qui doivent se coordonner » conclut Daniel Letts. Au terme du processus, l’équipe a proposé un modèle de fonctionnement, avec des spécifications sur la manière de l’implémenter et de le faire durer. Le projet a couté 250 000 livres. Au terme de l’année test, sur les 1370 personnes suivies, 276 ont retrouvé un emploi. Une opération rentable, au regard du coût économique et social d’un demandeur d’emploi, estime l’agence. Le programme devrait normalement être reconduit sur trois ans.

Fév 12 2009

Dans le Nord Pas de Calais, l’innovation par les gens, pour les gens

Billet publié par Anne Daubrée
Tags: Développement local , Economie , Emploi , Innovation , Nord Pas de Calais , Politique publique

Des femmes sénégalaises vont bientôt venir discuter avec des habitants des quartiers défavorisés de Boulogne sur mer, pour leur expliquer le fonctionnement des tontines, un système de partage d’épargne pratiqué en Afrique. Leur visite répond à l’invitation d’une association locale, et leur message devrait être relayé par les centres sociaux. L’initiative mise sur le transfert d’expérience Sud-Nord, prenant le contre pied de la conception traditionnelle de ces échanges.

C'est l'Ekub en Ethiopie, Lun-Hui en Chine, Consorcio au Brésil ... en Afrique, c'est la tontine.

L’an dernier, c’est une dizaine de jeunes, non diplômés, provenant de Tourcoing, qui se sont déplacés. Ils sont partis travailler au Royaume-Uni. L’association « Objectif emploi » les a accompagné dans l’apprentissage de la mobilité dans le monde du travail. Résultat : deux d’entre eux ont trouvé d’autres jobs de l’autre coté de la Manche. Et, parmi ceux qui sont rentrés, certains envisagent de repartir. A Calais, un « Observatoire des pratiques sociales », voulu par une quarantaine d’associations soutenues par la commune, va s’ouvrir à la participation des habitants de quartiers ciblés dans la cadre de la politique de la ville. Ces derniers vont notamment pouvoir proposer rencontrer les groupes de travail de l’observatoire, et faire des propositions.

L’innovation passe par le travail en réseau

Point commun de toutes ces initiatives, qui développent des solutions innovantes : les associations ou les collectivités qui les portent ont répondu à l’appel à projets « accompagnement des populations à l’innovation », initié par la région Nord Pas-de-Calais, pour la troisième année consécutive, et reconduit cette année. En 2008, le programme était doté d’environ quatre millions d’euros, et a reçu plusieurs centaines de réponses, dans les quatre domaines proposés : la gestion urbaine de proximité, la qualification des acteurs et la structuration des réseaux, la politique de la ville, l’insertion professionnel des jeunes et la participation des habitants. Les aides accordées s’échelonnent de 3000 à 70 000 euros environ. Il s’agit « de favoriser l’expérimentation, l’inventivité, l’originalité et la cohérence par rapport aux spécificités de chaque territoire », précise l’appel à projet. Et, dans ses critères d’attribution, le Conseil Régional insiste sur l’importance de l’implication de différents types d’acteurs présents sur le territoire, le travail en réseau et la participation des habitants. "Quand on parle d’innovation, il faut tenir compte du territoire dans laquelle elle s’inscrit. Par ailleurs, l’innovation réside aussi dans une manière de travailler, de se mettre en réseau avec d’autres acteurs, de partager... C’est pourquoi nous finançons notamment des mises en réseaux d’acteurs locaux » souligne Romuald Delbarre, chargé de mission "Politique de la Ville", au service « Citoyenneté et Initiatives Solidaires » de la région.

Déc 27 2008

Transformer l’expérience du chercheur d’emploi : le cas de la Région de Lombardie en Italie (2/5)

Billet publié par Stéphane Vincent dans la catégorie Economie / emploi
Tags: Emploi , Europe , Politique publique

Cet article fait partie d’une série de cas identifiés par Christophe Tallec, www.christophe-tallec.tumblr.com, envoyé spécial de la 27e Région au Service Design Conference d’Amsterdam, du 24 au 26 novembre 2008.

Dans le cadre de la décentralisation du pouvoir au profit des régions, la Lombardie souhaitait faciliter les offres d’emplois de sa région. Le projet était de structurer et de rendre visible une idée nouvelle pour le renouvellement des centres de recherche d’emploi : donner des subventions, non plus directement aux centres mais directement aux demandeurs d’emplois pour qu’ils choisissent eux même parmi l’offre public /privé. Les centres publics notamment, étaient habitués à être subventionnés, sans se poser la question de la compétitivité dans ce marché public/privé. Cette idée centrée sur l’utilisateur permet aux gens de choisir le type de service dont ils ont besoin pour améliorer leur emploi actuel ou en trouver un.

Le rôle d’Elena Pacenti (directeur du cycle de recherche SPARC), d’abord prévu sur la question de la communication du service s’est déplacé au design du service lui-même. Les modèles issus des « service safaris » dans les centres de recherche d’emplois ont démontré le besoin de visibilité de ce service publique, « supermarque » de cohésion des offres pour lier les différents centres de recherche d’emplois, qui ont chacun leur identité graphique, mis en réseaux et accessibles. Les outils de communication, de stratégie et d’aide au développement du réseau ont été créés pour implémenter le service.

lieu : région Lombardie, Italie

L’intérêt pour la 27è région :

Ce projet illustre bien l’enjeu des nouvelles politiques publiques à l’ère du numérique, face à une logique de mise en réseau des acteurs de ce secteur permise et provoquée par les TIC. Adapter l’offre publique dans un contexte de marché compétitif public/privé, centre les usagers au cœur du service proposé. En déplaçant leurs subventions dirigées vers un marché mixte public/privé.

Sur cette question précise de la recherche d’emploi le secteur et ses différentes offres publiques/privés. La tendance de mise en réseau d’activités communes, évolue-elle vers une formation de clusters ?

Déc 9 2008

Formation : aux abonnés absents

Billet publié par Stéphane Vincent dans la catégorie Education / formation
Tag : Emploi

Alexis Mons est Directeur Général Délégué de groupe Reflect,blogueur et observateur de la société numérique. Il nous livre les enseignements qu’il tire de la journée "Orientation, formation et emploi à l’heure de l’internet" à laquelle il participait à Caen le 3 décembre dernier.

À l’occasion des travaux de la 27e Région sur le domaine de l’emploi et de la formation, à Caen, le 3 décembre dernier, j’ai eu l’occasion et l’honneur d’animer un barcamp sur le sujet de la formation, principalement à destination des TPE, artisans et commerçants. Du haut de mon vécu d’entrepreneur high-tech, de blogueur féru en "Enterprise 2.0" et autres modèles d’organisations apprenantes, d’universitaire occasionnel sur le terrain de la FOAD, j’ai trouvé ce que j’étais venu chercher : une bonne claque de la réalité de base.

Seulement un gros quart des artisans et commerçants sont connectés et la grosse moitié supplémentaire, qui est simplement informatisée, concentre celle-ci dans un monoposte type Pentium II vieux d’une décennie. Hébergeant en son sein la comptabilité et autres choses critiques, le connecter apparaît comme en faire une proie facile au piratage, aux virus et autres malfaisances des réseaux. Nous qui connaissons, savons que ces données risquent plus le crash du disque dur qu’autre chose, mais c’est tellement signifiant des peurs qu’engendre l’ignorance. Dans ces conditions, Google n’est pas l’ami de grand monde et rêver de FOAD généralisée fait plus que négliger les fondamentaux. Faisons donc le deuil de 73% du panel et tachons de regarder de près ce qui se passe avec les 27% qui connaissent Google, donc, et partons donc en quête du point d’entrée des usages : ce fameux monoposte, qui s’en occupe et qui fait quelque chose avec ? Réponse : le conjoint-collaborateur, cette fourmi discrète, évangélisée à la chose informatique par son comptable, qui y prend goût et qui consomme de la bureautique et plus si affinité. Oui, mais voilà, le conjoint-collaborateur est une espèce en voie de disparition. Là où l’on pense par défaut que le changement de génération est porteur d’avancées numériques, il est ici facteur de fermeture d’une porte d’entrée bien pratique. Pour une fois, c’est trop tard.

Aaaah, les entreprises apprenantes ! Elles sont emblématiques des grandes idées de la formation professionnelle : développement des compétences, de la valeur des salariés, de celle de l’entreprise ... Malheureusement, la validité de cette idée se heurte à un paquet de contraintes :

1- un concept compatible avec la culture du chef d’entreprise. Le compagnonnage fait partie de ces terreaux favorables (paradoxe d’une vieille idée totalement moderne), mais il est loin d’être implanté partout. Il porte cependant en lui cette idée que le savoir descend : c’est le chef d’entreprise qui se forme, puis qui transmet à ses collaborateurs, maîtrisant par ce biais ce qu’ils savent (ou pas). Du coup quand le salarié vient demander de la formation, il cherche symboliquement à s’émanciper de la tutelle du savoir que représente son patron. Pour cette raison et d’autres, cela est généralement perçu comme une intention à un futur départ de l’entreprise. De fait, s’il y en a un qui trouve dans le web un usage, c’est bien lui, pour chercher une voie parallèle invisible du boss, justement.

2- une entreprise en bonne santé, mieux encore : une entreprise avec une perspective à long terme. Avec la pyramide des âges de la profession, on parle alors de reprise ou transmission et on se dit alors que ce n’est pas gagné !

3- à y regarder de près, la formation dans les TPE, cela a lieu hors jours et horaires ouvrés, car "business first" et on se dit alors qu’il y a de gros efforts à faire pour s’adapter à cette réalité, des efforts qui concourrent à élaborer des dispositifs à la marge, donc marginalisés et précaires. Personnellement, je suis convaincu en général et par la pratique que l’entreprise apprenante est le bon modèle, mais encore faut-il penser autrement le management et le business, ce qui suppose un bagage certain en ces deux domaines. Voilà une réalité qui est loin d’être le sujet central de la formation et même de l’éducation. Osez placer haut le business dans l’éducation et la formation, formez des managers, formez-les au management de l’organisation apprenante et vous aurez des entreprises apprenantes ! Vous aurez une formation en phase avec vos convictions de la formation qui fait grandir l’homme et qui valorise aussi l’entreprise. Pour vouloir un nouveau modèle économique et social, il faut aussi faire en sorte que ces nouveaux modèles soient enseignés et diffusés !

Avec tout ça, elles sont très rares les TPE et P(M)E qui placent vraiment la formation en élément fort de leur développement. D’autant qu’il faut disposer d’un collaborateur en ressources humaines compétent et à plein temps pour naviguer dans la jungle des dispositifs, de la législation et des organismes. Un vrai maquis qui empêche, par exemple, de pouvoir structurer un catalogue de formation avec des prix vrais. Entre le fait que vous avez droit ou pas, que vous êtes finançable ou pas et comment, il faut être expert ou doté d’intelligence artificielle pour trouver son chemin. Structurer l’offre et la rendre lisible est un préalable. Le numérique, via des instruments permettant de profiler le demandeur et la demande, peut y aider.

Cela dit, il y a un autre problème de fond : les TPE ne s’intéressent plus à la formation, ne se risquent dans ce maquis que pour de l’obligatoire ou du certifiant. Le reste de leurs problèmse relève de questions/réponses, de solutions à des problèmes pratiques, bref, relèvent du juste-à-temps et de la débrouille. On pourrait penser que la collaboration, les communautés apprenantes seraient une source d’entraide à résoudre ce problème. Que nenni ! Comme indiqué plus haut, les organisations apprenantes sont rares et les postes connectés sous équipés. Le pire, c’est que ces demandes relèvent d’une logique de prestation et pas de formation, donc que les organismes de formation ne peuvent s’y positionner sous peine de sortir du champ de la formation telle qu’elle est institutionnellement conçue.

De toute façon, la vérité, c’est que le principal formateur des TPE, ce sont leurs fournisseurs et prestataires. Pourquoi ? parce que c’est nécessaire au business, tout simplement, que c’est aussi un facteur de fidélisation. Eux ont bien compris la valeur ajoutée de la formation, elle est conductrice de leur économie ! De fait, je pense à Legrand et son magnifique centre Innoval qui forme, à Limoges, des bataillons entier d’électriciens aux dernières innovations du leader de l’appareillage et pionnier de la domotique. Ce qui s’y passe est bien de la formation, mais il est en dehors de celle qui est institutionnellement structurée. On nous avait posé la question de savoir comment les artisans allaient se former au changement du développement durable. Simplement, en fait. C’est parce qu’il y a un marché qu’ils prêteront attentions, demanderont d’autres produits à leurs fournisseurs. Et ce sont ceux-ci qui leur feront franchir le cap. Ne restera alors que l’obligatoire et le certifiant, donc. Et encore ...

La formation professionnelle telle qu’elle est conçue ne vaut apparemment que pour le secteur public et les entreprises d’une taille certaine qui ont des budgets à dépenser, de plus en plus par logique managériale, comme cadeau ou carotte au collaborateur méritant. Cela adresse évidemment aussi le secteur public.

Et le web dans tout ça ? on l’a vu, il est loin d’être une réalité et un élément de la valeur de l’entreprise dans beaucoup d’esprits surtout préoccupés à faire le chiffre et assurer l’avenir proche. Le comble, c’est sans doute de constater que ces 40% de français qui ont des usages matures, chez eux, ne semblent pas les conceptualiser pour leur travail, sauf à chercher une voie parallèle. Quelque chose que l’on commence cependant assez bien à cerner, dans les constats sur l’Enterprise 2.0 (notamment l’utilisation d’outils du web 2.0 pour pallier les déficiences perçues du poste de travail personnel) et sur les études qui montrent l’attachement des citoyens au net, comme facteur d’échange, entre eux, et de moyen de se débrouiller avec l’arrivée de temps incertains.

Les leçons à tirer sont nombreuses pour que le monde de la formation, et surtout sa pensée institutionnelle, fassent leur révolution. Le numérique est un moyen, mais on voit bien que c’est le logiciel qu’il faut changer. Comme en bien des domaines, il n’y a pas de stratégies numériques, il y a des changements de modèles profonds, pour des stratégies plus ambitieuses, avec le numérique comme levier, notamment pour les modèles d’organisations et de réseau dont il a contribué à démontrer la valeur, mais aussi et surtout pour peu de faire le pari de transformer les grandes potentialités d’usages que les citoyens eux-mêmes se sont constitués, ces 40% de français avec des usages matures et très avancés. Car, comme on le dit pour les plus jeunes : ils n’ont jamais autant utilisé le numérique, écrit et échangé en dehors du système. Comment celui-ci pourrait en tirer parti, alors ?

Oct 12 2008

Orientation, formation et emploi à l’heure de l’internet : venez témoigner à Caen le 3 décembre

Billet publié par Stéphane Vincent dans la catégorie Education / formation
Tag : Emploi

Comment nous formons-nous à l’heure du numérique ? Le développement de l’internet a t-il facilité la recherche d’emploi ? Comment construire son existence professionnelle aujourd’hui ?

Pour vous, ça change quoi ?

Le 3 décembre partir de 9h30, apprentis, étudiants, lycéens, chercheurs d’emplois, salariés, responsables associatifs, conseillers à l’emploi et à la formation, se retrouvent pour partager leurs expériences, leurs intuitions, leurs interrogations sur les nouvelles technologies et les nouvelles pratiques en matière de formation et de recherche d’emploi.

Déjà inscrits : de nombreux témoignages d’acteurs de terrain, les animateurs de Viadeo.com, Jobetic.net, lewebpedagogique.com, veillepedagogique.blog.lemonde.fr, etc.

Au programme des ateliers, de 9h30 à 18h00

  • Trouver un emploi à l’heure des nouveaux médias : la nouvelle jungle des services en ligne (les blogs, Google, Linkedin, Facebook...)
  • Je blogue, donc j’existe : la fin du CV ? Faut-il bloguer pour exister professionnellement ?
  • Ma vie de e-chômeur : est-il plus ou moins difficile de vivre le chômage et d’en sortir depuis l’internet ?
  • L’internet facilite t-il l’accès à la formation pour les salariés des petites entreprises ?
  • etc.

Pour s’inscrire : remplir ce formulaire en ligne

Inscription gratuite mais obligatoire avant le 14 novembre. Nombre de places limité.

Pour venir au centre CESAM, 14 rue Claude Bloch à Caen

  • Plan d’accès sur Google
  • Plan détaillé plus bas

Partenariats

Cette journée est organisée dans le cadre du programme "la 27e Région", à l’occasion du congrès de l’Association des Régions de France qui se tiendra les 4 et 5 décembre à Caen. Nous remercions nos partenaires : ARF, Caisse des Dépôts, Jobetic, Région Basse-Normandie, Fondation Internet Nouvelle Génération, Centre des Nouvelles Technologies de Basse Normandie.

Contact, précisions

svincent [at] fing.org

Appel à témoins sur Webpedagogique.com


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